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27/04/2013

L'Italie a un gouvernement. Et demain ?

b60fa_6050bde073a71c136e1ba86723c13072-004--473x264.jpgLe futur "premier", Enrico Letta, a rassemblé 21 ministres autour de lui et formé son gouvernement. "Une orgie digne des meilleurs bunga bunga"?

Ça y est, ils l'ont ! Après deux mois de négociations, de dissensions et de noms d'oiseaux, les Italiens tiennent leur gouvernement.

Engagé comme formateur par le président Giorgio Napolitano, Enrico Letta, numéro deux du Parti démocrate (le centre gauche local) a su rassembler autour de lui 21 ministres issus de la gauche, du centre et de la droite italienne. C'est un exploit pour ce jeune, mais déjà expérimenté politicien de 42 ans. Petit rappel des faits.

Une salade à l'italienne

Depuis 2011, l'Italie était dirigée par un gouvernement de technocrates (indépendants à l'époque de tout parti), mené par Mario Monti, et chargé de décliner le mot rigueur pour remettre l'Italie sur les voies d'une économie saine, et amoindrir un maximum l'ampleur de sa dette. C'est ce qu'il fit non sans grands sacrifices, et avec plus ou moins de succès.

Cependant, si les Italiens accusèrent l'austérité imposée avec philosophie durant la législature, ils ne manquèrent pas de sanctionner leurs politiciens lors des élections de février dernier.

Emmené par l'hésitant Bersani, le Parti démocrate pourtant grand favori quelques mois auparavant, ne put récolter qu'une courte majorité à la chambre, mais n'y parvint pas au sénat. Dans un pays où le bicamérisme est parfait, il se devait donc de se trouver un partenaire, et la chose ne fut pas aisée.

À ses côtés, en effet, la coalition centriste qu'avait rejoint Monti n'avait réalisé qu'un piètre 10,5%. En face, les ennemis de toujours, le Parti de la liberté de Silvio Berlusconi, pourtant au fin fond du trou encore quelques semaines avant les élections, avait réalisé une remontée historique durant la campagne pour arracher 29% des voix. Et pour arroser cette salade politique, le Mouvement 5 étoiles, les équipes du trublion mais puissant Beppe Grillo (un ancien comique recyclé dans le populisme et bien incapable de prendre ses responsabilités), avait rassemblé autour de lui un quart des électeurs.

Ces différentes factions se détestant amèrement, la tâche du PD, déchiré de l'intérieur, n'était pas facile et se couronnait, depuis des semaines, par des dissensions, des paralysies et des impasses inextricables.

Réélu pour un deuxième mandat en tant que président, Giorgio Napolitano (87 ans tout de même), insista avec autorité lundi passé pour que ses collègues retrouvent le chemin de l'union nationale, et de la crédibilité internationale.

Berlusconi a gagné, mais rien n'est gagné

Il faut croire qu'il a été entendu. Il n'aura fallu que quelques jours à Enrico Letta pour accorder (plus ou moins) les violons de la gauche et de la droite.

Mais ce samedi, rien n'est gagné pour autant. Le contestataire Beppe Grillo aura beau jeu de se moquer de cette union contre nature, de cette trahison de deux partis qui n'ont pas arrêté de se disputer depuis des années (il a déjà qualifié cette union d'« orgie digne du meilleur des bunga bunga »). Rien ne nous prouve non plus que la sauce prendra face aux réformes importantes qui attendent la République. Et à gauche, le Parti démocrate va devoir gérer sa crédibilité et ses troupes, pour la plupart furieuses de cette alliance.

Finalement, il n'y a que chez Berlusconi que l'on rit. Tiraillé par des ennuis judiciaires à répétition, on croyait le Cavaliere perdu pour la politique.

Grâce à une campagne d'une efficacité redoutable, il a su, ce samedi, placer les siens à des postes clés (ministère de l'Intérieur, direction de la Banque centrale, Affaires étrangères, Économie...).

Contre nature peut-être, ce gouvernement était le « seul possible » a répété le Président Napolitano visiblement soulagé. Mais pour que le peuple le soit autant, il faudra que les 22 ministres croient fermement en leur capacité de réaliser des réformes utiles, a souligné l'éditorialiste du Corriere della serra. Le gouvernement est jeune, mais « ne pourra se contenter d'être un gouvernement de série B ». « Il a le devoir d'être ambitieux » insiste encore le journaliste.

Enrico Letta aura du travail, mais un travail indispensable pour la survie des siens.

Bosco d'Otreppe, à Rome

 

 

Trois défis du gouvernement italien

Trouver de l'argent. Eh oui... Car la caisse d'intégration qui permet à des entreprises en difficulté de mettre temporairement des salariés au chômage est victime de son succès et quasi vide. Il faudrait trouver 1,5 milliard d'euros pour aider les 700 000 Italiens qui en bénéficient. L'État italien se doit également d'honorer une décision du gouvernement Monti, celle d'accélérer les restitutions des crédits aux entreprises, pour les relancer et relancer l'export.

Réformer la loi électorale et le bicamérisme, et sans doute, dans la foulée, repartir pour de nouvelles élections. Censée stabiliser le paysage politique italien, la dernière réforme électorale qualifiée de « cochonnerie », a favorisé entre autres et au contraire, la multiplication de petits partis formant des coalitions instables. Enfin, le nombre trop élevé de parlementaires est à revoir, tout comme le bicamérisme, jugé invivable.

Et plus largement, au niveau international, réorienter l'Europe et discuter avec les partenaires de l'Union pour pouvoir revoir et assouplir les programmes d'austérité.

26/04/2013

Bienvenue à Rome

14362813-vista-panoramica-sul-centro-storico-di-roma-italia-da-castel-sant-angelo.jpgPeut-être que sans le savoir, Mathias Énard a-t-il donné de Rome la meilleure description possible.

Invité dans la capitale italienne il y a quelques semaines, l'écrivain français relevait la spécificité du roman face au livre d'histoire. L'historien expliquait-il en substance, plonge dans un sujet, le dissèque jusqu'au bout, ne s'en tient qu'à lui, ne s'attache qu'à la vérité avec science, rigueur et sérieux. Les historiens me sont indispensables. Mais l'écrivain, lui, procède tout différemment. Au fil de son roman, il passe d'un sujet à l'autre, d'une impression à l'autre. Il nous embarque avec lui au gré de son imagination. Il parcourt l'Histoire, découvre des histoires, invente des personnages, procède par analogie. Le voyage est vital et revigorant.

Autant le dire tout de suite, Rome est la plus grande romancière qui soit. En un point de vue, elle entrechoque le défilé des siècles. Le baroque y côtoie l'antique, l'âge classique y défie son passé, le religieux s'y superpose au païen. Chaque rue porte en elle le récit légendaire d'un sculpteur, d'un architecte, de conquêtes ou de défaites, d'un empereur, d'un pape, de trahisons ou d'amours, d'un cinéaste, d'un poète ou du fougueux peuple romain. Tout s'y métamorphose, l'eau y surgit de partout, mais les pierres, immenses et innombrables survivent à tout et vous rendent minuscule.

Après avoir suivi avec passion la renonciation du pape Benoît, le conclave et l'arrivée en trombe de François, Les Carnets du Vatican sautent au-dessus du Tibre pour y retrouver la Rome italienne. Nous n'abandonnerons pas le pape et son Église pour autant, loin de là même – il reste tant à y découvrir. Mais nous scruterons aussi la vie de la capitale, sa politique, ses œuvres et ses saveurs.

À raison de deux articles par semaine et dès ce weekend, nous partirons à la recherche des secrets de la politique, des archéologues locaux, de la gastronomie et du football romain, de la fraicheur des églises, ou de la limpidité des fontaines. Une promenade dans Rome en somme, guidé par l'actualité. Soyons prudents d'ailleurs, il y a matière à voir...

Tant mieux,

Bienvenue à Rome !

Bosco d'Otreppe

 

16:10 Publié dans Coulisses, Italie, Rome | Tags : italie, vatican, pape | Lien permanent | Commentaires (0) | | |