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18/06/2013

Les 100 jours du pape François

 ... et l'été des Carnets du Vatican

Et voici que Francesco a passé le cap des 100 jours sous un soleil tonitruant et à grande vitesse. Le pape en effet n'arrête pas. Si contrairement à Benoit XVI, il ne fut jamais connu pour sa plume, on le découvre par son verbe généreux. Tous les jours il livre une homélie et dessine point par point ce qui sera son Église : une Église ouverte aux horizons les plus lointains, une Église pauvre peuplée de « chrétiens révolutionnaires ». Depuis 100 jours le pape insiste plus sur Dieu, un Dieu miséricordieux et aimant, que sur ce qu'interdit la doctrine ecclésiale. Pape peu organisé (c'est lui que le dit), mais qui semble savoir ce qu'il veut, il s'entoure et envisage une réorganisation « radicale et profonde » de l'Église institutionnelle. Ce sera vraisemblablement pour l'automne.

En attendant, il appelle les chrétiens à se mobiliser concrètement dans leur vie quotidienne, et se prépare quant à lui pour son baptême du feu : les Journées mondiales de la Jeunesse qui rassembleront d'ici un mois plus d'un million de jeunes sur les plages de Rio.

Là aussi, l'accueil devrait être tonitruant. Bonne nouvelle, Les Carnets du Vatican, armés d'une caméra, d'un appareil photo, d'un stylo et d'un calepin s’engouffreront dans les valises des jeunes Belges qui rejoindront le Brésil dès le 11 juillet. Reportages, témoignages, cartes postales et analyses, les Carnets se préparent et vous feront vivre ces JMJ en direct.

L'été ne s'arrêtera pas là, puisqu'une vaste enquête sur la nouvelle évangélisation sortira sous peu. Comment, pourquoi, avec qui l'Église compte vous reconquérir vous et vos voisins européens ? Les Carnets du Vatican vous diront tout.

15:53 Publié dans Italie, Journalisme, Rédaction, Rome | Tags : pape, rome, vatican, jmj | Lien permanent | Commentaires (0) | | |

26/03/2013

Pape François : prologue

 Impressions, sentiments du moment, chronique personnelle ; n'engage que la conversation.

pape_labonne--672x359.jpgRegardez cette photo, c'est la photo la plus incroyable que le Vatican nous ait confiée depuis de très longues années. Deux papes tournés vers leur Dieu, agenouillés sur le même banc. Qui aurait imaginé une telle image il y a deux mois encore ?

Benoit en héritage...

Le 11 février dernier, la renonciation de Benoit XVI a touché le monde, surpris, réjoui, réveillé, mais aussi troublé et bousculé une Église qui se démène en pleines bourrasques (scandales de pédophilie, vols de documents, crise des vocations...). « Un pape ne descend pas de la croix » avait d'ailleurs commenté dépité le Cardinal Dziwisz qui, même en revenant sur ses propos, illustrait ce sentiment d'abandon ressenti par de nombreux catholiques.

Aujourd'hui d'ailleurs, personne ne peut encore réaliser l'ampleur et les conséquences d'une telle renonciation. La fonction pontificale ne sera plus jamais considérée comme avant, peut-être même a-t-elle fondamentalement changé.

Pour autant, qu'on se le dise, ce 11 février le Pape Benoit XVI est resté fidèle à lui-même. « Tout au long de sa vie, il avait tenu à réconcilier foi et raison » confirme Charles de Pechpeyrou, journaliste pour l'agence I.Media. « Il a, cette année, examiné sa conscience, et posé le geste qui lui semblait le plus indiqué. » Il sait aussi que cette charge pontificale n'est pas sacramentelle, « et qu'après la longue maladie de Jean-Paul II, l'Église n'était plus capable de vivre une telle épreuve ». Les temps changent vite, trop vite pour le théologien qu'il est, et il ne sentait plus en lui la force de guider cette immense institution. Sa liberté et son humilité ont fait le reste...

François en surprise...

Depuis lors, l'eau a coulé sous les ponts de l'Église. Le conclave est passé par là, nous a livré ses surprises tout en gardant ses secrets. En à peine dix jours, le Pape François a conquis une foule innombrable par ses mots simples, ses gestes humbles, son attention aux plus petits. Pourtant, lui non plus ne fait pas l’unanimité. Si la polémique concernant son rôle au cours de la dictature argentine semble s’essouffler1, certains catholiques fervents ont peur de voir en ses gestes une nouvelle désacralisation de la fonction pontificale. La question mérite d'être posée, mais ce n'est en tout cas pas la volonté première d'un Pape argentin qui ne souhaite qu'une chose : revenir sincèrement à la vérité des évangiles.

...et trois papes pour une foi

Depuis le 11 février d'ailleurs, nous avons apprécié comparer les gestes posés par Jean-Paul II et Benoit XVI d'un côté, par Benoit XVI et François de l'autre. Pourtant, si les comparaisons méritent d'être abordées, il serait faux d'opposer les trois souverains. Tous ont souhaité éclairer le même message, la même Vérité, la leur, sous un angle différent ; tous ont eu, et ont encore le même souci d'humilité face au Christ.

Jean-Paul II est resté Pape jusqu'au bout, assumant sa finitude et souhaitant montrer la valeur de la vie humaine, même abimée par la maladie et la mort prochaine. Benoit XVI avec sa personnalité et dans le contexte que l'on connait a posé un geste radicalement différent, mais porteur du même sens que celui de son prédécesseur : tous les deux ont accepté leurs failles, rappelé qu'un pape n'est que de passage, et guidé notre regard vers la tête d'affiche éternelle, c'est à dire, pour l'Église, Dieu himself Mesdames et Messieurs.

Aujourd'hui, François, ne se présente pas comme Benoit XVI. Dans la forme tant de choses les opposent, mais dans le fond, les soucis d'humilité et de vérité restent identiques, tout comme la logique doctrinale.

Pour autant, l'image de l'Église ne sera plus la même sous son règne. Fort d'un caractère entier, armé de son sourire et de sa spontanéité, François s'adresse au monde avec beaucoup d'aisance, et touche un public très large. « Son discours est positif » souligne un prêtre, « et porte en lui le rapport cordial que Dieu entretient avec le monde ». Sans doute est-ce là la synthèse la plus juste concernant les volontés d'un Pape qui souhaite s'attaquer en des termes nouveaux aux pauvretés matérielles et spirituelles. François a définitivement posé ses appuis, des gestes concrets seront attendus dans les prochains mois.

En attendant, gardons cette photo en tête, car elle nous dit tout de l'Église, de son idéal d'égale dignité et de grande liberté qu'elle entend défendre pour chacun de ses membres, quelles que soient leur place ou leur fonction. Elle représente sa diversité et son unité profonde, mais rappelle aussi ses dissensions politiques, ses défauts, ses incohérences, ses paradoxes qui ont créé une telle situation. Le peuple de Dieu est décidément divers, imparfait, faillible, mais surtout, d'un Pape à l'autre, en marche et à la recherche de son absolu. Bref, cette photo est historique pour l'Église : elle témoigne de l'histoire qui est son chemin, et de la prière son bâton de berger.

Bosco d'Otreppe


1Suite à de nombreux témoignages, la polémique semble s'essouffler autour de la personne du Pape, mais elle soulève, il est vrai ,la question des positions souvent ambigües prise par l'Église face à d'autres dictatures (particulièrement de droite).


 

25/02/2013

Chronique pour un lundi matin

presse,journalisme,religion,pape,vatican,catholicisme,benoit xviDécidément, l'Église est bien insondable pour un journaliste. 

La semaine dernière avait été rythmée par de nombreuses rumeurs de scandales et de sombres machinations au Vatican. Elles avaient agrémenté une semaine bien calme, le Pape ayant préféré se consacrer discrètement au carême plutôt qu'à une médiatique tournée d'adieu. Du coup, les avatars du Da Vinci code, nés à la suite du Vatileaks étaient revenus à la mode à l'ombre du Vatican, et reconnaissons-le, cela avait un côté amusant.

Pourtant, reconnaissons-le aussi, nous ne savons pas grand-chose de ce qui se passe au cœur du plus petit État du monde. Certes, des rancœurs, des jalousies, des débats agités s'y font jour. La curie, qui n'a jamais prétendu à la sainteté, le reconnait elle-même. Les hommes restent des hommes, et si cela n'excuse ou ne justifie rien, l'Église demeure un fragile rafiot d'humains.

Ce dimanche pourtant, elle nous aura surpris de nouveau. À force de nous délecter de rumeurs, on en avait presque oublié que son cœur bat au rythme de la foi. Face au Pape qui célébrait son dernier angélus Place Saint-Pierre, se dégageaient de l’assemblée une réelle spontanéité et une véritable sincérité (il est difficile de le dire autrement). 

Et justement, qu'y a-t-il de plus délicat pour un journaliste que de parler de la foi, élan personnel, subjectif et mystérieux qui prend sa source au plus intime de chaque croyant ? 

Alors oui, iI y a des problèmes de gouvernance au sein de l'Église, et s'y logent même de graves dérives (les scandales de la pédophilie nous l'ont rappelé). Face à ces faits, comme face aux questions que pose l'Église au monde et à celles que le monde pose à l'Église, un journaliste ne peut se dérober. 

Mais à la veille d'une semaine historique, on se dit que le plus grand défi pour la presse sera de garder la tête froide en toute circonstance. Il faudra témoigner de l'émotion sans s'y enfermer, raconter l'ambiance, ce qui se vit, relever aussi les interrogations qui se posent face au geste inédit d'un Pape et l'avenir encore incertain d'une Église. Mais nous ne pourrons jamais oublier la complexité de cette institution vieille de 2000 ans, universelle, chargée d'histoires, de traditions, de textes et d'un message inédit. Difficile à circonscrire en un seul regard, elle nous rend finalement un fameux service à nous journalistes : elle nous rappelle que tout est encore à connaitre, à explorer, à investiguer, bref, que nous n'avons jamais fini d'apprendre.

Tant mieux, la semaine s'annonce d'autant plus passionnante !

Bosco d'Otreppe