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12/02/2013

De « la bande à Pucci » aux tweets de Benoit XVI

 

Quand les murs du Vatican avaient de véritables oreilles, et que les journalistes partageaient leur table avec les pompiers. Petite histoire des médias au Saint-Siège.

tweet.jpgLe monde de la presse a décidément bien changé. Imaginez-les, il y a cent ans, les trois uniques journalistes qui suivaient l'actualité vaticane. Dans le milieu on les appelait « la bande à Pucci » du nom de cet ancien prélat de la secrétairerie d'État (ministère très proche du Pape) qui était passionné par les journalistes et qui accueillait bien volontiers sa petite bande. À l 'époque toujours, ils partageaient en guise de salle de presse le local des pompiers qui, spartiate, avait pourtant beaucoup d'avantages : il était situé tout près de l'entrée du palais apostolique et permettait d'observer les allers et venues du Vatican, mais surtout il offrait de pouvoir accéder directement à cette fameuse secrétairerie dans laquelle la salle d'attente n'était séparée des bureaux que par de frêles parois de bois qui permettaient aux journalistes de surprendre les confidences et discussions privées.

Durant de nombreuses années, les médias européens se sont contenté des articles envoyés par ces quelques correspondants, jusqu'au jour ou eux aussi ont voulu profiter de la proximité avec le Saint Siège. La bande des vaticanistes s'est alors agrandie, et la salle de presse s'est organisée pour atterrir au 54 Via de la Conciliazione où elle se situe toujours, et où elle accueille aujourd'hui pas moins de 380 journalistes accrédités en permanence.

Le silence est d'or

Si ce n'est via ses organes plus ou moins officiels (Radio Vatican, L'Osservatore Romano seul journal non distribué dans le pays où il est édité - nous y reviendrons lors d'une prochaine interview), le Vatican s'est toujours montré discret et un peu frileux vis-à-vis de la presse. Que pourrait-elle lui apporter finalement cette corporation qui apprécie tant jeter sur ses coupoles un parfum de mystère si ce n'est de scandales? Suivre le Pape ou interviewer un Cardinal relève du parcours du combattant pour un journaliste, et les dernières affaires qui ont éclaboussé le Saint-Siège (Vatileaks, pédophilie...), n'ont rien arrangé.

Pourtant, comme le rappelle Caroline Pigozzi dans son livre Le Vatican indiscret, le charismatique et médiatique Jean-Paul II avait établi un dialogue constructif avec les journalistes. Benoit XVI, d'un naturel beaucoup plus discret et timide a consciemment ou inconsciemment rendu au Vatican sa réputation d'être le lieu le plus fermé de la planète. « Le silence fait partie intégrante de la communication. Sans lui, aucune parole riche de sens ne peut exister » avait d'ailleurs tenu à rappeler le Pape le 20 mai 2012 lors de la Journée mondiale de la communication.

Aujourd'hui, selon certains, le Saint Père s'est pris d'un véritable intérêt pour les tablettes et les réseaux sociaux. Avec des sites modernisés et une présence accrue sur le net, la communication du Saint-Siège s'est d'ailleurs sensiblement modernisée ces dernières années, voulant absolument faire preuve de plus de transparence (sur cela aussi nous y reviendrons très prochainement)

L'effroi de la page blanche

Ce mardi matin, au lendemain du séisme qui a touché l'Église, les journalistes furent très nombreux à accourir vers la conférence de presse matinale. Comme toujours, le sobre Padre Lombardi, directeur de la salle de presse, a répondu avec pondération aux nombreuses questions qui fusaient dans toutes les langues. Ce jésuite fidèle semble représenter à lui seul ce qu'est la communication vaticane aujourd'hui. Avec une patience et un calme à toute épreuve il tente de désamorcer les bombes, de tordre le coup aux rumeurs, de rassurer ses ouailles. Les médias (et ce n'est pas toujours un défaut) sont friands de surprises, de retournements de situations, de spectacles, de bruits de couloirs... Pas de chance, avec le Père Lombardi ils n'obtiendront rien.

Ce que va faire le Pape après le 28 février ? On verra... Ce qu'il va faire avant le 28 février ? Ce qui était prévu, rien de plus, rien de moins... Quel sera son titre ? Sa fonction ? Son rôle ? Son influence ? Attendons, le Pape réfléchit, prenons le temps d'envisager les choses... Comment va se dérouler le conclave ? Comme cela est prescrit par le droit canon.

Décidément, entre les journalistes qui doivent nourrir leurs flashs de nouvelles toujours plus fraîches et sensationnelles, et le Vatican qui entend ne pas faire trop de vagues, il y aura toujours deux conceptions du temps et des événements inconciliables, et cela, quels que soient les tweets estampillés @Pontifex.

Bosco d'Otreppe

 

 

La fin d'un règne et la résurrection du latin?

libération,latin,pape,benoitXVI,démission,vaticanAlors que Libération se targuait ce mardi matin d'un éditorial en latin (le voici traduit), l'AFP nous racontait cette "revanche de la culture dans la préparation des futurs journalistes".

La décision de Benoît XVI de démissionner a été donnée en première mondiale par une journaliste de l'agence italienne Ansa, qui a su saisir les paroles cruciales et totalement inattendues du pape alors que celui-ci s'exprimait en latin. "Notre vaticaniste Giovanna Chirri était en train d'écouter le discours du pape devant le Consistoire", a expliqué à l'AFP le directeur de l'information de l'agence italienne de presse, Luigi Contu. "A un moment, il s'est arrêté de parler du Consistoire. Notre journaliste a compris qu'il disait qu'il était fatigué, que la pression était trop forte et qu'il allait arrêter."

Giovanna Chirri a aussitôt appelé le porte-parole du Vatican, le père Federico Lombardi, pour confirmer ces propos mais n'a pas réussi à le joindre immédiatement. C'est au moment où elle discutait avec sa rédaction-en-chef de l'opportunité de se fier à sa propre connaissance de la langue de Virgile que le père Lombardi l'a rappelée et a confirmé la nouvelle historique.

Celle-ci est tombée sur les fils d'Ansa à 11h46, reprise aussitôt par les agences du monde entier. "C'est une revanche de la culture dans la préparation des futurs journalistes", a commenté en souriant Luigi Contu.

Félicitée par ses collègues sur les réseaux sociaux, la journaliste a eu le triomphe modeste: "Le latin de Benoît XVI est très facile à comprendre", a-t-elle tweeté.

AFP

11/02/2013

Le doux repos de Benoit XVI


rome,vatican,benoitxvi,pape,religion,christianisme,catholicismeQue fait-il là, maintenant, Benoit XVI ? Que se dit-il ? Avec qui mange-t-il ? Observe-t-il discrètement depuis ses fenêtres qui surplombent la ville l'orage et la pluie qui s'abattent sans ménagement sur Rome ce lundi soir ? Les épaules un peu lasses, un peu soulagées sans doute, le regard humble et sûrement un peu fatigué, il doit observer avec beaucoup d'attention son peuple catholique encore étonné de la nouvelle qu'il vient d'apprendre.

Pourtant, cet après-midi, les pavés de la Place Saint Pierre se sont tenus avec sagesse. Certes les journalistes armés de leurs micros, caméras, antennes paraboliques et calepins avaient quadrillé les abords du Vatican, mais il fallait s'approcher bien près des conversations pour comprendre qu'elles tournaient autour de la décision papale. Le peuple romain est ainsi fait, il sait que sa ville en a vu d'autres tout comme son église qui siège en ses murs, et préfère regarder les événements avec distance et détachement. Sans doute en ira-t-il tout autrement d'ici quelques semaines quand des quatre horizons, le peuple catholique aura rejoint sa basilique.

« Benoit XVI aussi, de manière très calme, aura agi en toute cohérence » nous rappelle un vaticaniste chevronné. « Lui le prudent, le légaliste s'est toujours distingué par son humilité et n'avait jamais caché son désir de s'écarter une fois ses forces disséminées. » « J'espère que le prochain Pape touchera plus mon cœur » répond en écho et à l'aide de grands gestes Angello, qui profite de l’affluence médiatique pour écouler sandwichs, souvenirs et boissons qu'il vend depuis plus de dix ans aux côtés de Saint Pierre. « Celui-ci, je ne comprenais pas la moitié de ce qu'il disait ! »

Entre désirs d'avenirs et réflexions sur la journée, l'Église navigue aux milieux des bourrasques, et les prochaines semaines ne seront pas faciles. Mais pour le meilleur ou pour le pire, chacun jugera en âme et conscience, le Vatican apprécie donner du temps au temps. Ce lundi, la Rome qui avec son bon sens aime tant prendre la vie comme elle vient, le lui rend bien. On se dit alors que le calme Benoit XVI ne pouvait rêver mieux, et que ce soir, dans sa petite chambre vaticane, il doit s'endormir le cœur un peu plus serein.

Bosco d'Otreppe