carnets du vatican
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28/02/2014

Il y a un an, Benoît XVI quittait le Vatican

Nos souvenirs sur Radio Vatican c'est ici : http://media01.radiovaticana.va/audiomp3/00416122.MP3

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11/02/2014

Benoit XVI et la panique des journalistes

Un an jour pour jour après la renonciation de Benoit XVI, le premier journaliste qui a dû apprendre la nouvelle au monde francophone nous apporte son témoignage.

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C'était un de ces lundis comme on en fait que trop peu : un vrai lundi, un lundi perdu dans le ventre mou du mois de février et dans un crachin transi qui peine à réveiller Rome. Un lundi sans grande ambition, sans réelle actu d'ailleurs, car le 11 février, date anniversaire des accords du Latran, est un jour férié pour le Vatican. Dans l'agenda du Saint-Siège, seul un consistoire était prévu en fin de matinée : Benoit XVI devait y annoncer devant quelques cardinaux la date de canonisation des martyrs d'Otrante, alors qu'une petite poignée de journalistes suivraient l’évènement par écrans interposés, par acquit de conscience et d'un œil souvent distrait. On sait pourtant ce qu'il en advint : Benoit XVI dans un geste historique y annonça sa renonciation, alors que l'Église stupéfaite s'apprêtait à trembler et à s'interroger.

Cette histoire, on ne la raconte plus à Charles de Pechpeyrou, c'est lui qui la raconte. Jeune, mais chevronné vaticaniste, il suivait ce consistoire pour l'agence spécialiste du Vatican I.Media, et fut le premier journaliste à transmettre l'information au monde francophone. Aujourd'hui journaliste a la télévision catholique française KTO, il revient sur ce jour si particulier

Le seul enjeu de cette matinée était de saisir en latin, car le consistoire se déroulait en cette langue, la date de la canonisation de ces martyrs d'Otrante explique-t-il à LaLibre.be. Pourtant, quand Benoit XVI eut fini de prononcer son discours, Monseigneur Marini à ses côtés lui tendit une deuxième feuille que le pape se mit à lire. Ce n'était pas au programme. Je pu en saisir quelques mots et percevoir, à la vue des visages graves et étonnés des cardinaux, l'ampleur de ce qui était en train d'être dit. Dans un ton finalement assez neutre, mais décidé et posé, d'une traite, sans effets théâtraux, Benoit XVI confiait sa décision de se retirer.

Quelle a été pour vous et pour les quelques journalistes à qui vous avez d'abord appris la nouvelle la première réaction ?

J'étais sous le choc. Je me rendais compte de ce à quoi je venais d'assister. En salle de presse ce fut la stupeur générale, nous étions tétanisés d'avoir une telle info entre les mains et nous nous rendions compte de la responsabilité que nous avions dans la divulgation au monde d'une information contenant un tel enjeu. L'ambiance était grave : stupéfaits, nous devions agir en vitesse, mais nous n'avions surtout pas droit à l'erreur.

Comment depuis la salle de presse, d’ordinaire si paisible, avez-vous assisté à l'arrivée en quelques heures de plusieurs milliers de journalistes du monde entier ?

Dès l'après-midi de très nombreux journalistes arrivaient. Eux aussi étaient en paniques, ne sachant pas comment traiter un tel évènement. Les médias catholiques, qui connaissent les rouages du Vatican, ont pu s'y retrouver, mais c'est vrai que pour les médias généralistes qui maitrisent très peu ce domaine, ce fut fort compliqué. Ils comptaient sur nous pour que nous puissions les aiguiller.

Avant l'arrivée de François qui fut une autre surprise de taille, comment à été vécue la période dite du sede vacante ?

En fait on essayait de se rassurer après une stupeur aussi irrationnelle. Je pense qu'après coup on peut dire que nous avons fait l'erreur d'envisager le conclave de manière trop rationnelle. Nous avons tout analysé, nous avons désigné nos favoris de manière très calculatrice et, du coup, nous n'avons pas vu venir le deuxième choc, la deuxième surprise de taille qui fut l'arrivée de François.

Face à un tel évènement, les journalistes ont-ils pu rendre avec justesse la complexité du pontificat et de la personnalité de Benoit XVI ?

La renonciation a bouleversé la vision que nous avions de Benoit XVI. Alors que les médias parlaient du panzer cardinal, nous avons pu percevoir l'homme qu'il était vraiment, l'audace d'avoir osé poser un tel acte, mais aussi sa dévotion à la tâche et son abnégation. Beaucoup de médias ont finalement fini par reconnaitre en Benoit XVI un pape courageux, logique, et même valeureux.

Bosco d'Otreppe, à Rome

 

20/11/2013

De Benoît à François au-delà des illusions

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Comment comprendre les pontificats et les personnalités si complexes des deux derniers papes ? Jean-Louis de La Vaissière réajuste nos perceptions dans un livre très complet.

Parler de la foi, de la religion, de l'Église est un exercice hautement périlleux, nous en avions déjà parlé ici, ou ici. Un journaliste, pour y trouver son point d'appui, peut cependant enfiler plusieurs regards. Il y a le regard extérieur, raisonné, le plus objectif possible. C'est le regard du journaliste, ou du moins celui que l'on attend de lui ; le regard qui ouvre des horizons, qui parvient à s'extirper du passionnel pour offrir à qui le suit, rigueur et perspectives. Mais ce regard a ses limites : trop appliqué, il risque de disséquer froidement son sujet, de le neutraliser, de le figer, de le refroidir. Alors il y a un regard plus empathique, plus passionnel, qui essaye d'accompagner l'humain là où il porte ses initiatives, et là où se logent ses motivations. C'est un regard certes moins large que le précédent, qui a ses limites aussi, celles de la subjectivité, mais qui permet de foncer dans le for intérieur d'une parcelle du monde. C'est ce regard qui donne à certains reportages leur humanité, leur vérité et leur beauté.

Pour parler de l'Église, de Benoît XVI et de François, Jean-Louis de La Vaissière, vaticaniste pour l'Agence France-Presse, a pu enfiler les deux. Au fil de plus de 300 pages, le journaliste dresse le portrait de ces derniers papes, et parvient à leur rendre justice en nous offrant de leurs pontificats une perception très précise. Bien sûr les chapitres destinés à Benoît sont plus finis, mais ceux consacrés à François ont l'avantage d'illustrer l'Église en éternel mouvement, aussi imperceptible soit-il. Et puis on y ressent l'enthousiasme, l'espérance et l'audace du pape actuel. Reconnaissons-le d'emblée, ce livre qui se clôture par un long chapitre très personnel sur les défis du catholicisme est pour nous une référence. Bien écrit, il est jalonné de descriptions et d'analyses qui ne caricaturent jamais. Didactique et très précis dans la lecture qu'il fait de ces dernières années, il convient aussi bien au connaisseur qui s'enrichira du regard d'un confrère, qu'au néophyte curieux de découvrir le Vatican et son Église.

De Benoît à François, une révolution tranquille semble avoir été écrit en toute discrétion, avec un style très délicat, pour laisser aux faits la première place. Et pourtant, on ne peut qu'être touché par l'humanité de ces papes, marqué par leurs passions, mais aussi par leurs limites. Le Saint-Siège, quant à lui, y est vu sans concession, mais avec bienveillance.

Qu'on le veuille ou non, l'Église est née d'un coup de foudre qui se renouvèle chaque jour chez les centaines de millions de croyants qui la forment. C'est tout le mystère de cette institution qui n'en est pas une, c'est ce que nous présente Jean-Louis de La Vaissière, et ce fut l'occasion pour nous de rediscuter avec lui, et avec plaisir, de Benoît XVI et de François, à la lumière de leurs pontificats respectifs.

Répondre au problème de perception qui mine le regard que le monde porte sur l'Église, c'est votre constat en tant que journaliste, et ce à quoi vous avez voulu répondre en écrivant ce livre ?

Quand en 2011 je suis arrivé à Rome, j'ai eu cette impression très triste d'une perception négative de l'Église dans les grands médias. Ils soulignaient sans arrêt les scandales de pédophilie, de corruptions... en ne voyant rien d'autre de bon, et en faisant le portrait d'un pape enfermé dans sa tour d'ivoire avec beaucoup de réactionnaires vieux jeu autour de lui. Très vite j'ai entendu ce que disait Benoît XVI, j'ai découvert sa pensée, et j'ai eu envie de lui rendre un peu justice, de redresser la barre en écrivant son portrait. J'aimais la dignité de ce vieil homme que ses proches qualifiaient de doux et humain, mais chez lequel on sentait aussi une souffrance. J'ai voulu donc décrire un drame humain qui se jouait au Vatican avec des affaires comme Vatileaks, lors de laquelle il a été trahi par son majordome, celui qui le servait au quotidien.

Une perception négative de Benoît qui tranche avec celle que l'on a de François.

Dès le premier soir, il y a eu une perception du pape François très positive. C'était à juste titre, mais cela a éveillé en vue de son pontificat des attentes absolument disproportionnées. On a beaucoup dit en Occident qu'il allait révolutionner l'Église, l'adapter à la société, l'accorder aux grandes évolutions en matière de mœurs... Je crois que c'est aussi une illusion.

Comment explique-t-on ce problème de perception entre l'Église et la société, mais aussi au sein même de l'Église ?

Le Vatican a un peu ressemblé ces dernières décennies à une citadelle assiégée, dans la mesure où les scandales s'amplifiant, certains services se sont refermés vis-à-vis des médias. En son sein également, il y a beaucoup de cloisonnements. Lors des scandales qui ont entaché le pontificat de Benoît par exemple, on ne remettait pas en cause le pape lui-même, mais le fait que son entourage filtrait les informations qui pouvaient empêcher cet homme âgé, pourtant très intelligent et lucide, d'avoir une vue d'ensemble et réelle sur certaines réalités. Si on ne voulait pas lui faire voir un aspect des choses, un de ses collaborateurs pouvait très bien se débrouiller pour qu'une information ne lui parvienne pas. Il y avait là un phénomène de cour qui, je pense, existe moins sous François.

Vous dites dans votre livre que la notion de vigueur était au centre de la renonciation. François est ce pape qui a cette vigueur nécessaire pour améliorer certaines choses ?

Les cardinaux l'ont élu pour cette volonté de sortir le Vatican de son isolement, et de retrouver quelqu'un avec un talent pastoral qui manquait peut-être à Benoît XVI. Il a donc été élu sur deux mandats : la mission et la capacité pastorale d'une part, la réforme de l'église d'autre part. Le plus important reste le premier. Pourtant, il y a tout un quiproquo aujourd'hui, certains médias attendent une réforme de la curie fondamentale, avec des changements énormes, comme si les structures étaient le plus important. François, lui, n'arrête pas de dire qu'avant les structures, il y a les gestes qui montrent que l'évangile est quelque chose de concret. Là est son véritable charisme, ne nous trompons pas.

Il nous parle d'un Évangile très concret, et à en croire votre livre c'était déjà la volonté de Benoît XVI.

Oui tout à fait, en parlant par exemple d'un roman policier dans une de ses catéchèses. Dans son livre d'entretien à Peter Seewald, il montre une approche d'un homme qui sait voir les problèmes concrets. En fait, dans le tempérament de Benoît XVI, je vois quelque chose de très frappant : à la fois une audace de pensée qu'il a montrée lorsqu'il était jeune expert au Concile Vatican II, mais également un esprit tellement consciencieux dans son métier de gardien du dogme, et ensuite de pape, qui fait que finalement il a toujours été très prudent. Plusieurs me l'ont confirmé, le pape Benoît était quelqu'un qui n'osait pas ouvrir des boites de pandore. Car dans l'Église, quand on prend une décision, aussi petite soit-elle vue de l'extérieur, l'impact peut être énorme. Et donc en effet, il a été très, et même sans doute trop prudent sur certains points.

Vous dites à ce propos que la tradition compte beaucoup pour lui, mais qu'il lui donne un sens profond et non pas d'immobilisme. Quel est ce sens profond ?

Il veut redonner à tous les symboles liturgiques ou vestimentaires par exemple leur sens qui a été oublié. Il a été très attristé de l'appauvrissement liturgique des messes post-conciliaires, quand elles devenaient des shows à la guitare. Ce sont des choses qu'il ne pouvait pas supporter. C'est un homme qui aime l'Église par-dessus tout, mais qui est pétri des pensées de théologiens qui l'ont précédé des siècles durant, qui est habité de toutes les traditions des grands ordres monastiques, qui connait les sommes écrites par les docteurs de l'Église... Pour un homme contemporain, cela peut paraitre un peu pesant, mais Benoît XVI sait que rien n'est anodin dans l'Église, même le plus petit changement. L'esprit Ratzinger, c'est d'abord un grand respect de la tradition. Quand il parlait du Concile, il se prononçait pour un renouveau dans l'esprit de la tradition, c'était un grand défenseur de l'herméneutique du renouveau dans la continuité.

Un grand savant, empli de connaissance qui invitait pourtant les croyants au silence, à faire le vide en eux.

Oui, il invitait toujours à l'humilité pour garder le Christ au centre de tout. Pour cela aussi les deux papes sont très proches : ils critiquent tous les deux l'autoréférencialité, la mondanité, une église efficace qui aurait perdu toute intériorité.

Si l'on revient à la personnalité du pape François, que doit-on prendre en compte quand on analyse son pontificat ?

D'abord qu'il est jésuite. Il a un esprit systématique, organisé, presque militaire avec une grande rigueur de vie. Les jésuites se distinguent aussi pour leur amour des périphéries, des lieux éloignés de l'Église. Ensuite qu'il est Latino-américain. Il aime rencontrer les gens, même au sein du Vatican il témoigne de son enthousiasme et de cette chaleur de la rencontre. Et puis en même temps, c'est un Argentin qui a des racines européennes et qui connait bien les références italiennes.

C'est un pape aussi très spontané, qui ne semble pas avoir peur de se tromper.

Uscire en italien, sortir de soi, est un terme qui revient tout le temps. Il l'a répété, il préfère une Église audacieuse et accidentée qu'une Église malade. Il n'a pas peur de dire non plus qu'il est imparfait, pécheur et ça, c'est extraordinaire pour l'Église, c'est libératoire. Il ne dit pas que c'est bien d'être pécheur, qu'il faut se complaire dans notre imperfection, mais il nous pousse à faire de notre mieux malgré nos péchés. On avait parfois l'impression qu'au Vatican on se considérait comme pur face à l'imperfection du monde, François renverse cette perception.

Qu'est-ce qui vous fascine et vous impressionne dans l'Église au point d'en avoir écrit un livre ?

C'est la radicalité du message évangélique que portent les papes qui m'impressionne, comme quand François embrasse des handicapés avec tendresse, qu'il prend le temps d'écrire à des gens dans des situations de détresse... C'est extrêmement beau. C'est cette proximité du Christ qui me touche, et cette capacité du message évangélique à s'adresser à chacun quel que soit sa culture.

Bosco d'Otreppe à Rome

Jean-Louis de La Vaissière, De Benoît à François une révolution tranquille, Le Passeur, 2013.