carnets du vatican
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26/02/2013

Brève chronologie pour une nouvelle ère

rome,vatican,benoitxvi,pape,religion,christianisme,catholicismeJour J-2 pour Benoit XVI, jour J-2 pour un siège vacant, jour J-n avant le conclave, jour J-(n+x) avant la fumée blanche... Vous ne voulez rien rater de ce qui va se passer au Vatican ? Alors, suivez le guide.

Mercredi 27 février : rendez-vous à 10h30 Place Saint-Pierre (ou un peu avant si vous comptez avoir une place). Des dizaines et des dizaines de milliers (on n'ose imaginer) de Romains et de catholiques arriveront au Vatican pour assister à la dernière audience de leur Pape. Il s'agira cependant d'une simple audience pour saluer le peuple rassemblé : rien d'officiel n'est prévu.

Jeudi 28 février : À onze heures dans la salle Clémentine, le Pape remerciera ses cardinaux rassemblés. À 17h, moment historique et inédit : le pape s'envolera en hélicoptère, quittera le Vatican pour rejoindre sa résidence d'été à Castel Gandolfo. Dans le diocèse de Rome, les cloches sonneront pour saluer le Pape qui s'en va. Quelques dizaines de minutes plus tard ce seront celles du diocèse d'Albano qui honoreront l'arrivée du pape dans le ciel de Castel Gandolfo.

Une fois sur place, le Pape saluera le personnel de service, les pèlerins rassemblés sur la place du village, il dinera, priera, et à 20h il ne sera plus pape et s'appellera désormais "Sa Saiteté Benoit XVI, Pape émérite".

Et après ? L'intérim sera assuré par le camerlingue (le cardinal Bertone pour cette fois), qui aura constaté la vacance et s'occupera de la gestion matérielle et courante de l'Église avec l'aide de trois autres cardinaux tirés au sort tous les trois jours.

Pendant ce temps, les cardinaux du monde entier convergeront vers Rome, choisiront la date du début du conclave1 et se réuniront en Congrégation générale. Comme il n'y a pas de candidatures officielles en vue de l'élection par les cardinaux du prochain pape, cela permet à ces derniers de discuter entre eux pour faire émerger un « profil idéal ». C'est le cardinal électeur le plus âgé (dans ce cas le Cardinal Giovanni Battista Re) qui présidera ces discussions, tout comme le conclave.

Enfin commencera alors ce fameux conclave. Nous vous en reparlerons, mais sachez que conclave veut dire fermé à clé. Les cardinaux seront en effet isolés du reste du monde (pas de télévision, pas de téléphone, pas d'internet, pas de journaux, pas de lettres...) tant qu'il n'auront pas désigné un successeur à Benoit XVI.

Durant ce conclave le monde catholique est plongé dans l'attente. Plusieurs fois par jour est organisé un scrutin. Tant qu'un nom n'a pas rassemblé deux tiers des votes, on continue. Seul moyen de communication vis-à-vis des fidèles : un poêle muni d'une petite cheminée dans lequel les cardinaux brulent les bulletins. Tant que la fumée est noire (à l'aide aujourd'hui de fumigènes), c'est qu'il n'y a pas d'accord, dès que la fumée est blanche c'est le signe de l’élection d'un nouveau Pape. Résonnent alors les cloches de la basilique Saint-Pierre et le célèbre Habemus papam, prononcé par le cardinal protodiacre et déclamé depuis le balcon central de la Basilique.

BdO

1Normalement celui-ci commence entre 15 et 20 jours après la vacance du siège apostolique, ce timing pourrait-être un peu resserré - nous devrions le savoir le premier mars.

 

25/02/2013

Chronique pour un lundi matin

presse,journalisme,religion,pape,vatican,catholicisme,benoit xviDécidément, l'Église est bien insondable pour un journaliste. 

La semaine dernière avait été rythmée par de nombreuses rumeurs de scandales et de sombres machinations au Vatican. Elles avaient agrémenté une semaine bien calme, le Pape ayant préféré se consacrer discrètement au carême plutôt qu'à une médiatique tournée d'adieu. Du coup, les avatars du Da Vinci code, nés à la suite du Vatileaks étaient revenus à la mode à l'ombre du Vatican, et reconnaissons-le, cela avait un côté amusant.

Pourtant, reconnaissons-le aussi, nous ne savons pas grand-chose de ce qui se passe au cœur du plus petit État du monde. Certes, des rancœurs, des jalousies, des débats agités s'y font jour. La curie, qui n'a jamais prétendu à la sainteté, le reconnait elle-même. Les hommes restent des hommes, et si cela n'excuse ou ne justifie rien, l'Église demeure un fragile rafiot d'humains.

Ce dimanche pourtant, elle nous aura surpris de nouveau. À force de nous délecter de rumeurs, on en avait presque oublié que son cœur bat au rythme de la foi. Face au Pape qui célébrait son dernier angélus Place Saint-Pierre, se dégageaient de l’assemblée une réelle spontanéité et une véritable sincérité (il est difficile de le dire autrement). 

Et justement, qu'y a-t-il de plus délicat pour un journaliste que de parler de la foi, élan personnel, subjectif et mystérieux qui prend sa source au plus intime de chaque croyant ? 

Alors oui, iI y a des problèmes de gouvernance au sein de l'Église, et s'y logent même de graves dérives (les scandales de la pédophilie nous l'ont rappelé). Face à ces faits, comme face aux questions que pose l'Église au monde et à celles que le monde pose à l'Église, un journaliste ne peut se dérober. 

Mais à la veille d'une semaine historique, on se dit que le plus grand défi pour la presse sera de garder la tête froide en toute circonstance. Il faudra témoigner de l'émotion sans s'y enfermer, raconter l'ambiance, ce qui se vit, relever aussi les interrogations qui se posent face au geste inédit d'un Pape et l'avenir encore incertain d'une Église. Mais nous ne pourrons jamais oublier la complexité de cette institution vieille de 2000 ans, universelle, chargée d'histoires, de traditions, de textes et d'un message inédit. Difficile à circonscrire en un seul regard, elle nous rend finalement un fameux service à nous journalistes : elle nous rappelle que tout est encore à connaitre, à explorer, à investiguer, bref, que nous n'avons jamais fini d'apprendre.

Tant mieux, la semaine s'annonce d'autant plus passionnante !

Bosco d'Otreppe

 

23/02/2013

Mais que se passe-t-il donc entre l'Église et la presse ?

journal.jpgL'affaire Williamson, cela ne vous rappelle-t-il donc rien ? Le discours de Ratisbonne ? L'annonce de la béatification de Pie XII... ? Autant d'exemples qui ont opposé l'Église et la presse. Et le Vatican n'a pas le monopole de ces polémiques, l'Église belge les connait bien aussi.

À qui la faute ?

Car c'est un fait, quand il ne s'agit pas de réels malentendus, les débats sont souvent très serrés entre l'Église et les médias ; les premiers accusant régulièrement les seconds de raccourcis, de propos caricaturés, de déformations insensées. Les journalistes seraient-ils tous des terroristes, ou sont-ils donc condamnés à être de mèche avec une institution, à cajoler, câliner, dorloter, bercer l'Église pour trouver grâce aux yeux des croyants ? Non bien sûr, mais alors, qui est en faute ? Les catholiques qui ne seraient pas capables de témoigner d'un message clair, ou les médias qui n'auraient plus les capacités de couvrir le fait religieux ?

« Il est vrai que l'Église n'est pas vue de manière très juste par la presse. Celle-ci se focalise souvent sur les mêmes sujets polémiques (mariage des prêtres, avortement, contraception, euthanasie...), et oublie tout un pan du discours de l'Église qui est très progressiste en matière de justice sociale, d'intégration des immigrés... » explique Jean-Louis de la Vaissière, spécialiste du Vatican pour le compte de l'AFP. « De plus, sur certains sujets de société, les médias ont un discours très polarisé qui a du mal à témoigner des nuances du discours catholique ».

« Chacun ayant leurs contraintes, ce n'est la faute ni de l'un ni de l'autre » analyse Ludovic Goffinet conseiller en communication. « Le problème, c'est que le métier de journaliste est un métier toujours plus difficile. La presse doit travailler dans l'urgence, et ne peut malheureusement plus prendre le temps de se pencher en profondeur sur des sujets difficiles. L'Église, quant à elle, a pour mission de faire entendre un message qui a été enrichi par deux-mille ans d'histoire, par de nombreux textes, par des siècles de réflexions humaines. C'est un message très riche, très nuancé, très dense dont il est difficile de témoigner. »

Un problème de rythme

Si beaucoup de religieux, souvent déçus par la presse ont peur des médias, l'Église s'est énormément investie dans la communication ces dernières années, et n'a jamais réellement tourné le dos aux journalistes nous rappelle Ludovic Goffinet.

Pour autant, il est intéressant d'observer que la perception du discours, de l'écoute, de la transmission n'est plus du tout la même entre les deux parties. Si les médias doivent remplir l'espace d'infos et courir derrière le temps qui se précipite, ils ont face à eux une institution complexe qui ne se situe pas du tout dans le même rythme. Cette discordance est difficile à harmoniser. Le monde des médias se souviendra d'ailleurs longtemps du discours de Benoit XVI qui lui était adressé en mai 2012 : « le silence fait partie intégrante de la communication et sans lui aucune parole riche de sens ne peut exister », affirmait le Pape à l'époque.

Un discours trop exigeant ?

« Le discours de l'Église est un message très exigeant aussi, qui peut parfois être difficile à entendre, qui peut brusquer une société qui connait une crise de l’engagement, et où nous demeurons tous très autocentrés », estime encore Ludovic Goffinet.

« Mais l'Église ne doit-elle pas retrouver un discours qui s'adresse à tout le monde ?» s'interroge Jean-Louis de la Vaissière. « Il y a eu au sein de l'Église un manque de réactivité face à certains problèmes, certaines situations, certaines personnes qui ne vivent plus suivant ses préceptes, et qui ont eu l'impression d'être jugées et exclues. Dans l'Église, sans doute y a-t-il eu quelque chose qui a manqué quand il s'agissait de s'adresser à eux : un message d'accueil, une parole plus réaliste. »

« La presse a tort de caricaturer l'Église, mais lorsque celle-ci est prise en flagrant délit de contradiction, quand les médias remarquent qu'il y a un fossé entre ce qu'elle dit et ce qu'elle fait (et le drame de la pédophilie en fut un exemple frappant), les journalistes tombent avec d'autant plus de force sur l'Église qu'il y a une rancune chez certains d'entre eux contre les canons moraux qu'elle aurait pu imposer » conclut le journaliste.

Bosco d'Otreppe