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18/11/2013

Et si Beppe Grillo avait quelque chose à nous dire ?

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Raillé dans de très nombreux médias, le Mouvement 5 étoiles de Beppe Grillo est peut-être moins futile qu'il n'y parait. Et s'il participait d'un renouveau démocratique en Italie ?

«  Il suffisait d'accompagner Grillo sur ces esplanades pleines de monde pour comprendre que sous la croûte se développait un véritable tremblement de terre ». [1]

Beppe Grillo... Le nom de celui qui bouscula la politique italienne en plaçant son Mouvement 5 étoiles (Movimento 5 stelle - M5S) en troisième position lors du scrutin national avec un quart des suffrages est maintenant bien connu des médias occidentaux. Orateur controversé, il a surpris bien des observateurs alors que son mouvement de « gens ordinaires » se structurait et grandissait dans le terreau italien depuis 2005.

L'histoire de ce Mouvement 5 étoiles et de ses Grillini, c'est « l'histoire d'une épopée un peu folle » raconte Flora Zanichelli dans son livre Mouvement 5 étoiles. Pour une autre politique en Italie. « L'histoire d'une épopée un peu folle menée par un homme qualifié de clown par les médias et que des millions d'Italiens ont choisi de suivre dans une aventure politique sans précédent dans la péninsule ».

Car là est tout le mystère, en résumant ce mouvement à la figure de son seul leader qu'ils brocardaient sans ménagement, une grande partie des médias n'a pu percevoir que le M5S était d'abord l'aventure de millions d'Italiens fatigués, mais soucieux surtout de concrétiser leurs idées. C'est donc au-delà des shows de Beppe Grillo que Flora Zanichelli a voulu se rendre. Durant des mois, elle a suivi en tant que journaliste indépendante ces Grillini qui se battaient sur internet et sur le terrain pour défendre leur Italie. Elle a esquissé leur portrait et celui de leurs ambitions ; elle en a écrit un livre très complet qui retrace aussi l'histoire d'un mouvement né dans le contexte bien particulier d'une péninsule méditerranéenne.

Beppe Grillo reste un mystère, une personnalité aux propos souvent ambigus ; le M5S quant à lui ne cesse de se construire, de se chercher, et son avenir n'est pas encore dessiné. Flora Zanichelli n'a pas la prétention de l'esquisser à sa place, elle se contente (et ce n'est pas rien) de comprendre le pour quoi de ses ambitions, et en profite pour nous parler de l'Italie et de démocratie, ce qui est passionnant.

Une des premières choses qui frappe à vous entendre, c'est que ce mouvement semble avoir rapproché de nombreux jeunes de la politique.

Tout à fait, c'est un mouvement très jeune dont la moyenne d'âge est 37 ans. Il rassemble des gens qui ne se reconnaissaient plus dans le système traditionnel des partis, ceux de Berlusconi et de cette gauche qui n'a su lui faire opposition. Aujourd'hui du coup, ils veulent bouleverser la politique italienne, et ils ont trouvé sur internet notamment, via les plateformes d'échanges lancées par Beppe Grillo, un espace pour dialoguer, se fédérer et s'exprimer. Cette dynamique de l'échange a beaucoup intéressé des jeunes déçus pas les grands partis où tout reste très hiérarchisé et où il est difficile de se faire entendre.

Ce mouvement traduit du coup une dynamique citoyenne qui ne parvenait plus à s'exprimer ?

Oui, d'ailleurs le M5S part d'initiatives citoyennes. Avant son lancement officiel, Beppe Grillo avait proposé à des listes civiques d'obtenir un label qui portait son nom. C'est à partir de cela qu'ils se sont organisés pour se présenter aux élections et fonder le M5S en référence à leurs 5 piliers : l'environnement, l'eau publique, la connectivité, les transports durables et le développement.

Mais cela a rassemblé des gens très disparates.

Oui complètement. En fait, ces listes civiques avaient des expériences de terrain, elles portaient des initiatives locales très variées : cela pouvait aller de l'ouverture d'un incinérateur à des problématiques liées à la mafia dans le Sud. Que l'on soit de gauche ou de droite n'avait aucune importance, le seul critère de rassemblement finalement, c'était la volonté de faire quelque chose, un engagement concret sur le terrain. Ils se sont donc réunis à partir de leurs expériences respectives en se voulant avant tout une force de proposition. C'est quand ils ont réalisé qu'ils n'étaient pas écoutés qu'ils ont voulu prendre des décisions, et se présenter pour comprendre les institutions de l'intérieur.

D'où la difficulté d'écrire un programme en partant de cette diversité.

Et si on regarde le programme, c'est vrai qu'il est assez flou. C'est un reproche qu'on leur fait, mais c'est une nécessité aussi pour pouvoir répondre à des revendications assez différentes, et s'adapter à chaque cas particulier. Il y a un petit côté révolutionnaire chez ces citoyens qui arrivent comme cela en disant « on n'a jamais fait de politique, mais nous sommes ingénieurs, médecins... nous avons ces compétences, et nous voulons les mettre au profit de la société. »

Y a-t-il d'autres exemples en Europe ?

Non, un Mouvement 5 étoiles est né en Allemagne, mais la comparaison est difficile. Le M5S italien est très lié au contexte politique de la Péninsule : il trouve son origine d'une part dans l'engagement très concret de ses membres, et d'autre part dans à un rejet de la politique italienne et de ses multiples scandales. Les Grillini disent avoir soif de transparence et de cohérence, valeurs qu'ils n'ont trouvées dans aucun parti. Il faut se rendre compte qu'ici en Italie, il y a un énorme ras-le-bol vis-à-vis de la classe politique traditionnelle.

Le M5S est maintenant dans les différents parlements, et il y a connu des débuts difficiles. Mais cette dynamique citoyenne a-t-elle pu être maintenue en son sein ?

Au niveau local les comités sont encore très actifs, et les débats très présents. Au niveau national par contre, le mouvement cherche encore son rythme et la prise de décision reste compliquée. Le lien avec la base existe toujours, mais il est de plus en plus difficile, car les élus ne peuvent être partout et suivre toutes les revendications. Pour autant, sur internet, il y a toujours ces « parlements électroniques » sur lesquels chacun peut arriver avec ses propositions en fonction de ses compétences.

Beppe Grillo de son côté a tenu des propos, notamment en matière d'immigration, très critiqués jusqu'au sein de son propre mouvement. Cela témoigne-t-il de prises de position plus solitaires ? Et quelle est sa place dans ce mouvement avant tout citoyen ?

C'est très compliqué. Il y a différentes catégories de Grillini. Il existe un noyau dur très proche de Beppe Grillo. Mais j'ai rencontré aussi des gens qui ne vont jamais sur son blog, et qui me disaient qu'ils avaient rejoint le mouvement non pour Beppe, mais parce que ce mouvement leur donnait la possibilité de faire quelque chose. Dans le cas de l'immigration, c'est la première fois qu'il a pris position sur des revendications de parlementaires. Cela a surpris beaucoup des siens, ce qui prouve que sa place n'est pas très définie au sein du parti.

Mais le mouvement peut-il lui survivre ?

Pour l'instant je ne pense pas, car même si certains ne sont pas là pour lui en priorité, il reste le fil rouge de son mouvement. Alors est-ce une erreur médiatique de s'être trop focalisé sur lui, ou est-ce une erreur du M5S de l'avoir trop mis en avant ? C'est difficile à dire. D'autant que sur son site il n'a pas tant mis en avant ce que ses députés faisaient au sein du parlement. La figure demeure donc Beppe Grillo qui reste propriétaire du logo du mouvement. Je pense qu'en Italie le M5S a sa place, sa nécessité, mais va-t-il pouvoir maintenir sa cohérence ?

En quoi reste-t-il nécessaire aujourd'hui ?

Après 6 mois, le gouvernement n'a répondu à aucune de leurs revendications. Rien n'a bougé sur le plan de la réforme électorale que tout le monde attend, les Grillini sont les seuls à avoir réduit leur salaire de parlementaire, les PME sont toujours dans la même situation, on n'a pas touché aux problèmes structurels de l'administration italienne, le chômage chez les jeunes augmente, la politique n'est toujours pas transparente, la société toujours pas méritocratique... Le gouvernement ne peut pas avoir tout de suite la formule magique, c'est certain, mais pour les Grillini c'est le signe que les partis traditionnels ne sont plus aptes à faire évoluer le pays. Il y a beaucoup d'amertume dans leurs rangs, et donc ils sont toujours là.

Donc ni la politique, ni les médias n'ont été capables de prendre en compte la dynamique qui habitait le mouvement...

Certains politiques et certains médias se sont intéressés à cette dynamique, mais pas la majorité, et c'est ce qui est dramatique. D'autant plus que même la gauche qui est au pouvoir ne prend pas en compte cela. Bien sûr les Grillini ne représentent pas tous les Italiens, mais leurs scores sont significatifs. Je veux bien également que l'on dise qu'ils sont des démagos. Mais qui a divisé son salaire de parlementaire par deux ? Qui crée un fonds pour les PME ? Bien entendu cela ne va pas tout changer, mais ce sont des gestes très importants pour une partie de la population qui a été marginalisée par vingt ans de berlusconisme. Tout cela peut paraitre très manichéen, mais il y a aujourd'hui une réelle dégradation sociale en Italie que le gouvernement Letta ne prend pas en compte. Les seules personnes qui actuellement mettent toutes ces questions sur la table ce sont les Grillini ; ils mettent le doigt sur des dossiers qui font mal. Bien sûr la conduite de la politique résulte de jeux de pouvoir, et je ne suis pas dans le secret des institutions, mais mettons-nous dans la peau d'un citoyen lambda... C'est ce dépit très profond qui explique aussi le M5S. Le gouvernement n'est pas cohérent, et la cohérence est un des points fondamentaux de la politique des Grillini. C'est pour cette raison que le soutien à la gauche ou à la droite est inenvisageable aujourd'hui.

C'est au nom de ce rejet de la politique que certains médias comparent Beppe Grillo et son mouvement à Marine Le Pen ou au parti Aube dorée en Grèce ?

Peut-être, mais c'est très grave de faire de telles comparaisons. Journalistiquement c'est tout à fait faux, et puis cela revient à mépriser des citoyens qui ont un ras-le-bol justifié et qui, pour certains, mettent en place sur le terrain des initiatives citoyennes concrètes.

Mais le M5S ne permet-il pas de récolter ce mécontentement, et d'éviter de telles dérives extrémistes en Italie ?

Oui, et je rejoins Beppe Grillo qui reconnait que sans le M5S, il y aurait eu de grands mouvements dans la rue. Ça a canalisé la colère en permettant par ailleurs aux gens de faire des propositions. Alors qui sait, peut-être y a-t-il une frange plus dure et plus extrême dans le M5S, moi je ne l'ai pas rencontrée en tout cas.

Ce qui m'a touché chez les Grillini par contre, c'est leur volonté sincère de mettre à profit leur expérience de terrain. Un élu du mouvement n'est jamais seul par exemple, il est entouré de toute la communauté qui l'aide en fonction de sa compétence. Tout le monde est actif, au-delà des ambigüités de Beppe Grillo, c'est une des caractéristiques qui donne au mouvement son identité.


Flora Zanichelli, Mouvement 5 étoiles. Pour une autre politique en Italie, Éditions des Accords, 2013.

[1] Marco Damilano cité par Flora Zanichelli

 


 

17:20 Publié dans Italie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | | |

08/10/2013

À Bruxelles, les chrétiens européens veulent renforcer leur foi

39734794.3.jpgComment sortir de la foi du charbonnier ? Comment vivre la foi au grand jour, mais sans prosélytisme ? Que peut-elle m'apporter ? Quelle est la place du chrétien dans une société ? Que penser de la bioéthique ? La théorie du genre existe-t-elle ? La crise économique est-elle une chance ? Dieu est-il fondamentaliste ?

Les rencontres européennes ce week-end à Bruxelles (toutes les infos sont ici) s'annoncent foisonnantes, fortes d'une trentaine d'intervenants internationaux, de plusieurs conférences et de multiples tables rondes. Rencontre avec le porte-parole de cet évènement : Ludovic Goffinet.

Pourquoi est né un tel projet de Rencontres européennes ? Sur quel constat ? Y avait-il un manque ?

Oui, elles sont nées du constat que beaucoup de chrétiens vivent une foi du cœur, sans se rendre compte réellement de tout ce que l'Église a à leur proposer aujourd'hui. Elles tenteront de montrer en quoi toute la richesse intellectuelle de l'Église peut avoir un impact extrêmement concret dans la vie de tous les jours.

Le cœur de cible de ces rencontres sera donc les 25-45 ans actifs dans la vie professionnelle, sociale, associative, familiale, pour leur montrer qu'être chrétien cela ne se limite pas à une simple appartenance culturelle, mais que cela peut avoir un réel impact. C'est donc un appel à une réintellectualisation de la foi ; à donner une intelligence à la foi du cœur. Le message de l'Église aujourd'hui est très concret, on peut en être fier, voilà ce à quoi vont nous appeler ces Rencontres européennes.

Quels sont justement ces impacts ? Plus concrètement, que le christianisme peut-il apporter aux jeunes adultes ?

Le principe du mot religion est d'être relié à la fois à Dieu, et à la fois au monde. Dans tous les aspects de l'existence, le christianisme invite le croyant à mettre d'autres dimensions fondamentales. L'Évangile nous aide avec des pistes concrètes à nous engager positivement dans tous les domaines. Si je veux être un bon père de famille par exemple, Éric de Beukelaer nous rappelait que l'Évangile nous invite à travers des paraboles à tout exiger vis-à-vis de ses enfants, à tout comprendre, mais surtout à tout pardonner. Ce n'est qu'un exemple parmi d'autres.

Un chrétien chef d'entreprise, père de famille, dans l'associatif... est-il meilleur qu'un autre ?

Il a à ses côtés un bagage intellectuel que l'Église travaille depuis deux millénaires. Économiquement par exemple, c'est très intéressant. Il a des outils comme la doctrine sociale de l'Église qui a pour base l'encyclique de Léon XIII Rerum novarum. C'est un texte sublime et révolutionnaire qui tire une sonnette d'alarme en rappelant que l'économie est au service de l'homme et non pas le contraire, qu'au centre il doit y avoir l'être humain, et que si au centre il n'y a que l'argent, le profit, la domination ou le marché, on va droit dans le mur. Ce n'est pas justement ce que l'on remarque avec la crise aujourd'hui ? On peut élargir cela à la politique, à l'éthique, à la bioéthique...

L'Église propose un idéal très exigeant. Comment concilier cet idéal et la vie concrète qui impose parfois certains accommodements ?

Voilà justement ce à quoi va nous aider ces rencontres, car oui, c'est un compromis difficile à trouver, mais qui peut être fait sur des choses secondaires. Nous aurons pour nous aider de multiples ateliers carrefours concernant différentes questions, avec toujours des intervenants qui connaissent le terrain. On parlera de la famille, de la crise, de la bioéthique, des médias... Le programme sera d'une densité, d'une richesse et d'une variété colossale.

Et les non-croyants sont-ils les bienvenus ?

L'Église est ouverte, et tout le monde est le bienvenu. Mais avant tout, ces rencontres ont pour but d'approfondir la foi par une nourriture intellectuelle et une grande réflexion, pour que cette foi du cœur passe par la case « intelligence ». On va renforcer notre foi par des échanges et surtout la rencontre avec des Européens de tous les pays grâce également à différentes traductions (essentiellement français et anglais).

Mariage pour tous, bioéthique... On a parfois l'impression à travers l'actualité que le dialogue est devenu impossible entre les chrétiens et le monde laïc, comme s'ils parlaient à partir de deux socles de références différents. Comment le recréer ?

Beaucoup de progrès malgré tout ont été engendrés et portent leur fruit. Mai de la part des chrétiens, il faut avant toute une meilleure compréhension de qui ils sont, d'où ils viennent, et de quel message ils sont les dépositaires ? Les chrétiens, à la suite du pape François par exemple, doivent également toujours aimer le monde dans lequel ils vivent, aimer leur époque et ne pas regarder sans cesse dans le rétroviseur. Tout un travail a été fait là-dessus, et aujourd'hui au sein de la société, le chrétien doit prendre sa place d'homme ou de femme, de citoyen, de père, de mère, de membre engagés dans le monde associatif, sans jamais faire preuve d'un prosélytisme malsain, mais sans non plus abaisser ses couleurs ou renoncer.

Enfin et surtout, rien ne remplace la rencontre entre les gens. Aucune technologie ne remplacera jamais le dialogue direct. Le message chrétien est un message d'écoute et de lecture. Nourrissons donc notre foi de cette écoute, de la lecture, réfléchissons et allons à la rencontre de l'autre.

 

29/09/2013

La sinistre semaine qui attend l'Italie

540119-italy-s-former-prime-minister-silvio-berlusconi-attends-a-session-at-the-senate-in-rome.jpg?modified_at=1375635653La décision de Berlsuconi est « une humiliation qui nous plonge dans le chaos, (et) qui confirme chacun des pires stéréotypes sur les Italiens. »

Lettre d'Italie

C'est l'histoire d'un ancien empire devenu un pays ingouvernable. C'est l'histoire d'un vieil empereur (ou presque) soucieux de ses pouvoirs personnels et prêt à prendre ses compatriotes en otages. C'est l'histoire d'une jeunesse au chômage et de tout un peuple tiraillé par une économie en berne. Bref comme dirait l'autre, c'est l'histoire de l'Italie, de Berlusconi, et d'un gouvernement qui n'en est plus un.

L'histoire

Comment comprendre ce qui s'est passé ce week-end en Italie ? Il faut remonter pour cela en février dernier. Ce mois-là l'Italie vote pour élire un nouveau gouvernement sans savoir qu'elle rendra la tâche de ses politiciens extrêmement compliquée. En effet, le Parti démocrate (centre-gauche) arrive en tête, mais n'obtient qu'une très courte majorité à la chambre, n'y parvient pas au sénat, et doit donc former une coalition. À ses côtés, le parti de l'ancien premier ministre Mario Monti (centre) n'obtient que 10%, alors que l'ennemi de toujours des démocrates, le Parti de la Liberté de Silvio Berlusconi (droite) récolte 29% des voix. Enfin, pour couronner le tout, l'inclassable Mouvement 5 Étoiles du populiste Beppe Grillo rassemble un quart des suffrages.

L'Italie mettra donc plus de deux mois pour accorder les violons du PD avec ceux du parti de Berlusconi, le PdL. Beppe Grillo ayant refusé de prendre ses responsabilités et de monter dans un gouvernement, le futur premier ministre Enrico Letta (PD) fut obligé de pactiser avec « l'ennemi » malgré la fronde d'une bonne partie de ses militants, pour monter un gouvernement contre nature gauche-droite, et espérer pouvoir remettre l'Italie sur la voie d'une économie saine et crédible.

La chute

Ça, c'était pour l'histoire et les espoirs, car la réalité fut tout autre. Poursuivi par plusieurs procès (l'affaire du Rubygate – abus de pouvoir et prostitution de mineure, et l'affaire Mediaset – fraude fiscale), Berlusconi ne monte pas dans le gouvernement, mais y envoie à de bonnes places ses plus fidèles alliés tout en gardant sur eux une influence réelle. Surnommé alors le « meilleur actionnaire » du gouvernement Letta, Berlusconi, persuadé que « l'impartiale » justice veut sa peau quoi qu'il arrive, menace de faire tomber la majorité en cas de condamnations judiciaires.

C'est ce qui arriva. Condamné le premier aout pour fraude fiscale à des travaux d'intérêts généraux ou à une assignation à résidence (le Cavaliere doit encore choisir), et risquant de se faire exclure du sénat et de perdre son immunité parlementaire, Silvio Berlusconi mit ses menaces à exécution en demandant ce samedi à 5 de ses ministres de démissionner. Il prétexta un désaccord sur l'augmentation de l'IVA (la TVA locale), et le refus d'un ultimatum posé par Enrico Letta qui, devant la menace, avait demandé aux parlementaires d'exprimer clairement leurs positions. L'excuse, toute trouvée mais peu crédible, provoqua la fureur du premier ministre Letta, d'une bonne partie des Italiens et de la presse nationale. Il faut dire que le pays est dans une situation économique extrêmement compliquée, que la chute du gouvernement pourrait avoir des conséquences dramatiques pour la crédibilité du pays qui pourrait se retrouver sous tutelle européenne, pour la relance et pour les initiatives intérieures. La décision de Berlsuconi, expliquait ce dimanche matin l'éditorialiste de La Stampa, « est un coup très dur pour notre pays. Une humiliation qui nous plonge dans le chaos, dans l'absence de crédibilité, qui nous remet sous examen, qui confirme chacun des pires stéréotypes sur les Italiens. »

La suite

Et la suite maintenant ? Berlusconi souhaite une dissolution des chambres et la tenue de nouvelles élections qu'il espère gagner (oui, malgré tout, il garde ses supporters convaincus que leur Cavaliere est victime d'une injuste cabale).

Ce dimanche, de son côté, Enrico Letta s'en allait retrouver le président Napolitano dans l'espoir de pouvoir imaginer une nouvelle majorité constituée de son parti, des centristes, de quelques élus du Mouvement 5 Étoiles, et de quelques dissidents du PdL de Berlusconi.

Ensuite, mercredi, il s'en ira demander la confiance des chambres. S'il ne l'obtient pas, il sera contraint à la démission et un nouveau tour de consultations serait mis en marche. Un gouvernement de transition avec un nouveau premier ministre chargé de voter une loi budgétaire et une nouvelle loi électorale pourrait alors tenir le pays jusqu'en février 2014. Mais le pire scénario serait la tenue de nouvelles élections en novembre. Selon les sondages, le Parti démocrate et le Parti de la Liberté se retrouveraient de nouveau au coude à coude, ce qui augurerait une paralysie ainsi que de nouvelles et interminables tractations.

« Maintenant assez, pensez au pays » titrait encore La Stampa ce dimanche matin. En avril dernier Le Corriere della Serra insistait sur le fait que le gouvernement ne pouvait « se contenter d'être un gouvernement de série B ». Voilà qu'il joue maintenant au cœur d'une funeste farce, ou plutôt d'une tragédie nationale avec, en tête d'affiche, les soucis de Berlusconi, et en toile de fond le mépris de millions d'Italiens.

Bosco d'Otreppe à Rome