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21/02/2014

Le pape François et l'art du contrepied

Mystérieuse et persévérante, telle est la tactique de François. Commentaire.

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Dans un article posté ce vendredi, le célèbre vaticaniste Sandro Magister interrogeait, entre autres, la non-réaction de François au vote en Belgique de la loi autorisant l'euthanasie des mineurs (alors que l'on connait sa forte opposition a l'encontre de telles perspectives).

Dès lors s'interrogeait le journaliste, quelle est donc la stratégie de François (bien différente de celle de Benoit XVI)? Comment pénétrer sa pensée? « Ses propos sont comme les tesselles d’une mosaïque dont on ne perçoit pas immédiatement le dessin. Il dit des choses parfois fortes, parfois rudes, mais il ne les dit jamais à un moment où elles pourraient générer un conflit. »

Les mots prononcés par le pape hier a l'entame du consistoire extraordinaire qui se tient a Rome avec les cardinaux du monde entier, et qui porte sur les questions de la famille, donnent raison au journaliste italien.

Car la douloureuse pastorale de la famille, on la sait difficile ; surtout en ces temps où, en Europe et ailleurs, les réalités familiales se jouent souvent du modèle proposé et défendu par l'Église, ce qui engendre bien trop régulièrement un sentiment de souffrance et d'exclusion chez de nombreux catholiques. On sait aussi que ces questions sont au cœur de l'actualité au Vatican, et que le Saint-Siège ne ménage pas ses efforts pour y réfléchir de manière exhaustive et décentralisée (souvenez-vous du questionnaire envoyé publiquement a tous les diocèses du monde pour que les catholiques fassent remonter leurs attentes au Vatican). Du coup, alors qu'avec ses cardinaux le pape s'apprêtait à échanger sur la thématique, nous nous attendions, journalistes attentifs que nous sommes, à ce qu'il esquisse dans son discours inaugural quelques pistes de réflexion, quelques avancées, quelques ouvertures. Et bien rien de tout cela... le pape a préféré surprendre par des propos brefs et tradis.

La famille est attaquée de toute part? Alors défendons-la, elle qui est « la cellule fondamentale de toute société humaine ». « Notre réflexion se souviendra toujours de la beauté de la famille et du mariage, de la grandeur de cette réalité humaine à la fois si simple et si riche, faite de joies et d’espérances, de peines et de souffrances, comme toute la vie. »

Plus encore, alors que l'on sait le pape aguerri a la technique de la casuistique (technique très jésuite qui consiste a observer une règle au regard de la spécificité de chaque cas et de chaque contexte), il a préféré la mettre de côté pour l'occasion.  « Nous chercherons à approfondir la théologie de la famille et la pastorale que nous devons mettre en œuvre dans les conditions actuelles. Faisons-le en profondeur et sans tomber dans la “casuistique”, parce qu’elle ferait inévitablement abaisser le niveau de notre travail. »

Je suis un peu rusé

« Je suis un peu rusé, je sais manœuvrer » avait reconnu le pape en septembre dernier aux revues jésuites. Il le montre ici aussi. Car s'il ne répond pas explicitement à la Belgique, s'il ne répond pas en apparence aux voix qui interrogent la doctrine de l'Église en matière familiale, il profite de sa notoriété pour rappeler l'idéal et le chemin du catholique.

Le pape François aime surprendre, c'est une bonne technique pour être sel de la terre doit il se dire. Il aime jouer sa symphonie à contretemps, non pas pour être à contretemps justement, mais pour permettre à chacun d'être surpris (au sens propre) par le message de l'Église. Tel un boomerang lancé avec savoir, il nous renvoie dans les mains les attentes et aprioris que l'on projetait sur lui, et il nous oblige à les réinterroger.

Plus que de chercher la polémique, le pape préfère le témoignage. « Regardez comme ils s'aiment », voici comment on pourrait définir la tactique de François pour proposer l'idéal de l'Église, et en défricher le chemin qu'il veut pavé de miséricorde et de liberté. Car le pape ne fait pas la sourde oreille face aux doutes et questions du monde. Au contraire, s'il répète inlassablement le message des évangiles, c'est qu'il reste persuadé que là se trouvent l'essentiel et l'énergie ultime qui aide chacun a se relever.

Ainsi ne nous rétorque-t-il rien en apparence, ne bronchant pas sur certains sujets, ne réagissant pas immédiatement, mais proposant avec insistance et une fausse ingénuité ce qui lui tient a cœur et ce qui est au cœur de sa foi.

À bon entendeur...

Bosco d'Otreppe à Rome (@boscodo)

 

11/02/2014

Benoit XVI et la panique des journalistes

Un an jour pour jour après la renonciation de Benoit XVI, le premier journaliste qui a dû apprendre la nouvelle au monde francophone nous apporte son témoignage.

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C'était un de ces lundis comme on en fait que trop peu : un vrai lundi, un lundi perdu dans le ventre mou du mois de février et dans un crachin transi qui peine à réveiller Rome. Un lundi sans grande ambition, sans réelle actu d'ailleurs, car le 11 février, date anniversaire des accords du Latran, est un jour férié pour le Vatican. Dans l'agenda du Saint-Siège, seul un consistoire était prévu en fin de matinée : Benoit XVI devait y annoncer devant quelques cardinaux la date de canonisation des martyrs d'Otrante, alors qu'une petite poignée de journalistes suivraient l’évènement par écrans interposés, par acquit de conscience et d'un œil souvent distrait. On sait pourtant ce qu'il en advint : Benoit XVI dans un geste historique y annonça sa renonciation, alors que l'Église stupéfaite s'apprêtait à trembler et à s'interroger.

Cette histoire, on ne la raconte plus à Charles de Pechpeyrou, c'est lui qui la raconte. Jeune, mais chevronné vaticaniste, il suivait ce consistoire pour l'agence spécialiste du Vatican I.Media, et fut le premier journaliste à transmettre l'information au monde francophone. Aujourd'hui journaliste a la télévision catholique française KTO, il revient sur ce jour si particulier

Le seul enjeu de cette matinée était de saisir en latin, car le consistoire se déroulait en cette langue, la date de la canonisation de ces martyrs d'Otrante explique-t-il à LaLibre.be. Pourtant, quand Benoit XVI eut fini de prononcer son discours, Monseigneur Marini à ses côtés lui tendit une deuxième feuille que le pape se mit à lire. Ce n'était pas au programme. Je pu en saisir quelques mots et percevoir, à la vue des visages graves et étonnés des cardinaux, l'ampleur de ce qui était en train d'être dit. Dans un ton finalement assez neutre, mais décidé et posé, d'une traite, sans effets théâtraux, Benoit XVI confiait sa décision de se retirer.

Quelle a été pour vous et pour les quelques journalistes à qui vous avez d'abord appris la nouvelle la première réaction ?

J'étais sous le choc. Je me rendais compte de ce à quoi je venais d'assister. En salle de presse ce fut la stupeur générale, nous étions tétanisés d'avoir une telle info entre les mains et nous nous rendions compte de la responsabilité que nous avions dans la divulgation au monde d'une information contenant un tel enjeu. L'ambiance était grave : stupéfaits, nous devions agir en vitesse, mais nous n'avions surtout pas droit à l'erreur.

Comment depuis la salle de presse, d’ordinaire si paisible, avez-vous assisté à l'arrivée en quelques heures de plusieurs milliers de journalistes du monde entier ?

Dès l'après-midi de très nombreux journalistes arrivaient. Eux aussi étaient en paniques, ne sachant pas comment traiter un tel évènement. Les médias catholiques, qui connaissent les rouages du Vatican, ont pu s'y retrouver, mais c'est vrai que pour les médias généralistes qui maitrisent très peu ce domaine, ce fut fort compliqué. Ils comptaient sur nous pour que nous puissions les aiguiller.

Avant l'arrivée de François qui fut une autre surprise de taille, comment à été vécue la période dite du sede vacante ?

En fait on essayait de se rassurer après une stupeur aussi irrationnelle. Je pense qu'après coup on peut dire que nous avons fait l'erreur d'envisager le conclave de manière trop rationnelle. Nous avons tout analysé, nous avons désigné nos favoris de manière très calculatrice et, du coup, nous n'avons pas vu venir le deuxième choc, la deuxième surprise de taille qui fut l'arrivée de François.

Face à un tel évènement, les journalistes ont-ils pu rendre avec justesse la complexité du pontificat et de la personnalité de Benoit XVI ?

La renonciation a bouleversé la vision que nous avions de Benoit XVI. Alors que les médias parlaient du panzer cardinal, nous avons pu percevoir l'homme qu'il était vraiment, l'audace d'avoir osé poser un tel acte, mais aussi sa dévotion à la tâche et son abnégation. Beaucoup de médias ont finalement fini par reconnaitre en Benoit XVI un pape courageux, logique, et même valeureux.

Bosco d'Otreppe, à Rome

 

15/01/2014

François et François, François en Terre Sainte, François en 2014...

... on revient sur les grands rendez-vous du Pape qui seront loin d'être anodins dans les prochains mois.