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11/02/2014

Benoit XVI et la panique des journalistes

Un an jour pour jour après la renonciation de Benoit XVI, le premier journaliste qui a dû apprendre la nouvelle au monde francophone nous apporte son témoignage.

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C'était un de ces lundis comme on en fait que trop peu : un vrai lundi, un lundi perdu dans le ventre mou du mois de février et dans un crachin transi qui peine à réveiller Rome. Un lundi sans grande ambition, sans réelle actu d'ailleurs, car le 11 février, date anniversaire des accords du Latran, est un jour férié pour le Vatican. Dans l'agenda du Saint-Siège, seul un consistoire était prévu en fin de matinée : Benoit XVI devait y annoncer devant quelques cardinaux la date de canonisation des martyrs d'Otrante, alors qu'une petite poignée de journalistes suivraient l’évènement par écrans interposés, par acquit de conscience et d'un œil souvent distrait. On sait pourtant ce qu'il en advint : Benoit XVI dans un geste historique y annonça sa renonciation, alors que l'Église stupéfaite s'apprêtait à trembler et à s'interroger.

Cette histoire, on ne la raconte plus à Charles de Pechpeyrou, c'est lui qui la raconte. Jeune, mais chevronné vaticaniste, il suivait ce consistoire pour l'agence spécialiste du Vatican I.Media, et fut le premier journaliste à transmettre l'information au monde francophone. Aujourd'hui journaliste a la télévision catholique française KTO, il revient sur ce jour si particulier

Le seul enjeu de cette matinée était de saisir en latin, car le consistoire se déroulait en cette langue, la date de la canonisation de ces martyrs d'Otrante explique-t-il à LaLibre.be. Pourtant, quand Benoit XVI eut fini de prononcer son discours, Monseigneur Marini à ses côtés lui tendit une deuxième feuille que le pape se mit à lire. Ce n'était pas au programme. Je pu en saisir quelques mots et percevoir, à la vue des visages graves et étonnés des cardinaux, l'ampleur de ce qui était en train d'être dit. Dans un ton finalement assez neutre, mais décidé et posé, d'une traite, sans effets théâtraux, Benoit XVI confiait sa décision de se retirer.

Quelle a été pour vous et pour les quelques journalistes à qui vous avez d'abord appris la nouvelle la première réaction ?

J'étais sous le choc. Je me rendais compte de ce à quoi je venais d'assister. En salle de presse ce fut la stupeur générale, nous étions tétanisés d'avoir une telle info entre les mains et nous nous rendions compte de la responsabilité que nous avions dans la divulgation au monde d'une information contenant un tel enjeu. L'ambiance était grave : stupéfaits, nous devions agir en vitesse, mais nous n'avions surtout pas droit à l'erreur.

Comment depuis la salle de presse, d’ordinaire si paisible, avez-vous assisté à l'arrivée en quelques heures de plusieurs milliers de journalistes du monde entier ?

Dès l'après-midi de très nombreux journalistes arrivaient. Eux aussi étaient en paniques, ne sachant pas comment traiter un tel évènement. Les médias catholiques, qui connaissent les rouages du Vatican, ont pu s'y retrouver, mais c'est vrai que pour les médias généralistes qui maitrisent très peu ce domaine, ce fut fort compliqué. Ils comptaient sur nous pour que nous puissions les aiguiller.

Avant l'arrivée de François qui fut une autre surprise de taille, comment à été vécue la période dite du sede vacante ?

En fait on essayait de se rassurer après une stupeur aussi irrationnelle. Je pense qu'après coup on peut dire que nous avons fait l'erreur d'envisager le conclave de manière trop rationnelle. Nous avons tout analysé, nous avons désigné nos favoris de manière très calculatrice et, du coup, nous n'avons pas vu venir le deuxième choc, la deuxième surprise de taille qui fut l'arrivée de François.

Face à un tel évènement, les journalistes ont-ils pu rendre avec justesse la complexité du pontificat et de la personnalité de Benoit XVI ?

La renonciation a bouleversé la vision que nous avions de Benoit XVI. Alors que les médias parlaient du panzer cardinal, nous avons pu percevoir l'homme qu'il était vraiment, l'audace d'avoir osé poser un tel acte, mais aussi sa dévotion à la tâche et son abnégation. Beaucoup de médias ont finalement fini par reconnaitre en Benoit XVI un pape courageux, logique, et même valeureux.

Bosco d'Otreppe, à Rome

 

09/01/2014

Les Carnets vous emmènent au coeur de l'Église

Un récit depuis Rome, quatre étapes, des reportages, des analyses, des témoignages, des portraits, des invités dont le volontaire Michel Onfray, la passionnante Marie-François Baslez ou le réfléchi Jean-Marc Ferry. LaLibre.be et Les Carnets du Vatican plongent au sein de l'Église pour vous faire comprendre le pourquoi et le comment de ses ambitions, car oui, l'Église veut vous reconquérir et vous le verrez, ce n'est pas une mince affaire. Qui est-elle? Que nous veut-elle? Suivez le guide...

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Intro

Pourquoi l'Église veut vous reconquérir

Qui sommes-nous pour elle ?

Comment s'y prendra-t-elle ?

Avec qui le fera-t-elle ? (25 décembre)

 

Une série réalisée avec le soutien du Fonds pour le journalisme en Fédération Wallonie-Bruxelles

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Photo : Olivier Terlinden (photonatureethumanite.com)

26/12/2013

Qui sont les hérauts de la foi aujourd'hui ?

L'Église, aussi immense soit-elle, sait s'organiser. Et cela lui est vital.

Photo Olivier Terlinden

Imaginez, au même moment, une maman-catéchiste sous les vitraux d'une église ardennaise racontant la vie du Christ à 4-5 jeunes adolescents ; un groupe de trois personnes marchant ensemble dans la campagne polonaise en priant le chapelet ; une jeune femme en train de se confesser dans une église de Colombie ; un missionnaire fatigué, recevant le dernier sacrement après avoir arpenté tant de paysages africains ; un jeune prêtre célébrant sa première messe en Asie ; un homme seul, dans une grande ville, abandonné de tous et pestant contre son Dieu qu'il ne voit plus, ne reconnait plus, ne sent plus ; huit cardinaux dans un salon de Rome, s'apprêtant à être reçus par le pape pour parler de l'avenir de la Curie, le gouvernement à la tête de l'Église.

L'Église, à travers le monde est un paquebot immense, inimaginable, gigantesque, fait de centaines de millions d'hommes et de femmes, forts de cultures différentes, de vies aux antipodes, de leurs vécus, de leurs sensibilités, mais néanmoins sensiblement tournés vers une même doctrine, vers les mêmes textes, vers un même Dieu.

Il y a là quelque chose d'impensable, ou en tout cas d'unique comme l'écrit Olivier Bobineau à l'entame de son livre L'Empire des papes. N'est-il pas fascinant « de se dire que tous les dimanches de l'année et à travers le monde entier, plus d'un-milliard-deux-cents millions de personnes sont appelées et exhortées par un centre politique et spirituel, à participer à une célébration, la messe, dont la structure (...) et les contenus (...) sont scrupuleusement identiques ? Quelle autre institution, quel autre appareil d'autorité (...) peut se prévaloir d'un tel pouvoir sur toute la planète Terre ? »

Le catholicisme, à travers l'image que donne le Vatican, est en effet la religion la plus centralisée, la plus institutionnalisée qui a pu, avec toutes les limites de l'exercice, réaliser une prouesse impressionnante : celle de synthétiser deux-mille ans de patrimoine, de culture, de pensées philosophiques et théologiques, d'aventures humaines dans un même livre : Le Catéchisme de l'Église catholique. Car, quoique l'on en pense, et sans jugement de valeur aucun, la doctrine de l'Église, certes toujours en (lente) évolution, est redoutablement argumentée et terriblement cohérente.

Pourtant, au moment d'embrasser la nouvelle évangélisation, et de combattre la sécularisation dans une société qui connait une crise de l'engagement tout autant que de ses institutions, comment l'Église gère-t-elle son rapport à la hiérarchie, alors que le Christ lui-même répétait à ses disciples « Ne vous faites pas appeler Maitre » ? Comment l'Église s'organise-t-elle pour résister aux soubresauts de l'Histoire et de son histoire ?

Nous n'aurons évidemment pas la possibilité de répondre à ces questions, mais trois mots sont indispensables à retenir lorsque l'on parle de l'Église-institution : égalité, unité et solidarité.

Un corps en marche

En fait, l'Église qui est le peuple de Dieu, est très simple à comprendre et à représenter : il suffit de prendre l'image du corps. Saint-Paul utilisait déjà l'image de cette Église, corps du Christ, qui a à sa tête Dieu lui-même, et qui est composée d'une diversité d'organes : les baptisés. Tous les organes sont différents, mais tous doivent être ensemble tournés vers la même volonté (voici ce qui donne l'unité). Chacun tient son propre rôle, mais tous sont indispensables (voici ce qui confère l'égalité). Chacun a besoin de l'autre en bonne santé (voici ce qui nous mène, notamment, à la solidarité interpersonnelle et au service – notion ô combien importante aussi pour comprendre l'Église).

Tout ceci aurait le mérite d'être développé bien entendu. Pour le dire autrement cependant, au-delà de toute hiérarchie, les baptisés sont foncièrement égaux dans l'Église. « Il n'y a pas de catholiques inutiles » a insisté le pape François. Bref, entre un pape et un simple laïc, Dieu n'a pas de préférence, et l'un n'a pas plus de chance que l'autre d'accéder au paradis (sauvé !).

Chacun à sa place donc, en fonction de ses talents et au service d'une même mission (évangéliser), armé d'une seule lanterne pour le guider : le Christ. « C'est cela qui est formidable dans l'Église » nous explique le prêtre Jean-François Mertz, « si mon voisin a des talents que je n'ai pas, c'est que j'en ai qu'il n'a pas. Alors ne soyons pas jaloux, mais réjouissons-nous, chacun à notre manière nous enrichissons l'Église et travaillons au bien du monde avec nos propres instruments ».

Une image très frappante du début du pontificat de François, fut l'adoration universelle organisée au même moment à travers le monde. L'adoration, c'est le fait de se recueillir devant une hostie exposée, qui est pour le catholique véritablement Dieu. C'est très difficile à comprendre si l'on a pas la foi, mais l'adoration est une prière avec la présence réelle de Dieu à ses côtés. Ce fut un moment, reconnaissons-le, très impressionnant. À travers les différents fuseaux horaires, de la plus grande basilique aux plus petites chapelles de campagnes, du pape à la plus dévouée des sacristaines, on pouvait voir des milliers de catholiques agenouillés devant leur Dieu, semblant y puiser énergie, force et courage.

Cette image illustrait l'universalité, l'unité, la solidarité, l'égalité, l'humilité même (n'ayons pas peur des mots) de ces catholiques face à quelque chose qui les dépasse.

On connait les failles de cette Église imparfaite, son manque de dialogue ou d'écoute parfois, certaines de ses divisions, de ses luttes internes et politiques, de ses scandales. Mais que l'on croie ou non, on ne peut oublier que pour le catholique, cette Église en cheminement sur la terre est à la fois humaine et divine, et que l'on ne peut jamais la penser sans envisager cette double nature.

Qui va réévangéliser l'Europe, pourquoi, comment ? L'Église tout entière, « soucieuse de partager sa foi qui la rend heureuse », et portée par l'adoration (au sens propre comme au sens figuré) de son Dieu.

 Est-ce naïf d'envisager l'Église sous cet angle ? Peut-être, mais certains y croient.

Bosco d'Otreppe depuis Rome

Photo Olivier Terlinden (photonatureethumanite.com)

Un dossier réalisé avec le précieux soutien du Fonds pour le Journalisme de la communauté française

 

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