carnets du vatican
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13/03/2013

Kit de survie pour un jeune journaliste à Rome

484904_358779457568600_152818337_n.jpgComment ne pas trépasser durant un conclave? Manger énormément de pizzas (ça, c'est certain), acheter des parapluies (indispensable, les giboulées se jouent de vous avec un plaisir non dissimulé), profiter de l'enthousiasme médiatique (vous devriez être dans la salle de presse... c'est une ambiance unique), garder les yeux fixés sur la cheminée de la Sixtine (plutôt utile), et puis ne pas oublier certains points capitaux sous peine de vous faire berner par le premier Habemus Papam venu. Rapide Récapitulation : n'oublions donc pas que...

...il ne faut pas trop lire le Da Vinci code sur la Place Saint-Pierre

Malheureusement, on a beau aimer les complots, il faut le reconnaitre, le Vatican ne vit plus au temps des Borgia, cette famille de deux papes italiens dont la tradition nous a laissé un souvenir assez peu catholique. Trêve de fantasmes donc, au Vatican la plupart des personnes sont « normales ». Alors bien sûr le Vatican a du mal à dialoguer avec ses contemporains, manque de transparence, s'appuie sur un système de gouvernance en fin de vie, compte des scandales incompréhensibles dans son Église, et des affaires (Vatileaks en tête) non élucidées. Mais penchons-nous sur ces problèmes (c'est notre boulot) avec sang froid et un seul prérequis : l'Église est humaine, ni plus ni moins (et c'est déjà pas mal).

...l'Église ce n'est pas que le Vatican

À force d'avoir le regard braqué sur la Basilique Saint-Pierre, son Saint-Siège et ses « affaires », on en oublierait presque que l'institution compte un-milliard-deux-cents millions de catholiques sur l'ensemble des continents. Ce sont des prêtres, des laïcs, des ONG, des congrégations, des diacres, des paroisses... C'est une assemblée pleine d'initiatives qui œuvre sur tous les terrains. C'est une institution aussi énorme que multiple, difficile à gérer, diriger, unifier, ou embrasser d'un seul regard.

 ...son grand chef le Pape ne s'appelle ni Elio ni Sarko

On a beau parler de bulletins, de votes, ou même d'urnes, il ne s'agit pas d'une élection comme les autres. On ne peut analyser ce scrutin comme on analyserait les dernières primaires du Parti socialiste français. Il n'y a ni candidats affichés, ni campagne, et si l'Église est avant tout humaine (on l'a dit), si lors du conclave la dimension politique est très importante (les nombreux débats entre cardinaux l'ont prouvé à suffisance), le Pape sera élu par des hommes de foi certains de l'aventure spirituelle qu'ils auront entrepris. Que Dieu existe ou n'existe pas, on ne peut oublier cette donnée.

 ...le conclave n'est pas (que) une fashion week

Les médias se régalent de ces images dignes d'une autre époque, de ces cardinaux en robes longues, de ces bougies, de l'encens, des voutes et des fresques splendides. Mais attention, cette sympathique fascination risque d'être de bien courte durée prévenait hier le journal suisse Neue Zürcher Zeitung. « Dans un environnement médiatique où prédomine un arbitraire relativiste, elle recueillera des sympathies uniquement si cet évènement peut être interprété comme un spectacle."

Et l'astuce justement c'est que pour l'Église, la liturgie n'est pas du tout un spectacle, mais une mise en acte de la foi. La liturgie pour les catholiques est « participation à la prière du Christ ». Du coup, chaque signe de croix, chaque génuflexion, chaque geste est porteur d'un sens. Lors de la liturgie, l'Église exprime et fait ce qu'elle croit. Rien n'est décidément anodin.

...le Pape n'est pas tout seul

Quand on sait le poids politique qu'a pris ces trente dernières années le secrétaire d'État (le bras droit du Pape), le choix de son collaborateur, mais aussi de sa garde rapprochée sera loin d'être innocent. Une fois le Pape élu, il s'agira de rester bien attentif aux mouvements qui s'esquisseront à la tête de l'Église.

 ...Benoit XVI ne fut pas un panzer

D'ailleurs il ne faudra pas non plus tirer de conclusions trop hâtives concernant le Pape lui-même. Rappelez-vous 2005, on surnommait alors Benoit XVI le Cardinal Panzer. Son pontificat a montré qu'il était bien plus humble, bien plus calme, bien plus discret que ce que certains avaient vu en lui alors qu'il était encore cardinal. « La fonction fait l'homme » dit l'adage populaire. Il n'est pas faux. Les catholiques appellent cela les « grâces d'état ».

...et le prochain pape sera celui des eaux profondes

On parle souvent d'une réforme de la Curie. Elle est en effet capitale et indispensable. Mais 50 ans après Vatican II, les défis pour l'Église sont bien plus larges. Alors que Benoit XVI fut le dernier Pape a avoir participé à ce grand concile de l'intérieur, l'Église, et plusieurs personnalités de la curie nous l'ont confié, est à un tournant historique.

On peut comparer l'Église à un bateau, et le concile à d'importants travaux de rénovation de ce bateau entrepris dans un port. L'Église a effectué de lentes et longues manœuvres après ce chantier, elle a préparé sa navigation. Aujourd'hui, elle quitte le port, elle a l'horizon devant elle, et elle doit trouver un cap. Le prochain Pape ne sera plus celui qui doit gérer l'après Vatican II : Benoit XVI et Jean-Paul II s'en sont chargé. Le prochain Pape sera celui qui, fort de cet héritage, devra tracer la route de son Église, et la faire naviguer dans les eaux tumultueuses de la globalisation géographique, des exclusions sociales toujours plus nombreuses, de bien des replis identitaires, et de la sécularisation. Les courants sont de plus en plus rapides. Rien ne sera facile. Benoit XVI n'a eu de cesse de nourrir la spiritualité des siens, de les rassembler autour de la parole de Dieu, de la foi et de son message. Le prochain Pape devra quant à lui s'adresser au monde, écouter ses contemporains, leurs doutes, leurs espérances, leurs peurs.

Ce pontificat sera celui du dialogue, nous ont prédit plusieurs personnalités ecclésiales. Quel est encore le sens de la religion aujourd'hui, d'une institution telle que l'Église catholique ?

Les vents du large s'annoncent multiples, les catholiques attendent leur capitaine.

Bosco d'Otreppe

 

27/02/2013

Avec émotion, le Pape a salué son Église

Pape8 heures. Place Saint-Pierre, tout est déjà presque au point. De la foule qui, de toutes les rues, converge vers le Vatican, les premiers BE-NE-DE-TTO fusent comme les premiers chants. Les pancartes de soutien au Pape, les drapeaux sur les épaules des pèlerins sont prêts à se déployer. Aux abords de la place et de la Via della Conciliazione, les services d'ordre veillent au grain et filtrent la foule. Plus loin, les secouristes ont déjà installé leur matériel. II fait beau, le ciel est bleu, le soleil printanier presque chaud. Les journalistes arrivés en masse filment, interrogent, écrivent, enregistrent. La journée ici à Rome s'annonce très particulière.

10 heures. Du haut du perron de Saint-Pierre des prêtres égrènent en toutes les langues le nom des délégations venues de tous les pays qui leur répondent par de grands saluts. L'ambiance monte, mais la foule reste disciplinée. Beaucoup prient, certains groupes entonnent des chants. On se demande où est le Pape en ce moment, tout le monde l'attend. On se demande s'il écoute ces clameurs tel un chanteur qui va entrer en scène. C'est très étrange d'imaginer un aussi vieil homme devoir affronter une telle foule. Benoit XVI n'est pas une rock star, sûrement doit-il remercier et confier tout cela à son Dieu.

10h40. Soutenu par une fervente clameur et par les accords d'un orgue solennel, le Pape apparait Place Saint-Pierre dans sa papa-mobile. Dans l'assemblée de plus de 100.000 personnes, au-dessus des têtes, les appareils photos, les portables, les foulards, les drapeaux, les enfants sur les épaules de leurs parents se disputent la meilleure vue.

"Je suis vraiment ému et je vois l'Eglise vivante", s'élance alors le Pape interrompu par de nombreux applaudissements. "Dieu ne laissera pas couler son Eglise", ajoute-t-il en faisant allusion aux "eaux agitées" qui ont bousculé son pontificat. Très conscient de la "gravité" et de la "nouveauté" du geste qu'il a posé, Benoît XVI assure aux catholiques qu'il restera proche d'eux par la prière et qu'il continuera de servir son Église à sa façon.

"Chers amis, j’ai mené également l’Eglise dans des moments difficiles, ne perdons jamais notre foi qui est la chose la plus importante dans le chemin de l’Eglise. Soyons mus par la certitude que le Seigneur est avec nous, qu’il ne nous abandonne pas et nous témoigne de son amour. Je vous remercie" a conclu le Pape largement acclamé.

12h00. Debout dans sa papa-mobile, le Pape prend congé de la place alors que le foule l'applaudit encore longuement avant de se disséminer dans les rues de Rome.

Ce matin au Vatican, on aura ressenti un grand "merci" monter vers Benoît XVI. Avérées ou non, les catholiques ont été tout de même fort troublés par les rumeurs de scandales qui ont essaimé dans la presse ces derniers jours et qui touchaient leur religion. Ici ils comptaient montrer leur compréhension face au geste posé par le Pape, et leur soutien à ce dernier. "Notre Église est autre chose que ces scandales, ou qu'une institution accrochée au pouvoir" nous explique un pèlerin francophone. "Le Pape nous a montré que nous ne devions pas être un surhomme pour être un bon chrétien, mais que Dieu nous aimait dans nos faiblesses. Il nous a rapproché de l'Église."

"Merci", "nous sommes avec toi", "tu nous manqueras", voici ce que les catholiques présents ce matin Place Saint-Pierre ont souhaité dire à leur Pape pour l'accompagner dans ses derniers jours de pontificat.

Bosco d'Otreppe

25/02/2013

Chronique pour un lundi matin

presse,journalisme,religion,pape,vatican,catholicisme,benoit xviDécidément, l'Église est bien insondable pour un journaliste. 

La semaine dernière avait été rythmée par de nombreuses rumeurs de scandales et de sombres machinations au Vatican. Elles avaient agrémenté une semaine bien calme, le Pape ayant préféré se consacrer discrètement au carême plutôt qu'à une médiatique tournée d'adieu. Du coup, les avatars du Da Vinci code, nés à la suite du Vatileaks étaient revenus à la mode à l'ombre du Vatican, et reconnaissons-le, cela avait un côté amusant.

Pourtant, reconnaissons-le aussi, nous ne savons pas grand-chose de ce qui se passe au cœur du plus petit État du monde. Certes, des rancœurs, des jalousies, des débats agités s'y font jour. La curie, qui n'a jamais prétendu à la sainteté, le reconnait elle-même. Les hommes restent des hommes, et si cela n'excuse ou ne justifie rien, l'Église demeure un fragile rafiot d'humains.

Ce dimanche pourtant, elle nous aura surpris de nouveau. À force de nous délecter de rumeurs, on en avait presque oublié que son cœur bat au rythme de la foi. Face au Pape qui célébrait son dernier angélus Place Saint-Pierre, se dégageaient de l’assemblée une réelle spontanéité et une véritable sincérité (il est difficile de le dire autrement). 

Et justement, qu'y a-t-il de plus délicat pour un journaliste que de parler de la foi, élan personnel, subjectif et mystérieux qui prend sa source au plus intime de chaque croyant ? 

Alors oui, iI y a des problèmes de gouvernance au sein de l'Église, et s'y logent même de graves dérives (les scandales de la pédophilie nous l'ont rappelé). Face à ces faits, comme face aux questions que pose l'Église au monde et à celles que le monde pose à l'Église, un journaliste ne peut se dérober. 

Mais à la veille d'une semaine historique, on se dit que le plus grand défi pour la presse sera de garder la tête froide en toute circonstance. Il faudra témoigner de l'émotion sans s'y enfermer, raconter l'ambiance, ce qui se vit, relever aussi les interrogations qui se posent face au geste inédit d'un Pape et l'avenir encore incertain d'une Église. Mais nous ne pourrons jamais oublier la complexité de cette institution vieille de 2000 ans, universelle, chargée d'histoires, de traditions, de textes et d'un message inédit. Difficile à circonscrire en un seul regard, elle nous rend finalement un fameux service à nous journalistes : elle nous rappelle que tout est encore à connaitre, à explorer, à investiguer, bref, que nous n'avons jamais fini d'apprendre.

Tant mieux, la semaine s'annonce d'autant plus passionnante !

Bosco d'Otreppe