carnets du vatican
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27/02/2013

Avec émotion, le Pape a salué son Église

Pape8 heures. Place Saint-Pierre, tout est déjà presque au point. De la foule qui, de toutes les rues, converge vers le Vatican, les premiers BE-NE-DE-TTO fusent comme les premiers chants. Les pancartes de soutien au Pape, les drapeaux sur les épaules des pèlerins sont prêts à se déployer. Aux abords de la place et de la Via della Conciliazione, les services d'ordre veillent au grain et filtrent la foule. Plus loin, les secouristes ont déjà installé leur matériel. II fait beau, le ciel est bleu, le soleil printanier presque chaud. Les journalistes arrivés en masse filment, interrogent, écrivent, enregistrent. La journée ici à Rome s'annonce très particulière.

10 heures. Du haut du perron de Saint-Pierre des prêtres égrènent en toutes les langues le nom des délégations venues de tous les pays qui leur répondent par de grands saluts. L'ambiance monte, mais la foule reste disciplinée. Beaucoup prient, certains groupes entonnent des chants. On se demande où est le Pape en ce moment, tout le monde l'attend. On se demande s'il écoute ces clameurs tel un chanteur qui va entrer en scène. C'est très étrange d'imaginer un aussi vieil homme devoir affronter une telle foule. Benoit XVI n'est pas une rock star, sûrement doit-il remercier et confier tout cela à son Dieu.

10h40. Soutenu par une fervente clameur et par les accords d'un orgue solennel, le Pape apparait Place Saint-Pierre dans sa papa-mobile. Dans l'assemblée de plus de 100.000 personnes, au-dessus des têtes, les appareils photos, les portables, les foulards, les drapeaux, les enfants sur les épaules de leurs parents se disputent la meilleure vue.

"Je suis vraiment ému et je vois l'Eglise vivante", s'élance alors le Pape interrompu par de nombreux applaudissements. "Dieu ne laissera pas couler son Eglise", ajoute-t-il en faisant allusion aux "eaux agitées" qui ont bousculé son pontificat. Très conscient de la "gravité" et de la "nouveauté" du geste qu'il a posé, Benoît XVI assure aux catholiques qu'il restera proche d'eux par la prière et qu'il continuera de servir son Église à sa façon.

"Chers amis, j’ai mené également l’Eglise dans des moments difficiles, ne perdons jamais notre foi qui est la chose la plus importante dans le chemin de l’Eglise. Soyons mus par la certitude que le Seigneur est avec nous, qu’il ne nous abandonne pas et nous témoigne de son amour. Je vous remercie" a conclu le Pape largement acclamé.

12h00. Debout dans sa papa-mobile, le Pape prend congé de la place alors que le foule l'applaudit encore longuement avant de se disséminer dans les rues de Rome.

Ce matin au Vatican, on aura ressenti un grand "merci" monter vers Benoît XVI. Avérées ou non, les catholiques ont été tout de même fort troublés par les rumeurs de scandales qui ont essaimé dans la presse ces derniers jours et qui touchaient leur religion. Ici ils comptaient montrer leur compréhension face au geste posé par le Pape, et leur soutien à ce dernier. "Notre Église est autre chose que ces scandales, ou qu'une institution accrochée au pouvoir" nous explique un pèlerin francophone. "Le Pape nous a montré que nous ne devions pas être un surhomme pour être un bon chrétien, mais que Dieu nous aimait dans nos faiblesses. Il nous a rapproché de l'Église."

"Merci", "nous sommes avec toi", "tu nous manqueras", voici ce que les catholiques présents ce matin Place Saint-Pierre ont souhaité dire à leur Pape pour l'accompagner dans ses derniers jours de pontificat.

Bosco d'Otreppe

25/02/2013

Chronique pour un lundi matin

presse,journalisme,religion,pape,vatican,catholicisme,benoit xviDécidément, l'Église est bien insondable pour un journaliste. 

La semaine dernière avait été rythmée par de nombreuses rumeurs de scandales et de sombres machinations au Vatican. Elles avaient agrémenté une semaine bien calme, le Pape ayant préféré se consacrer discrètement au carême plutôt qu'à une médiatique tournée d'adieu. Du coup, les avatars du Da Vinci code, nés à la suite du Vatileaks étaient revenus à la mode à l'ombre du Vatican, et reconnaissons-le, cela avait un côté amusant.

Pourtant, reconnaissons-le aussi, nous ne savons pas grand-chose de ce qui se passe au cœur du plus petit État du monde. Certes, des rancœurs, des jalousies, des débats agités s'y font jour. La curie, qui n'a jamais prétendu à la sainteté, le reconnait elle-même. Les hommes restent des hommes, et si cela n'excuse ou ne justifie rien, l'Église demeure un fragile rafiot d'humains.

Ce dimanche pourtant, elle nous aura surpris de nouveau. À force de nous délecter de rumeurs, on en avait presque oublié que son cœur bat au rythme de la foi. Face au Pape qui célébrait son dernier angélus Place Saint-Pierre, se dégageaient de l’assemblée une réelle spontanéité et une véritable sincérité (il est difficile de le dire autrement). 

Et justement, qu'y a-t-il de plus délicat pour un journaliste que de parler de la foi, élan personnel, subjectif et mystérieux qui prend sa source au plus intime de chaque croyant ? 

Alors oui, iI y a des problèmes de gouvernance au sein de l'Église, et s'y logent même de graves dérives (les scandales de la pédophilie nous l'ont rappelé). Face à ces faits, comme face aux questions que pose l'Église au monde et à celles que le monde pose à l'Église, un journaliste ne peut se dérober. 

Mais à la veille d'une semaine historique, on se dit que le plus grand défi pour la presse sera de garder la tête froide en toute circonstance. Il faudra témoigner de l'émotion sans s'y enfermer, raconter l'ambiance, ce qui se vit, relever aussi les interrogations qui se posent face au geste inédit d'un Pape et l'avenir encore incertain d'une Église. Mais nous ne pourrons jamais oublier la complexité de cette institution vieille de 2000 ans, universelle, chargée d'histoires, de traditions, de textes et d'un message inédit. Difficile à circonscrire en un seul regard, elle nous rend finalement un fameux service à nous journalistes : elle nous rappelle que tout est encore à connaitre, à explorer, à investiguer, bref, que nous n'avons jamais fini d'apprendre.

Tant mieux, la semaine s'annonce d'autant plus passionnante !

Bosco d'Otreppe