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01/10/2014

Le Livre d'Orient veut voir Notre Dame

Après 60 000 kilomètres à travers l'Orient, Vincent Gelot rentre en France. Il tient à témoigner de l'existence de ses chrétiens d'Irak, de Syrie, d'Égypte ou d'ailleurs aujourd'hui chassés de chez eux.

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Portrait réalisé pour les Médias catholiques belges

 Surtout, ne pas lâcher l'embrayage. La Renault 4L, en équilibre instable sur la frontière israélo-palestinienne ne savait pas encore si elle allait passer le checkpoint, mais son conducteur, d'expérience, se souvenait qu'un faux mouvement de la pédale risquait d'étouffer son moteur devant des militaires suspicieux.

Nous étions sur la route de Bethléem, un soir de mai, et nous venions de rencontrer Vincent Gelot. Lui et sa 4L par contre n'en étaient pas à leur première rencontre ni à leur première frontière. Ils avaient terrassé 60 000 kilomètres, ils avaient traversé l'Orient, rencontré ses chrétiens, et ils venaient d'arriver en Terre Sainte. La 4L, à la peine, portait les stigmates du voyage et s'attirait des regards intrigués. Sa carrosserie avait chauffé, sa boite avait souffert, mais elle tenait à sa fierté de vieille dame rafistolée. Vincent Gelot, lui, gardait son esprit au frais. Aux soldats israéliens qui l'observaient incrédule, il n'affichait qu'un regard décidé. « Oui il passerait le mur de séparation, oui il s'approcherait du pape qui demain ferait une messe à Bethléem, oui sa voiture claquerait peut-être dans 5 kilomètres, mais qu'importe, il passerait. » Entre les barbelés, les militaires lui indiquèrent finalement le chemin ; soulagé il relança alors l'accélérateur, agrippa la Palestine et nous raconta son voyage.

 Tout avait commencé en 2012 lorsqu'il terminait ses études au Liban. Là bas, via une ONG, il ne cessait de rencontrer des chrétiens d'Irak et de Syrie qui se réfugiaient au-delà de leurs frontières tant leur situation, déjà à l'époque, était difficile. Il entendait des langues qu'il ne connaissait pas, des noms auxquels il n'avaient jamais prêté attention. « On me parlait beaucoup de ces chrétiens d'Orient, on me parlait de ces Syriaques catholiques d'Antioche, de ces Grecs melkites, de ces Maronites, on me décrivait leurs traditions, leurs rites ou leurs liturgies très anciennes. Derrière ces noms qui ne me disaient pas grand-chose se cachaient les racines du christianisme et de notre foi. En plus, cette année-là, Benoit XVI vint porter au Liban l'exhortation apostolique pour l'Église du Moyen-Orient. Le message était un message de paix et d'unité que j'ai trouvé magnifique et dont je voulais témoigner. »

Les coïncidences étaient trop importantes ; bercé par les récits des grands voyageurs et des premiers missionnaires, porté par un appel au voyage, il se décide de partir à la rencontre des chrétiens d'Orient et de rejoindre Jérusalem. Il démarre en aout, se donne 10 mois et roulera finalement deux ans.

« Mon projet à l'époque n'était pas très abouti. Je n'y connaissais rien en mécanique, peu de personnes m'avaient passé de l'argent. Et puis, cette volonté de rencontrer les chrétiens c'était bien beau, mais concrètement qu'est-ce que cela voulait dire ? » Armé d'un peu d'insouciance, de beaucoup de confiance, il fit pourtant de ce voyage très « artisanal » (c'est lui qui le dit) une « mission » magnifique.

« Mon voyage a eu beaucoup de dimensions, mais l'une des plus importantes fut certainement celle du Livre d'Orient. » Ce Livre d'Orient, c'est un livre d'or que Vincent cache au fin fond de sa voiture pour passer des frontières peu hospitalières. C'est un livre au format A3, très beau, relié plein cuir et dans lequel il laisse une place pour les témoignages, pour les prières, pour des dessins splendides, pour les histoires de ceux qu'il rencontre. « Ce livre m'a complètement dépassé raconte-t-il, mais il fut aussi mon porte-parole. Quand j'arrivais dans un monastère perdu et isolé, je ressemblais à un OVNI, mais il y avait ce livre qui portait le témoignage de mon trajet, et de l'existence des autres communautés. Tout le monde était marqué. »

Et puis il y a les histoires, les difficultés, les accidents. Des coups de pouce reçus au fin fond de paysages oubliés, Vincent en a des dizaines. « Je me souviens d'une communauté de sœurs carmélites que j'ai rencontrée au nord du Kazakhstan. Quand l'une d'elles a su que j'allais en Terre Sainte, elle m'a confié un colis pour une de ses consœurs qui y habitait. Cela m'a donné un coup d'arrêt, je me suis rendu compte que certains croyaient en moi, en la réussite de mon voyage. Il fallait donc que je sois à la hauteur. »

Le paquet a souffert, il a fallu lui remettre du scotch, le réarranger, mais il a tenu. « Et 15 mois après, quand je l'ai tendu à la sœur de Bethléem en lui racontant les paysages traversés depuis le Kazakhstan, j'étais ému, j'étais fier, mais j'étais par-dessus tout heureux. »

Aujourd'hui, après deux ans en Orient, Vincent roule vers la France. Son objectif est de témoigner de tout ce qu'il a vu et reçu. La situation des chrétiens en Irak, en Syrie, en Palestine, en Égypte lui fait peur. « On ne pourra pas tous partir les sauver, mais il faut au moins s'intéresser à eux, à leur sort et à leur culture. Il faut prier aussi. Je n'étais pas très pratiquant avant de partir, mais j'ai découvert la puissance concrète de la prière, tout autant que la fraternité que l'on partage avec eux. Le christianisme en Orient est très divers, il prend des formes multiples, mais il y a toujours la croix. Où que l'on aille, l'amour pour Jésus est présent. »

À l'écouter, on n'ose imaginer l'avenir, et on ne comprend pas comment il a tenu le coup. Son histoire est celle d'un funambule, « si ça marche, c'est magnifique, si ça casse ça casse ».

À coup d'inconscience, de confiance et d'intelligence du cœur, ça a marché. Aujourd'hui pour clôturer son périple, Vincent rêve d'arriver à Paris au lever du jour, et de s'offrir un croissant et un chocolat chaud en face de Notre Dame. Une Dame qui d'ailleurs, selon lui, ne fut sans doute jamais très éloignée de son chemin.

Bosco d'Otreppe

PS Vincent Gelot a pu présenter son livre au pape François qui a écrit ses encouragements, ses prières tout comme le point final de l'aventure.

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