carnets du vatican
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24/02/2014

La difficile politique de François

En marge du consistoire qui s’est tenu ces derniers jours au Vatican, la question de la gouvernance reste centrale. Dans ce domaine, le pape François doit agir avec délicatesse, ce qui n’est pas toujours chose aisée.

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Un article à lire sur info.catho.be : http://info.catho.be/2014/02/24/la-difficile-politique-de-francois/#.UwtSqoV9DiQ

22/02/2014

Le pape engage

Il avait par ailleurs invité Benoit XVI, évêque émérite de Rome, à le rejoindre dans la Basilique Saint-Pierre pour la création de 19 nouveaux cardinaux.

Un air de réunion de famille flottait ce samedi matin aux alentours du Vatican. Dans une Basilique Saint-Pierre qui n'est jamais aussi belle qu'à l'occasion de ces cérémonies pour lesquelles elle est conçue, François avait en effet convoqué les cardinaux du monde entier à assister avec lui à la création de 19 nouveaux d'entre eux. Un jour important : c'est la première fois que François célèbre un consistoire, et c'est la première fois que les Européens ne se retrouveront plus majoritaires au sein du Sacré Collège cardinalice qui élira le prochain souverain pontife.

Un jour solennel aussi, contresigné par la présence chaleureusement accueillie et applaudie de Benoit XVI, invité par le pape François à se présenter à une célébration publique pour la première fois depuis sa renonciation le 28 février dernier.

Avec un évangile choisi pour l'occasion, une homélie très « François », le pape a repris une image qu'il aime tout particulièrement : le cheminement. Le cheminement dans l'Église cela veut tout dire : l'humilité de l'engagement du chrétien toujours en marche vers son idéal, l'engagement quotidien de ce dernier à suivre le Christ, témoigner de lui, servir l'Église et aimer ses contemporains. Un programme en effet infini et toujours à construire. Heureusement a rappelé le pape aux siens, « Jésus marche devant nous aussi, en ce moment (...) Il nous précède et nous ouvre la voie ».

C'est ce cheminement aussi, a rappelé François, qui fait du message du Christ « une route à parcourir avec lui » et non une philosophie ou un système idéologique. « Jésus nous appelle à lui » de même que l'Église a besoin du courage de chacun pour rendre « témoignage à la vérité », et pour que « nous soyons des hommes de paix et fassions la paix par nos œuvres, nos désirs, nos prières ».

Un message qui s'adressait aux nouveaux cardinaux, qui seront les collaborateurs du pape dans sa mission, mais aussi, à travers eux, à tous les catholiques du monde.

Ce samedi midi, les cardinaux auront donc reçu leur anneau cardinalice, leur titre de prêtre ou diacre d'une église de Rome, et revêtiront désormais la couleur rouge, signe de leur engagement à suivre le Christ et son Église jusqu'au sang du martyre.

Bref, pour les cardinaux et les catholiques, comme l'aura rappelé Monseigneur Parolin au début de la célébration, une fameuse « aventure de sainteté et d'amour dont la mesure est de ne pas avoir de mesure ».

Bosco d'Otreppe à Rome (@boscodo)

21/02/2014

Le pape François et l'art du contrepied

Mystérieuse et persévérante, telle est la tactique de François. Commentaire.

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Dans un article posté ce vendredi, le célèbre vaticaniste Sandro Magister interrogeait, entre autres, la non-réaction de François au vote en Belgique de la loi autorisant l'euthanasie des mineurs (alors que l'on connait sa forte opposition a l'encontre de telles perspectives).

Dès lors s'interrogeait le journaliste, quelle est donc la stratégie de François (bien différente de celle de Benoit XVI)? Comment pénétrer sa pensée? « Ses propos sont comme les tesselles d’une mosaïque dont on ne perçoit pas immédiatement le dessin. Il dit des choses parfois fortes, parfois rudes, mais il ne les dit jamais à un moment où elles pourraient générer un conflit. »

Les mots prononcés par le pape hier a l'entame du consistoire extraordinaire qui se tient a Rome avec les cardinaux du monde entier, et qui porte sur les questions de la famille, donnent raison au journaliste italien.

Car la douloureuse pastorale de la famille, on la sait difficile ; surtout en ces temps où, en Europe et ailleurs, les réalités familiales se jouent souvent du modèle proposé et défendu par l'Église, ce qui engendre bien trop régulièrement un sentiment de souffrance et d'exclusion chez de nombreux catholiques. On sait aussi que ces questions sont au cœur de l'actualité au Vatican, et que le Saint-Siège ne ménage pas ses efforts pour y réfléchir de manière exhaustive et décentralisée (souvenez-vous du questionnaire envoyé publiquement a tous les diocèses du monde pour que les catholiques fassent remonter leurs attentes au Vatican). Du coup, alors qu'avec ses cardinaux le pape s'apprêtait à échanger sur la thématique, nous nous attendions, journalistes attentifs que nous sommes, à ce qu'il esquisse dans son discours inaugural quelques pistes de réflexion, quelques avancées, quelques ouvertures. Et bien rien de tout cela... le pape a préféré surprendre par des propos brefs et tradis.

La famille est attaquée de toute part? Alors défendons-la, elle qui est « la cellule fondamentale de toute société humaine ». « Notre réflexion se souviendra toujours de la beauté de la famille et du mariage, de la grandeur de cette réalité humaine à la fois si simple et si riche, faite de joies et d’espérances, de peines et de souffrances, comme toute la vie. »

Plus encore, alors que l'on sait le pape aguerri a la technique de la casuistique (technique très jésuite qui consiste a observer une règle au regard de la spécificité de chaque cas et de chaque contexte), il a préféré la mettre de côté pour l'occasion.  « Nous chercherons à approfondir la théologie de la famille et la pastorale que nous devons mettre en œuvre dans les conditions actuelles. Faisons-le en profondeur et sans tomber dans la “casuistique”, parce qu’elle ferait inévitablement abaisser le niveau de notre travail. »

Je suis un peu rusé

« Je suis un peu rusé, je sais manœuvrer » avait reconnu le pape en septembre dernier aux revues jésuites. Il le montre ici aussi. Car s'il ne répond pas explicitement à la Belgique, s'il ne répond pas en apparence aux voix qui interrogent la doctrine de l'Église en matière familiale, il profite de sa notoriété pour rappeler l'idéal et le chemin du catholique.

Le pape François aime surprendre, c'est une bonne technique pour être sel de la terre doit il se dire. Il aime jouer sa symphonie à contretemps, non pas pour être à contretemps justement, mais pour permettre à chacun d'être surpris (au sens propre) par le message de l'Église. Tel un boomerang lancé avec savoir, il nous renvoie dans les mains les attentes et aprioris que l'on projetait sur lui, et il nous oblige à les réinterroger.

Plus que de chercher la polémique, le pape préfère le témoignage. « Regardez comme ils s'aiment », voici comment on pourrait définir la tactique de François pour proposer l'idéal de l'Église, et en défricher le chemin qu'il veut pavé de miséricorde et de liberté. Car le pape ne fait pas la sourde oreille face aux doutes et questions du monde. Au contraire, s'il répète inlassablement le message des évangiles, c'est qu'il reste persuadé que là se trouvent l'essentiel et l'énergie ultime qui aide chacun a se relever.

Ainsi ne nous rétorque-t-il rien en apparence, ne bronchant pas sur certains sujets, ne réagissant pas immédiatement, mais proposant avec insistance et une fausse ingénuité ce qui lui tient a cœur et ce qui est au cœur de sa foi.

À bon entendeur...

Bosco d'Otreppe à Rome (@boscodo)