carnets du vatican
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25/02/2013

Chronique pour un lundi matin

presse,journalisme,religion,pape,vatican,catholicisme,benoit xviDécidément, l'Église est bien insondable pour un journaliste. 

La semaine dernière avait été rythmée par de nombreuses rumeurs de scandales et de sombres machinations au Vatican. Elles avaient agrémenté une semaine bien calme, le Pape ayant préféré se consacrer discrètement au carême plutôt qu'à une médiatique tournée d'adieu. Du coup, les avatars du Da Vinci code, nés à la suite du Vatileaks étaient revenus à la mode à l'ombre du Vatican, et reconnaissons-le, cela avait un côté amusant.

Pourtant, reconnaissons-le aussi, nous ne savons pas grand-chose de ce qui se passe au cœur du plus petit État du monde. Certes, des rancœurs, des jalousies, des débats agités s'y font jour. La curie, qui n'a jamais prétendu à la sainteté, le reconnait elle-même. Les hommes restent des hommes, et si cela n'excuse ou ne justifie rien, l'Église demeure un fragile rafiot d'humains.

Ce dimanche pourtant, elle nous aura surpris de nouveau. À force de nous délecter de rumeurs, on en avait presque oublié que son cœur bat au rythme de la foi. Face au Pape qui célébrait son dernier angélus Place Saint-Pierre, se dégageaient de l’assemblée une réelle spontanéité et une véritable sincérité (il est difficile de le dire autrement). 

Et justement, qu'y a-t-il de plus délicat pour un journaliste que de parler de la foi, élan personnel, subjectif et mystérieux qui prend sa source au plus intime de chaque croyant ? 

Alors oui, iI y a des problèmes de gouvernance au sein de l'Église, et s'y logent même de graves dérives (les scandales de la pédophilie nous l'ont rappelé). Face à ces faits, comme face aux questions que pose l'Église au monde et à celles que le monde pose à l'Église, un journaliste ne peut se dérober. 

Mais à la veille d'une semaine historique, on se dit que le plus grand défi pour la presse sera de garder la tête froide en toute circonstance. Il faudra témoigner de l'émotion sans s'y enfermer, raconter l'ambiance, ce qui se vit, relever aussi les interrogations qui se posent face au geste inédit d'un Pape et l'avenir encore incertain d'une Église. Mais nous ne pourrons jamais oublier la complexité de cette institution vieille de 2000 ans, universelle, chargée d'histoires, de traditions, de textes et d'un message inédit. Difficile à circonscrire en un seul regard, elle nous rend finalement un fameux service à nous journalistes : elle nous rappelle que tout est encore à connaitre, à explorer, à investiguer, bref, que nous n'avons jamais fini d'apprendre.

Tant mieux, la semaine s'annonce d'autant plus passionnante !

Bosco d'Otreppe

 

12/02/2013

La fin d'un règne et la résurrection du latin?

libération,latin,pape,benoitXVI,démission,vaticanAlors que Libération se targuait ce mardi matin d'un éditorial en latin (le voici traduit), l'AFP nous racontait cette "revanche de la culture dans la préparation des futurs journalistes".

La décision de Benoît XVI de démissionner a été donnée en première mondiale par une journaliste de l'agence italienne Ansa, qui a su saisir les paroles cruciales et totalement inattendues du pape alors que celui-ci s'exprimait en latin. "Notre vaticaniste Giovanna Chirri était en train d'écouter le discours du pape devant le Consistoire", a expliqué à l'AFP le directeur de l'information de l'agence italienne de presse, Luigi Contu. "A un moment, il s'est arrêté de parler du Consistoire. Notre journaliste a compris qu'il disait qu'il était fatigué, que la pression était trop forte et qu'il allait arrêter."

Giovanna Chirri a aussitôt appelé le porte-parole du Vatican, le père Federico Lombardi, pour confirmer ces propos mais n'a pas réussi à le joindre immédiatement. C'est au moment où elle discutait avec sa rédaction-en-chef de l'opportunité de se fier à sa propre connaissance de la langue de Virgile que le père Lombardi l'a rappelée et a confirmé la nouvelle historique.

Celle-ci est tombée sur les fils d'Ansa à 11h46, reprise aussitôt par les agences du monde entier. "C'est une revanche de la culture dans la préparation des futurs journalistes", a commenté en souriant Luigi Contu.

Félicitée par ses collègues sur les réseaux sociaux, la journaliste a eu le triomphe modeste: "Le latin de Benoît XVI est très facile à comprendre", a-t-elle tweeté.

AFP

11/02/2013

Le doux repos de Benoit XVI


rome,vatican,benoitxvi,pape,religion,christianisme,catholicismeQue fait-il là, maintenant, Benoit XVI ? Que se dit-il ? Avec qui mange-t-il ? Observe-t-il discrètement depuis ses fenêtres qui surplombent la ville l'orage et la pluie qui s'abattent sans ménagement sur Rome ce lundi soir ? Les épaules un peu lasses, un peu soulagées sans doute, le regard humble et sûrement un peu fatigué, il doit observer avec beaucoup d'attention son peuple catholique encore étonné de la nouvelle qu'il vient d'apprendre.

Pourtant, cet après-midi, les pavés de la Place Saint Pierre se sont tenus avec sagesse. Certes les journalistes armés de leurs micros, caméras, antennes paraboliques et calepins avaient quadrillé les abords du Vatican, mais il fallait s'approcher bien près des conversations pour comprendre qu'elles tournaient autour de la décision papale. Le peuple romain est ainsi fait, il sait que sa ville en a vu d'autres tout comme son église qui siège en ses murs, et préfère regarder les événements avec distance et détachement. Sans doute en ira-t-il tout autrement d'ici quelques semaines quand des quatre horizons, le peuple catholique aura rejoint sa basilique.

« Benoit XVI aussi, de manière très calme, aura agi en toute cohérence » nous rappelle un vaticaniste chevronné. « Lui le prudent, le légaliste s'est toujours distingué par son humilité et n'avait jamais caché son désir de s'écarter une fois ses forces disséminées. » « J'espère que le prochain Pape touchera plus mon cœur » répond en écho et à l'aide de grands gestes Angello, qui profite de l’affluence médiatique pour écouler sandwichs, souvenirs et boissons qu'il vend depuis plus de dix ans aux côtés de Saint Pierre. « Celui-ci, je ne comprenais pas la moitié de ce qu'il disait ! »

Entre désirs d'avenirs et réflexions sur la journée, l'Église navigue aux milieux des bourrasques, et les prochaines semaines ne seront pas faciles. Mais pour le meilleur ou pour le pire, chacun jugera en âme et conscience, le Vatican apprécie donner du temps au temps. Ce lundi, la Rome qui avec son bon sens aime tant prendre la vie comme elle vient, le lui rend bien. On se dit alors que le calme Benoit XVI ne pouvait rêver mieux, et que ce soir, dans sa petite chambre vaticane, il doit s'endormir le cœur un peu plus serein.

Bosco d'Otreppe