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26/04/2013

Bienvenue à Rome

14362813-vista-panoramica-sul-centro-storico-di-roma-italia-da-castel-sant-angelo.jpgPeut-être que sans le savoir, Mathias Énard a-t-il donné de Rome la meilleure description possible.

Invité dans la capitale italienne il y a quelques semaines, l'écrivain français relevait la spécificité du roman face au livre d'histoire. L'historien expliquait-il en substance, plonge dans un sujet, le dissèque jusqu'au bout, ne s'en tient qu'à lui, ne s'attache qu'à la vérité avec science, rigueur et sérieux. Les historiens me sont indispensables. Mais l'écrivain, lui, procède tout différemment. Au fil de son roman, il passe d'un sujet à l'autre, d'une impression à l'autre. Il nous embarque avec lui au gré de son imagination. Il parcourt l'Histoire, découvre des histoires, invente des personnages, procède par analogie. Le voyage est vital et revigorant.

Autant le dire tout de suite, Rome est la plus grande romancière qui soit. En un point de vue, elle entrechoque le défilé des siècles. Le baroque y côtoie l'antique, l'âge classique y défie son passé, le religieux s'y superpose au païen. Chaque rue porte en elle le récit légendaire d'un sculpteur, d'un architecte, de conquêtes ou de défaites, d'un empereur, d'un pape, de trahisons ou d'amours, d'un cinéaste, d'un poète ou du fougueux peuple romain. Tout s'y métamorphose, l'eau y surgit de partout, mais les pierres, immenses et innombrables survivent à tout et vous rendent minuscule.

Après avoir suivi avec passion la renonciation du pape Benoît, le conclave et l'arrivée en trombe de François, Les Carnets du Vatican sautent au-dessus du Tibre pour y retrouver la Rome italienne. Nous n'abandonnerons pas le pape et son Église pour autant, loin de là même – il reste tant à y découvrir. Mais nous scruterons aussi la vie de la capitale, sa politique, ses œuvres et ses saveurs.

À raison de deux articles par semaine et dès ce weekend, nous partirons à la recherche des secrets de la politique, des archéologues locaux, de la gastronomie et du football romain, de la fraicheur des églises, ou de la limpidité des fontaines. Une promenade dans Rome en somme, guidé par l'actualité. Soyons prudents d'ailleurs, il y a matière à voir...

Tant mieux,

Bienvenue à Rome !

Bosco d'Otreppe

 

16:10 Publié dans Coulisses, Italie, Rome | Tags : italie, vatican, pape | Lien permanent | Commentaires (0) | | |

26/03/2013

Pape François : prologue

 Impressions, sentiments du moment, chronique personnelle ; n'engage que la conversation.

pape_labonne--672x359.jpgRegardez cette photo, c'est la photo la plus incroyable que le Vatican nous ait confiée depuis de très longues années. Deux papes tournés vers leur Dieu, agenouillés sur le même banc. Qui aurait imaginé une telle image il y a deux mois encore ?

Benoit en héritage...

Le 11 février dernier, la renonciation de Benoit XVI a touché le monde, surpris, réjoui, réveillé, mais aussi troublé et bousculé une Église qui se démène en pleines bourrasques (scandales de pédophilie, vols de documents, crise des vocations...). « Un pape ne descend pas de la croix » avait d'ailleurs commenté dépité le Cardinal Dziwisz qui, même en revenant sur ses propos, illustrait ce sentiment d'abandon ressenti par de nombreux catholiques.

Aujourd'hui d'ailleurs, personne ne peut encore réaliser l'ampleur et les conséquences d'une telle renonciation. La fonction pontificale ne sera plus jamais considérée comme avant, peut-être même a-t-elle fondamentalement changé.

Pour autant, qu'on se le dise, ce 11 février le Pape Benoit XVI est resté fidèle à lui-même. « Tout au long de sa vie, il avait tenu à réconcilier foi et raison » confirme Charles de Pechpeyrou, journaliste pour l'agence I.Media. « Il a, cette année, examiné sa conscience, et posé le geste qui lui semblait le plus indiqué. » Il sait aussi que cette charge pontificale n'est pas sacramentelle, « et qu'après la longue maladie de Jean-Paul II, l'Église n'était plus capable de vivre une telle épreuve ». Les temps changent vite, trop vite pour le théologien qu'il est, et il ne sentait plus en lui la force de guider cette immense institution. Sa liberté et son humilité ont fait le reste...

François en surprise...

Depuis lors, l'eau a coulé sous les ponts de l'Église. Le conclave est passé par là, nous a livré ses surprises tout en gardant ses secrets. En à peine dix jours, le Pape François a conquis une foule innombrable par ses mots simples, ses gestes humbles, son attention aux plus petits. Pourtant, lui non plus ne fait pas l’unanimité. Si la polémique concernant son rôle au cours de la dictature argentine semble s’essouffler1, certains catholiques fervents ont peur de voir en ses gestes une nouvelle désacralisation de la fonction pontificale. La question mérite d'être posée, mais ce n'est en tout cas pas la volonté première d'un Pape argentin qui ne souhaite qu'une chose : revenir sincèrement à la vérité des évangiles.

...et trois papes pour une foi

Depuis le 11 février d'ailleurs, nous avons apprécié comparer les gestes posés par Jean-Paul II et Benoit XVI d'un côté, par Benoit XVI et François de l'autre. Pourtant, si les comparaisons méritent d'être abordées, il serait faux d'opposer les trois souverains. Tous ont souhaité éclairer le même message, la même Vérité, la leur, sous un angle différent ; tous ont eu, et ont encore le même souci d'humilité face au Christ.

Jean-Paul II est resté Pape jusqu'au bout, assumant sa finitude et souhaitant montrer la valeur de la vie humaine, même abimée par la maladie et la mort prochaine. Benoit XVI avec sa personnalité et dans le contexte que l'on connait a posé un geste radicalement différent, mais porteur du même sens que celui de son prédécesseur : tous les deux ont accepté leurs failles, rappelé qu'un pape n'est que de passage, et guidé notre regard vers la tête d'affiche éternelle, c'est à dire, pour l'Église, Dieu himself Mesdames et Messieurs.

Aujourd'hui, François, ne se présente pas comme Benoit XVI. Dans la forme tant de choses les opposent, mais dans le fond, les soucis d'humilité et de vérité restent identiques, tout comme la logique doctrinale.

Pour autant, l'image de l'Église ne sera plus la même sous son règne. Fort d'un caractère entier, armé de son sourire et de sa spontanéité, François s'adresse au monde avec beaucoup d'aisance, et touche un public très large. « Son discours est positif » souligne un prêtre, « et porte en lui le rapport cordial que Dieu entretient avec le monde ». Sans doute est-ce là la synthèse la plus juste concernant les volontés d'un Pape qui souhaite s'attaquer en des termes nouveaux aux pauvretés matérielles et spirituelles. François a définitivement posé ses appuis, des gestes concrets seront attendus dans les prochains mois.

En attendant, gardons cette photo en tête, car elle nous dit tout de l'Église, de son idéal d'égale dignité et de grande liberté qu'elle entend défendre pour chacun de ses membres, quelles que soient leur place ou leur fonction. Elle représente sa diversité et son unité profonde, mais rappelle aussi ses dissensions politiques, ses défauts, ses incohérences, ses paradoxes qui ont créé une telle situation. Le peuple de Dieu est décidément divers, imparfait, faillible, mais surtout, d'un Pape à l'autre, en marche et à la recherche de son absolu. Bref, cette photo est historique pour l'Église : elle témoigne de l'histoire qui est son chemin, et de la prière son bâton de berger.

Bosco d'Otreppe


1Suite à de nombreux témoignages, la polémique semble s'essouffler autour de la personne du Pape, mais elle soulève, il est vrai ,la question des positions souvent ambigües prise par l'Église face à d'autres dictatures (particulièrement de droite).


 

20/03/2013

“Le vrai pouvoir est le service”

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La tendresse “n’est pas la vertu du faible”. “Nous ne devons pas avoir peur de la bonté, de la tendresse.” “Nous sommes gardiens de l’autre, de l’environnement […] Mais pour 'garder', nous devons aussi prendre soin de nous-mêmes !”

Avec une simplicité qui fait désormais son style, mais aussi avec solennité, le pape François a voulu lancer les catholiques et le monde sur le chemin du service et de l’attention.

Sous un ciel de printemps, la messe inaugurale de son pontificat a d’ailleurs été voulue comme étant la moins empruntée possible, et cela malgré la présence du gotha international, de rois, de reines, de princes, de présidents, de ministres, de délégations officielles venues de 132 pays, de nombreux représentants d’autres religions, et surtout de 150.000 pèlerins.

Ainsi, sous les applaudissements, les vivats et dans une nuée de drapeaux, le pape pasteur , comme de nombreux catholiques le surnomment déjà, a fait le tour de la place dans sa papamobile, n’hésitant pas à s’arrêter pour bénir les plus faibles avant d’entamer la messe.

Car François, comme on l’appelle déjà amicalement, n’a laissé personne indifférent depuis son élection mercredi passé. Mieux même, il a conquis le cœur de très nombreux catholiques. “Ce n’est pas un sous-Benoît XVI, nous explique un journaliste local. Il a une personnalité propre, chaleureuse, spontanée qui touche énormément de gens. Quand il parle à une foule, on a l’impression qu’il s’adresse personnellement à chacun de nous.”

Et c’est vrai, s’il donne des sueurs froides au service de sécurité en improvisant des bains de foule et en allant embrasser ou serrer les mains des passants, ceux-ci le vénèrent déjà comme étant le pape qui redonnera “fierté aux catholiques d’être membres de l’Église”.

Ce mardi matin, ce ne fut pas la foule attendue par les autorités, qui s’étaient préparées à la venue d’un million de personnes, mais les pèlerins que nous avons pu rencontrer se retrouvaient à nouveau totalement dans l’homélie du pape “simple, mais profonde” comme ils nous le répétaient.

Prendre soin des autres, des plus faibles, de la vie dans son entièreté et donc aussi de la nature et de la création, tels furent les grands thèmes du discours du pape. “Le vrai pouvoir est le service.” Sans doute est-ce par ces mots cités dans l’homélie que l’on peut résumer cette première semaine et la tonalité d’un nouveau pontificat.

Saint Joseph, dont c’était la fête aujourd’hui, a veillé sur sa famille “avec discrétion” , a expliqué le pape, “avec humilité, dans le silence, mais par une présence constante et une fidélité totale” .

On sent que François aime ce grand saint, et qu’il espère suivre son exemple pour veiller sur les siens.

Loin des caméras du monde entier qui s’étaient réunies autour de la place Saint-Pierre, le Vatican va maintenant retrouver son calme, et le pape découvrir ses chantiers; car de la gouvernance du Vatican à la nouvelle évangélisation, ils ne manquent pas.

Bosco d’Otreppe

12:25 Publié dans Religion | Tags : pape, messe, rome, vatican, catholicisme, francois | Lien permanent | Commentaires (0) | | |