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08/03/2013

Plongée dans le secret d'un conclave

La-date-du-conclave-peut-elle-etre-avancee_article_popin.jpgPlace Saint-Pierre, le peuple catholique attend la fumée blanche. Pendant ce temps, dans le secret de la chapelle Sixtine des hommes prient et votent loin de tous et de tout...

Scénario fictif pour comprendre de l'intérieur une telle élection.

Brièvement le cardinal lève les yeux au ciel. Cela fait deux jours maintenant qu'il passe une bonne partie de ses journées dans la chapelle Sixtine, mais il ne peut se lasser d'observer cette voute que Michel-Ange mit 849 jours à peindre tout seul.

Lui, le cardinal, n'est pas tout seul dans cette chapelle. Et malgré la beauté du lieu, il ose espérer que ce conclave ne sera pas aussi long que le labeur de Michel-Ange. Car si cette période, qui amène à l'élection d'un nouveau pape, est bien mystérieuse vue de l'extérieur, pour lui comme pour ses 114 confrères, elle demeure une épreuve bien fatigante.

Volets fermés et ondes gsm brouillées

Cela fait deux jours également qu'on lui a montré sa chambre dans la Maison Sainte-Marthe construite sous Jean-Paul II. C'est là que le soir, après les quatre scrutins qui ont ponctué la journée, il rentre manger, discuter, prier et se reposer.

La maison Sainte-Marthe est au sud de la Basilique Saint-Pierre, alors que la chapelle Sixtine est au nord de celle-ci. La distance n'est pas bien grande, mais pas question de s'y rendre à pied. Des véhicules aux vitres teintées organisent les trajets. Même si, en ces jours, le Vatican est presque vide de tous ses habitants, il s'agit de ne croiser aucun regard. Dans les humbles appartements que l'on a mis à sa disposition, ainsi qu'à celle de ses collègues d'ailleurs, s'il bénéficie d'une petite salle de bain individuelle, d'un lit, d'un bureau, d'un crucifix et d'une horloge, pas question de profiter de la vue depuis la fenêtre. Les volets resteront fermés jour et nuit. Aucun contact avec le monde extérieur n'est décidément toléré, même les ondes GSM et les réseaux Wifi ont été brouillés, les autorités du Saint-Siège craignant des tentatives d'espionnage.

Ces sévères conditions témoignent à elles seules de l'origine du mot conclave, qui provient du latin cum clavis ("avec une clé"). Cette tradition date de 1274 lorsque les cardinaux de l'époque, après plusieurs années de discussions, ne parvenaient à se mettre d'accord pour élire leur nouveau pape. Le prince de Viturbes (petite ville où se tenaient les pourparlers) décida alors de les emmurer tant qu'un accord ne serait trouvé. Les cardinaux s'activèrent bien plus concrètement, vous l'imaginez... Mais ce sévère cloisonnement témoigne aussi des très nombreuses pressions politiques qui, au court des siècles, ont jalonné l'histoire de la papauté. L'Église, aujourd'hui, tient à son indépendance.

Ce soir, dans la petite maison Sainte-Marthe, lorsqu'il se réunira avec ses confrères autour du repas servi par quelques cuisiniers, les discussions iront bon train. En effet, quelques personnes de confiance et indispensables au bon déroulement des opérations suivent le conclave des cardinaux, telles que des cuisiniers, des médecins et des cérémoniaires. Si l'élection d'un pape se joue énormément au fil des nombreux conciliabules et discussions, tout se décide lors de ces fameuses séances de vote.

Quatre scrutins par jour

Les scrutins se déroulent donc dans une chapelle Sixtine fermée, gardée et protégée extérieurement par de vigoureux gardes suisses. À l'intérieur, tous les cardinaux de moins de 80 ans, après une messe d'entrée en conclave et une procession où ils ont invoqué l'Esprit Saint, jurent une main sur la Bible de s'engager à rester indépendants de toute ingérence extérieure, et à garder le secret sur tout ce qui va se passer d'ici la fameuse fumée blanche. Une fois que tous ont prêté serment, après une prière à la Vierge, peuvent commencer les scrutins.

Les scrutins, il y en a deux le matin et deux l'après-midi. Sur des bulletins secrets, chaque cardinal inscrit le nom de son favori pour le trône de Saint Pierre avant de les déposer dans l'urne prévue à cet effet. Une fois tous les billets recueillis, trois scrutateurs tirés au sort dépouillent les bulletins, égrainant à haute voix les noms choisis par les cardinaux. Ensuite, trois autres réviseurs refont tous les comptes. Si un cardinal obtient deux tiers des voix, il est élu, si ce n'est pas le cas, on refait un scrutin. Quoi qu'il en soit, après chaque vote, l'ensemble des billets est brulé dans un poêle installé pour l'occasion (voir photo AFP ci-dessous), et qui crache sa fumée dans le ciel de la Place Saint-Pierre sur laquelle des dizaines de milliers de catholiques attendent déjà leur nouveau pape. Si la fumée est blanche, c'est la délivrance, si la fumée est noire c'est que rien n'est encore décidé. Au cours de l'histoire, les cardinaux se servaient de foin mouillé ou sec en fonction de la couleur qu'ils voulaient donner à leur fumée. Aujourd'hui, des fumigènes rendent les volutes bien plus distinctes.

Des scrutins, il peut y en avoir à l'infini. Dès le cinquième jour, cependant, des temps de prière cassent le rythme effréné du décompte des voix, et dès le treizième jour, les cardinaux ne peuvent plus choisir qu'entre les deux seuls noms qui ont obtenu le pus grand nombre de votes favorables.

On prie et on vote

"Lors du pré-conclave on se rencontre et on discute", énonce une vieille formule, lors du conclave en lui-même "on prie et on vote". Et c'est vrai que lors de ces quelques jours d'élection, tout est tourné vers Dieu, tout est extrêmement codifié, tout est rituel. Le but pour les cardinaux, portés par la prière du peuple catholique, est d'accueillir dans le secret de leur cœur le Saint-Esprit qui demeure pour eux "L'esprit de Vérité" capable de les guider et de les éclairer dans leur choix.

"Habemus Papam"

"Acceptes-tu ton élection canonique Souverain Pontife ?" La phrase prononcée en latin par le cardinal Re qui préside le conclave surprend notre pauvre cardinal qui s'était abimé dans la contemplation des fresques, et avait oublié d'écouter ce qui se passait. Pourtant tout le monde le regarde amicalement. Il a été choisi pour succéder à Benoit XVI. "Oui oui bien sûr", répond-il spontanément en cherchant dans sa tête son nouveau nom de pape.

Place Saint-Pierre la fumée blanche réveille les pèlerins, les cloches de la basilique résonnent dans Rome. Notre nouveau Pape choisit une soutane blanche, prie et remercie ses confrères qui viennent s'agenouiller devant lui.

"Habemus Papam", annonce le cardinal Tauran à une foule en liesse depuis le balcon de la Basilique. Il reste à note nouveau pape quelques minutes avant d’apparaitre au monde. "Fichtre... mon Dieu m'a encore surpris", se dit-il un peu ému, mais joyeux tout de même.

 

À Rome, Bosco d'Otreppe

07/03/2013

Rome s'endort-elle ?

5397276.jpgContrairement aux pronostics de beaucoup et à la volonté de certains, les cardinaux prennent leur temps avant de lancer le conclave. Accorder tous les violons n'est pas chose aisée.

Ne vous en faites pas, les cardinaux n'ont pas oublié qu'ils devaient élire leur nouveau Pape. Au grand dam des milliers de journalistes arrivés ici à Rome (on en compte en 4000 et 6000), ils ont décidé simplement de prendre leur temps, geste très significatif quant à l'état de l'Église.

Depuis lundi comme nous vous l'annoncions ici, les cardinaux se sont réunis en Congrégations générales. Ils discutent donc entre eux de l'avenir de l'Église et de l'état du monde, le but étant de dresser le profil idéal du futur Pape. Beaucoup avant ces quelques jours bien particuliers ne se connaissaient pas, et ce sont bien souvent ces derniers qui tiennent à prendre leur temps.

La plupart des cardinaux romains, ceux qui travaillent à la Curie souhaitaient que les choses avancent vite, sans doute, notamment, pour favoriser l'émergence de l'un des leurs déjà dans la place. Les autres cardinaux quant à eux, ont atterri à Rome amenant dans leur bagage ce qui se vit dans leurs pays, témoignant des situations et des contextes multiples que doivent affronter les Églises locales. Ceux-ci pour la plupart découvrent donc leurs confrères, des réalités inconnues jusqu'alors, et surtout des collègues qui n'envisagent pas du tout les choses comme eux. C'est un des défauts de l'organisation très centralisée de l'Église aujourd’hui : elle n'a pas assez réuni ses cardinaux, ignore ce que leur institution vit réellement sur les autres continents et, au moment fatidique, met parfois beaucoup de temps à s'accorder sur les voies à suivre.

Soucieux donc d'honorer la responsabilité qui leur incombe, les cardinaux, contrairement aux pronostics des journalistes, n'ont pas précipité l'entrée en conclave. « Nous prendrons le temps qu'il faudra. C'est la décision la plus importante de notre vie. Plus longues seront les négociations, meilleur sera le conclave » affirmait début de semaine le cardinal américain Sean O'Malley alors que son collègue Daniel Nicholas DiNardo précisait que « les cardinaux doivent disposer de tout le temps nécessaire pour construire leur jugement sur le fond ».

Patience, prière, écoute et discrétion sont donc les mots d'ordre que se partagent les prélats. Les cardinaux américains qui tenaient jusque mardi des conférences de presse quotidiennes ont été rappelés à l'ordre par leurs confrères. La culture de la communication n'est décidément pas la même en Europe et aux États-Unis, et l'Église malgré la diversité de son unité, préfère ne parler que d'une seule voix au monde. Seul le Père Lombardi peut donc convier quotidiennement les journalistes pour leur offrir une petite conférence officielle et bien préparée. Pour le reste, les journaux se contentent de leurs propres analyses et des bruits de couloirs. Si ce ne sont certains qui se laissent parfois aller en off à quelques confidences, les cardinaux, soucieux de leur indépendance et de la sérénité des débats internes demeurent discrets.

Dans la chapelle Sixtine les travaux se préparent pour accueillir le conclave dont la date d'ouverture devrait tout de même être annoncée ce jeudi ou ce vendredi. Dans les rues de la capitale italienne, les Romains aiment regarder les cardinaux de tous les pays se promener dans leurs rues. Parfois poursuivis par une meute de caméras ils restent mutiques, avançant doucement les mains derrière le dos. « Regarde, lui il connaitra les secrets du conclave, il va élire le Pape » souffle un père à l'oreille de son fils. « Et ce sera peut-être le nouveau Benoit XVI » ose même ce dernier très intrigué.

À Rome, Bosco d'Otreppe

 

04/03/2013

Une semaine de chuchotements

tarcisio_bertone1.jpgArticle écrit pour la Dernière Heure de ce lundi 4 mars

La semaine qui s'annonce au Vatican sera celle des chuchotements et des confidences discrètes. Avant de commencer le conclave en tant que tel (période durant laquelle les cardinaux électeurs élisent leur Pape et sont enfermés sans le moindre contact avec le monde extérieur), débute dès ce lundi la période des Congrégations générales que sont les assemblées des cardinaux.

 En fait, si certains cardinaux résident à Rome à plein temps, beaucoup d'entre eux habitent à l'étranger. Ils arrivent donc tous au Vatican et doivent discuter avec leurs confrères pour prendre le pouls de ce qui se vit au Saint-Siège, mais aussi sur les autres continents. Rappelons que l'Église compte plus d'un milliard de fidèles à travers le monde, et que pour maintenir son unité il lui est capital de prendre en compte la diversité des réalités.

 Cette semaine de préparation au conclave est aussi importante que difficile pour préparer le choix du nouveau Pape. Les cardinaux ne se connaissent pas tous, et des dossiers très sensibles tout comme des intérêts très différents entrent en jeux. Ils devront évoquer la réorganisation de la Curie, le problème des vocations, la représentation au Saint-Siège des continents émergents... Cette année les choses seront d'autant plus compliquées que pour de nombreux spécialistes, Benoit XVI n'a pas assez réuni les cardinaux pour qu'ils puissent évoquer régulièrement l'évolution de l'Église.

Une des premières décisions que prendront ces prélats sera la date du début du conclave. Normalement il a lieu entre 15 et 20 jours après le départ du précédent Pape, mais il pourrait être avancé cette année. En attendant, les affaires courantes sont gérées par le Cardinal Bertone, épaulé par trois cardinaux qui sont tirés au sort tous les trois jours.

Ce qui se passe entre les murs du Vatican reste très secret. L'Église veut éviter autant que possible les pressions extérieures. Quand on pense aux enjeux mondiaux qui se présentent à elles, on réalise le travail qui l'attend et les compromis difficiles qu'elle devra trouver avant de se choisir un nouveau Souverain.

BdO

 

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