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30/04/2013

Les tubes du premier ministre italien

Fugel_David_gegen_Goliath.jpgLe discours d'Enrico Letta en musique ? Le premier ministre italien n'aura pas échappé au jeu des références pour son premier grand oral.

Avant de devoir prendre le taureau par les cornes et engager concrètement sa politique, le nouveau Premier ministre italien, Enrico Letta, enchaine les discours à la chambre, au sénat et devant ses futurs partenaires.

Ce lundi, pour son premier grand oral tant attendu devant les députés, il aura rassuré l'Europe, les marchés, et énoncé avec succès les ambitions de sa nouvelle équipe.

Avec succès, car derrière son ton très sobre, humble, sans pathos aucun, et foncièrement professionnel, le premier Baby boomers a accéder à la tête de l'État italien aura, comme l'a souligné La Stampa, assaisonné son long discours d'un original mix alto-pop.

C'est ainsi que si papa Francesco était cité (misez sur les grandes choses a répété Monsieur Letta reprenant les mots du pape s'adressant ce dimanche aux jeunes), quelques tubes légendaires se seront rappelés au bon souvenir des députés. Et rien n'est innocent...

Luciano Ligabue par exemple, vous connaissez ? Et bien ici au bord de la Méditerranée, ce beau rockeur, réalisateur, scénariste et écrivain (quel homme!) est presque une légende. Les cheveux aux vents et le regard au loin, voici avec quoi il fait craquer l'Italie (et il sait s'y prendre le bougre...)

C'est presque (presque) le retour du patriotisme de Verdi. La chanson aux beaux accords nostalgiques loue cette Italie formidable, la beauté qui y est née, mais à laquelle il manque cependant un grand navigateur. L'Italie, comme ses jeunes, est notre ressource soulignait hier Enrico Letta, « una bellezza senza navigatore », redorons là du coup, et profitons-en.

Amoureux de ses paysages, Enrico Letta n'en aime pas moins jeter son regard au-delà des horizons. C'est ainsi que l'intégration européenne et ses idéaux démocratiques et pacifiques, tant snobés en pleine crise, ont trouvé grâce aux yeux du premier ministre.

Le sort de l'Italie est intimement lié à celui de l'Europe, ce sont « deux destins qui s'unissent » a répété le chef du gouvernement, reprenant les mots du chanteur pop Tiromancino, et de son titre « Due destini », une autre ritournelle locale à succès.

Sur quel ton du coup engagera-t-il la conversation avec Angela Merkel pour tenter d'adoucir la rigueur économique chère à la Chancelière allemande, et tant détestée par les Italiens ? Nul ne le sait encore, mais Letta n'oubliera pas ses grands maitres à penser qui pourraient engager la confiance de la démocrate chrétienne.

Car du pop au rock, Enrico Letta n'en a pas pour autant oublié le démocrate chrétien qu'il était lui-même. Beniamino Andreatta, un des chefs à penser de l'aile gauche de ce courant fut d'ailleurs cité en bonne place (« J'ai appris de Nono Andreatta la distinction fondamentale entre la politique, entendue comme dialectique entre les différentes factions, et les politiques, entendues comme des solutions pratiques à des problèmes communs »). Le discours d'Enrico Letta « a tourné autour de trois paroles clés : bon sens, tolérance, pacification. Trois vertus typiques des démocrates chrétiens » a souligné également le centriste Paolo Cirino Pomicino.

« En ces jours » a confié le premier ministre, « j'ai pensé au personnage biblique de David. Comme lui, avec lui, nous sommes dans la vallée de l'Elah, en attente d'affronter Goliath. » Il nous faut nous mettre ensemble pour braver, nos défis qui apparaissent gigantesques aura conclu le Premier sous les applaudissements. David avait sa fronde, Letta a son gouvernement ; David avait ses pierres, Letta a rappelé qu'il tenait son programme.

David l'outsider, en abattant Goliath fut le roi du Peuple élu souligne La Stampa. Est-ce la métaphore du destin qu'Enrico Letta entend se donner ? Le nouveau Premier ministre est trop intelligent pour savoir que le Goliath italien aura mille têtes (politiques, culturelles, financières...), et que derrière lui son armée bigarrée, balançant de la gauche à la droite de l'échiquier politique n'est pas à l’abri des trahisons. « Mais de David, nous devons garder le courage et la confiance. Le courage de mettre de côté la prudence politique qui nous évite de confronter nos peurs (...). La confiance, c'est ce que nous demandons aux parlements et aux Italiens. »

Ouf, pour l'instant il la tient.

Bosco d'Otreppe


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