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13/03/2013

"Le Saint Esprit vous a bien eus"

Un Pape venu de loin a surpris pèlerins et journalistes. Mais hier soir à Rome, la foule fut joyeuse et attend l'avenir avec impatience.


L'Élection du Pape François di KTOTV

19h Place Saint-Pierre. Il fait nuit, il pleut. Des dizaines de milliers de fidèles scrutent, fébriles, une simple cheminée qui s'échappe des toits de la Chapelle Sixtine. Ils sont entre amis, en famille, ils reviennent du boulot en marchant d'un pas pressé sous leur parapluie. On croise énormément de prêtres, des sœurs, des moines aussi. Depuis 24 heures, le toit d'une chapelle de la Renaissance et l'identité d'un futur Pape rassemblent les catholiques et la ville de Rome. Parce qu'ici, en Italie, le Pape c'est « quelqu'un », une « présence », même pour ceux qui n'ont pas la foi. Bref, la place Saint-Pierre attend, et la pluie ne la décourage pas.

19h05 Ca y est ! Une fumée s'échappe ! Elle est... noire, non blanche... grise ? On hésite, on se regarde. Oui elle est blanche ! Belle et bien blanche! Viva el Papa, Habemus Papam, les catholiques ont un Pape ! La foule explose littéralement, les gens s'embrassent et s'étreignent joyeusement. Les cloches de la Basilique résonnent à tout rompre. Le moment est grisant, haletant, historique.

Mais il faut attendre maintenant. Et puis, qui est ce Pape ? Tout le monde se lance dans les derniers pronostics. O'Malley ? Ouellet, Scola ? Scherer ? Sur les toits du Vatican, les statues de 140 saints regardent frémir leur Église.

20h12 Une heure d'attente ! La patience est la reine des vertus au Vatican. Pourtant la foule est joyeuse, de cette joie d'être ensemble qui a caractérisé l'Église depuis quatre semaines malgré la période inédite qu'elle a traversée. Mais ça y est, derrière le balcon central de la Basilique le rideau bouge, la foule s'anime, et arrive le Cardinal Tauran. « Je vous annonce une grande joie » lance-t-il en latin à des pèlerins qui se taisent de suspens. « Nous avons un Pape. Il s'agit du Cardinal Jorge Mario Bergoglio ». « Qui ? » se demandent les catholiques inconsciemment. « Le Saint-Esprit vous a bien eus », lance aux journalistes une joyeuse bonne soeur. C'est vrai personne ne s'y attendait vraiment. « Mais il vient d'où ? De quel pays ? » demande une autre tout excitée. « De l'Argentine, c'est le premier pape des Amériques. Et en plus il prend un nom inédit » explique un confrère. « Est-on au bout de nos surprises ? »

20h22. Le Pape est là, tout de blanc vêtu. Les catholiques plissent des yeux pour reconnaitre son visage et lui, leur adresse un tout petit salut. Silence. Il regarde la place et ne dit rien pendant de longues secondes. La foule attend, intriguée et amusée. « Frères et soeurs bonsoir » dit alors le nouveau Pape. « Mes frères cardinaux semblent m'avoir cherché au bout du monde ». Ouf ! La place éclate de rire et lui rend son salut par une grande ola spontanée. Mais quand il parle, tout le monde se tait. Très vite alors le premier pontife argentin impose son style. Il remercie sous les applaudissements et les remerciements émus des catholiques son prédécesseur, Benoit XVI. Il entonne le Notre Père, prie le Je vous salue Marie avec son peuple, l'encourage à « entreprendre un chemin d'amour et de fraternité » .

Le Pape François est un homme de Dieu, c'est certain. Et avant de bénir les siens, il leur demande humblement de prier pour lui. Il s'est choisi le prénom de François, celui du grand saint d'Assise qui prônait la simplicité, l'attention aux pauvres et le respect de la nature. « Tout ce dont nous avions besoin non ?» explique Giullia une jeune romaine.

Les catholiques ont leur Pape, on les entend soulagés et heureux. Rome retrouve le calme de la nuit, et le nouveau Pape François surement aussi.

Bosco d'Otreppe

 


 

Kit de survie pour un jeune journaliste à Rome

484904_358779457568600_152818337_n.jpgComment ne pas trépasser durant un conclave? Manger énormément de pizzas (ça, c'est certain), acheter des parapluies (indispensable, les giboulées se jouent de vous avec un plaisir non dissimulé), profiter de l'enthousiasme médiatique (vous devriez être dans la salle de presse... c'est une ambiance unique), garder les yeux fixés sur la cheminée de la Sixtine (plutôt utile), et puis ne pas oublier certains points capitaux sous peine de vous faire berner par le premier Habemus Papam venu. Rapide Récapitulation : n'oublions donc pas que...

...il ne faut pas trop lire le Da Vinci code sur la Place Saint-Pierre

Malheureusement, on a beau aimer les complots, il faut le reconnaitre, le Vatican ne vit plus au temps des Borgia, cette famille de deux papes italiens dont la tradition nous a laissé un souvenir assez peu catholique. Trêve de fantasmes donc, au Vatican la plupart des personnes sont « normales ». Alors bien sûr le Vatican a du mal à dialoguer avec ses contemporains, manque de transparence, s'appuie sur un système de gouvernance en fin de vie, compte des scandales incompréhensibles dans son Église, et des affaires (Vatileaks en tête) non élucidées. Mais penchons-nous sur ces problèmes (c'est notre boulot) avec sang froid et un seul prérequis : l'Église est humaine, ni plus ni moins (et c'est déjà pas mal).

...l'Église ce n'est pas que le Vatican

À force d'avoir le regard braqué sur la Basilique Saint-Pierre, son Saint-Siège et ses « affaires », on en oublierait presque que l'institution compte un-milliard-deux-cents millions de catholiques sur l'ensemble des continents. Ce sont des prêtres, des laïcs, des ONG, des congrégations, des diacres, des paroisses... C'est une assemblée pleine d'initiatives qui œuvre sur tous les terrains. C'est une institution aussi énorme que multiple, difficile à gérer, diriger, unifier, ou embrasser d'un seul regard.

 ...son grand chef le Pape ne s'appelle ni Elio ni Sarko

On a beau parler de bulletins, de votes, ou même d'urnes, il ne s'agit pas d'une élection comme les autres. On ne peut analyser ce scrutin comme on analyserait les dernières primaires du Parti socialiste français. Il n'y a ni candidats affichés, ni campagne, et si l'Église est avant tout humaine (on l'a dit), si lors du conclave la dimension politique est très importante (les nombreux débats entre cardinaux l'ont prouvé à suffisance), le Pape sera élu par des hommes de foi certains de l'aventure spirituelle qu'ils auront entrepris. Que Dieu existe ou n'existe pas, on ne peut oublier cette donnée.

 ...le conclave n'est pas (que) une fashion week

Les médias se régalent de ces images dignes d'une autre époque, de ces cardinaux en robes longues, de ces bougies, de l'encens, des voutes et des fresques splendides. Mais attention, cette sympathique fascination risque d'être de bien courte durée prévenait hier le journal suisse Neue Zürcher Zeitung. « Dans un environnement médiatique où prédomine un arbitraire relativiste, elle recueillera des sympathies uniquement si cet évènement peut être interprété comme un spectacle."

Et l'astuce justement c'est que pour l'Église, la liturgie n'est pas du tout un spectacle, mais une mise en acte de la foi. La liturgie pour les catholiques est « participation à la prière du Christ ». Du coup, chaque signe de croix, chaque génuflexion, chaque geste est porteur d'un sens. Lors de la liturgie, l'Église exprime et fait ce qu'elle croit. Rien n'est décidément anodin.

...le Pape n'est pas tout seul

Quand on sait le poids politique qu'a pris ces trente dernières années le secrétaire d'État (le bras droit du Pape), le choix de son collaborateur, mais aussi de sa garde rapprochée sera loin d'être innocent. Une fois le Pape élu, il s'agira de rester bien attentif aux mouvements qui s'esquisseront à la tête de l'Église.

 ...Benoit XVI ne fut pas un panzer

D'ailleurs il ne faudra pas non plus tirer de conclusions trop hâtives concernant le Pape lui-même. Rappelez-vous 2005, on surnommait alors Benoit XVI le Cardinal Panzer. Son pontificat a montré qu'il était bien plus humble, bien plus calme, bien plus discret que ce que certains avaient vu en lui alors qu'il était encore cardinal. « La fonction fait l'homme » dit l'adage populaire. Il n'est pas faux. Les catholiques appellent cela les « grâces d'état ».

...et le prochain pape sera celui des eaux profondes

On parle souvent d'une réforme de la Curie. Elle est en effet capitale et indispensable. Mais 50 ans après Vatican II, les défis pour l'Église sont bien plus larges. Alors que Benoit XVI fut le dernier Pape a avoir participé à ce grand concile de l'intérieur, l'Église, et plusieurs personnalités de la curie nous l'ont confié, est à un tournant historique.

On peut comparer l'Église à un bateau, et le concile à d'importants travaux de rénovation de ce bateau entrepris dans un port. L'Église a effectué de lentes et longues manœuvres après ce chantier, elle a préparé sa navigation. Aujourd'hui, elle quitte le port, elle a l'horizon devant elle, et elle doit trouver un cap. Le prochain Pape ne sera plus celui qui doit gérer l'après Vatican II : Benoit XVI et Jean-Paul II s'en sont chargé. Le prochain Pape sera celui qui, fort de cet héritage, devra tracer la route de son Église, et la faire naviguer dans les eaux tumultueuses de la globalisation géographique, des exclusions sociales toujours plus nombreuses, de bien des replis identitaires, et de la sécularisation. Les courants sont de plus en plus rapides. Rien ne sera facile. Benoit XVI n'a eu de cesse de nourrir la spiritualité des siens, de les rassembler autour de la parole de Dieu, de la foi et de son message. Le prochain Pape devra quant à lui s'adresser au monde, écouter ses contemporains, leurs doutes, leurs espérances, leurs peurs.

Ce pontificat sera celui du dialogue, nous ont prédit plusieurs personnalités ecclésiales. Quel est encore le sens de la religion aujourd'hui, d'une institution telle que l'Église catholique ?

Les vents du large s'annoncent multiples, les catholiques attendent leur capitaine.

Bosco d'Otreppe

 

Conclave : fumée deux

une-fumee-noire-s-est-elevee-de-la-cheminee-de-la-chapelle-sixtine-signe-qu-aucun-pape-n-a-ete-elu-photo-afp-vincenzo-pinto.jpgChronique. Serait-ce parce que depuis un mois on ne vit plus que pour cela ? Serait-ce parce qu'à l'approche du Vatican l'ambiance monte au milieu de la foule qui se presse, des carabinieri autoritaires et des secouristes attentifs ? Serait-ce parce que l'on côtoie ces journalistes accrochés à leur clavier, leurs téléphones, leurs micros ou leurs frénétiques caméras ? Serait-ce le mystère ? Serait-ce cette cheminée hypnotique ? Serait-ce l'émotion qui touche de nombreux catholiques ? Serait-ce tout cela qui rend cette attente, cette longue attente sur la Place Saint-Pierre si stressante ? Parce que diantre, franchement, on a beau fourrer sa patience dans le fond de ses poches, ici, au milieu des fidèles, on ne peut que le sentir, plus le temps passe, plus l'atmosphère devient intense.

BdO

PS. Fumée noire ce mercredi matin. Jusqu'ici rien d'anormal.

 

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