carnets du vatican
Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

21/05/2014

En Palestine, on profite du pape pour s'adresser au monde

Des visuels très forts et très politiques ont été déployés à Bethléem. Le pape ne pourra pas passer à côté.

banner_mid_6.jpg

Ici en Terre Sainte, le voyage du pape ne contente pas tout le monde. Avec un programme très dense étalé sur à peine 3 jours, avec l'objectif assumé de réaffirmer le dialogue œcuménique (la visite du pape et sa rencontre avec le patriarche Bartholomée célèbrent les 50 ans de la rencontre entre Paul VI et le patriarche de Constantinople Athénagoras), François n'aura pas le temps de se rendre à Nazareth en Galilée où vivent de nombreux chrétiens. Cela laisse ici beaucoup d'amertume et de tristesse pour ces populations qui se sentent déjà si isolées, nous confient de nombreux croyants.

Tout cela sans compter que les mesures de sécurité prises à Jérusalem seront drastiques (plusieurs rues sous couvre-feu, interdiction de sortir de chez soi...), et obligeront le pape qui aime tant le contact avec la population à découvrir une ville désertée de tous ses habitants.

Pas de liesse donc pour le « pape du peuple », si ce n'est à Bethléem où François célèbrera une messe devant 10 000 personnes au pied de la Basilique de la Nativité. Si le pape a rappelé ce mercredi que son voyage sera « strictement religieux », nul doute que les Palestiniens « lui donneront des intentions très claires de prières » explique Marie-Armelle Beaulieu, rédactrice du magazine Terre Sainte à l'agence I.Media.

Ainsi, d'immenses affiches très polémiques et politiques ont été déployées dans la ville aux endroits que visitera le pape François. Ces visuels, imaginés par le Musée palestinien, mêlent avec audace des photos contemporaines de la Palestine, et des peintures baroques représentant des scènes bibliques. En mêlant l'histoire et l'actualité, elles représentent la « souffrance » ressentie par ces peuples suite « à l'occupation et à l'oppression » explique un communiqué de presse du Musée.

Pour Jack Persian, directeur de celui-ci, ces images témoignent de la tension « entre les valeurs chrétiennes et le sort de beaucoup de chrétiens dans le monde, entre la sainteté de la Terre Sainte et la violence qu'elle endure aujourd'hui ».

Une autre initiative organisée par les Palestiniens locaux consiste à offrir une croix au pape, croix fabriquée grâce à des débris récoltés sur le mur de séparation. « Pour les Palestiniens explique encore Marie-Armelle Beaulieu, la visite d'un pape est toujours l'occasion de rappeler au monde leurs revendications, et leurs souhaits . »

La politique n'est jamais très éloignée de la religion et même de la prière en Terre Sainte. Nul doute que cela sera rappelé au pape François qui souhaite « prier pour la paix sur cette terre qui souffre tant ».

Bosco d'Otreppe à Jerusalem

banner_mid_9.jpg

banner_mid_10.jpg

 

07/05/2014

La bibliothèque du pape

Quels livres choisir pour vos vacances ? Et si vous suiviez les conseils du pape François ?

Pape-Francois-3.jpg

Retrouvez notre billet ici

28/04/2014

J'ai passé le week-end avec 800 000 catholiques

Retour sur le week-end des canonisations de Jean-Paul II et Jean XXIII, qui se termine par un grand point d'interrogation. Chronique personnelle et subjective de Bosco d'Otreppe, correspondant permanent de LaLibre.be à Rome.

rome-paques-italie-canonisation-papes-jpg-2600952-jpg_2238758.JPG

Pour être tout à fait franc, ces canonisations, ici à Rome, je les snobais un peu. Trop jeune pour avoir été marqué par Jean-Paul II, beaucoup trop jeune pour avoir connu Jean XXIII et imaginer le séisme qu'avait dû être l'annonce du concile Vatican II, je les voyais lointaines et même un peu désuètes. Le « week-end au million de pèlerins » s'annonçait certes impressionnant et important pour les catholiques, mais à part la perspective d'assister complice au chaos d'une ville mal préparée (qui n'a pas eu lieu), et à d'immenses campings improvisés dans les rues d'une capitale, je n'y voyais guère de grandes perspectives enthousiasmantes.

Je dois pourtant le reconnaitre aujourd'hui, je me suis bien fait avoir. D'abord parce que la reconnaissance en sainteté de quelqu'un dont la vie est érigée en exemple pour l'Église universelle, ce n'est pas anodin. Ensuite et surtout parce que la joie, la foi et l'enthousiasme des milliers de catholiques croisés ces derniers jours m'ont étonné.

De ces canonisations, nous journalistes, pouvions et devions en avoir une lecture critique, historique, culturelle ou politique. Tous ces angles étaient légitimes et indispensables : l'Église est aussi une institution incarnée et humaine, la stratégie politique ne lui sera donc jamais totalement étrangère. Pourtant, s'y limiter aurait été une erreur, car l'essentiel ne s'y trouvait pas.

Dès jeudi, des cars, des trains, des avions d'Italie, d'Europe et du monde ont rendu à Rome sa fonction historique : celle d'un grand lieu de pèlerinage. Les paroisses, les églises et les chapelles se préparaient, les prêtres et religieux par centaines les organisaient pour y accueillir les pèlerins, pour les rendre belles. Ils mettaient sur pied des conférences, des concerts, multipliaient les messes et des veillées de prière. Certaines sont restées ouvertes plus de 48heures sans discontinuer, avec des confessions permanentes. Ce n'était pas rien.

Si le tour dominical du pape François en « papamobile » a eu le succès habituel, le week-end ne s'est pas limité à cela. Les pèlerins ne se sont pas non plus contentés de manger des pizzas et de profiter de Rome en attendant le dimanche matin. Réellement, ils priaient, s'informaient, échangeaient. Se promener dans les rues de la ville mettait de bonne humeur. Y pousser délicatement les portes des Églises, parfois tard dans la nuit, y retrouver quelques chants, une ambiance de recueillement ne cessait de surprendre.

Au-delà de toutes les analyses possibles, il y avait d'abord une réelle sincérité. Pourquoi tant de personnes sont-elles venues, ont-elles pris l'avion, le bus, la voiture ? Pourquoi se sont-elles engluées dans un centre-ville plein à craquer ? C'est difficile à dire. Pour des raisons politiques, idéologiques ? Pour un simple culte de la personnalité ? C'est difficile à croire. Ils semblent l'avoir fait d'abord sincèrement et joyeusement. Voilà ce qui était impressionnant et intriguant.

Bosco d'Otreppe à Rome