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05/05/2013

C'est qui le pape?

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Situation inédite. Pour la première fois dans l'histoire moderne de l'Église, deux papes cohabitent ensemble dans le plus petit État du monde. Jeudi en effet, Benoit XVI a quitté les hauteurs de Castel Gandolfo (la résidence d'été des papes où après sa renonciation il s'était reposé deux mois), pour rejoindre le Vatican et habiter dans l'ancien monastère Mater Ecclesiae réaménagé pour l'accueillir lui, ses livres, et ses proches (son frère Georg y bénéficiera d'une chambre, et soeur Birgit, sa secrétaire, d'un petit bureau).

 Il n'en fallait pas plus pour que chez certains vaticanistes bruissent de nouvelles inquiétudes et de nombreux questionnements. Comment va se dérouler cette cohabitation ? Les deux papes vont-ils souvent se rencontrer ? Benoit va-t-il tenter d'aiguiller François ? Et s'il n'est pas d'accord avec ce dernier, va-t-il le lui dire en le croisant fortuitement dans les jardins du Vatican ? Pire, des cercles d'influents cardinaux vont-ils se former autour d'eux ? Le Vatican fait face à la difficile gestion d'une anomalie titrait même ce samedi le réputé Corriere della sera.

Pourtant, soyons de bon compte, il n'y a aucune raison de s'inquiéter. Si la situation est nouvelle, elle reste très claire : le pape actuel est François. Benoit XVI a toujours promis de s'effacer dans la discrétion et la prière, et on peut compter sur lui. S'il n'y eut d'ailleurs aucune vidéo de leurs retrouvailles jeudi, c'était bien le choix du pape allemand : il ne voulait pas d'un retour médiatique. Seule une photo suffisait pour rassurer sur son état de santé. De plus, les deux papes se respectent infiniment et souhaitent sincèrement le bien de leur Église, ils serviront donc au mieux celle-ci en restant fidèles à leur parole et leur fonction. Enfin, rappelons que si entre les deux papes les mots, les gestes, les intonations, les symboles sont différents, le message reste le même : celui des évangiles, et d'une doctrine fidèle à celle qu'a toujours prônée l'Église depuis Vatican II.

François est-il un vrai pape ?

Ce qui chamboule certains au Vatican est l'apparence qui transparait de la fonction pontificale depuis la renonciation de Benoit XVI : une apparence moins sacrée.

En renonçant, le pape Benoit a en effet créé un sérieux précédent, rappelant à quel point le souverain pontife n'était que (façon de parler) le vicaire du Christ. Depuis lors, les gestes simples de François, sa parole spontanée, sa volonté de s'approcher des plus pauvres, sa façon discrète de s'habiller, son choix de rester habiter dans la sobre maison Sainte-Marthe plutôt que de rejoindre les appartements pontificaux, son souhait de se présenter comme évêque de Rome attaché à son peuple... bouleversent les habitudes. Sans oublier qu'à un niveau plus politique, François comme ses prédécesseurs, mais de manière sans doute plus directe, a toujours tenu à relativiser le rôle des institutions vaticanes face à ce que doit-être la vocation première de son Église : le témoignage de l'amour divin. Cette mise en garde face à une Église trop « mondaine » ou « bureaucratique », sur fond de réorganisation prochaine de la Curie, le gouvernement du Saint-Siège, agite certaines conversations à l'ombre de la basilique Saint-Pierre...

Mais à nouveau, et jusque dans les colonnes de l'Osservatore romano – le quotidien du Vatican, les proches de François se veulent rassurant. En bon jésuite affirment-ils, le pape prendra le temps d'étudier les dossiers, écoutant tout le monde avant de prendre la moindre décision.

La majorité des catholiques d'ailleurs ne s'affairent pas autour de ces questions qui participent du jeu des journalistes : les audiences et les messes du pape attirent une foule enthousiaste, très (très) nombreuse, qui étonne beaucoup d'observateurs. François y prie et y parle avec beaucoup de caractère et beaucoup d'attention, rappelant l'ambition qu'il a pour son Église; Église qu'il veut unie, pauvre, aimante et au plus proche de son Dieu. « Nous chrétiens nous ne sommes pas choisis par le Seigneur pour de petites bricoles, allez toujours au-delà, vers les grandes choses » rappela-t-il d'ailleurs le dernier dimanche d'avril.

Keep calm donc. François n'a pas oublié qu'il était pape, malgré la simplicité avec laquelle il assume sa charge.

Un pape n'est pas l'autre, mais l'Église a besoin de chacun pour défricher sa voie. C'est d'ailleurs bien Benoit XVI qui a souhaité nous le rappeler, sans vouloir créer la moindre anomalie.

Bosco d'Otreppe à Rome

30/04/2013

Les tubes du premier ministre italien

Fugel_David_gegen_Goliath.jpgLe discours d'Enrico Letta en musique ? Le premier ministre italien n'aura pas échappé au jeu des références pour son premier grand oral.

Avant de devoir prendre le taureau par les cornes et engager concrètement sa politique, le nouveau Premier ministre italien, Enrico Letta, enchaine les discours à la chambre, au sénat et devant ses futurs partenaires.

Ce lundi, pour son premier grand oral tant attendu devant les députés, il aura rassuré l'Europe, les marchés, et énoncé avec succès les ambitions de sa nouvelle équipe.

Avec succès, car derrière son ton très sobre, humble, sans pathos aucun, et foncièrement professionnel, le premier Baby boomers a accéder à la tête de l'État italien aura, comme l'a souligné La Stampa, assaisonné son long discours d'un original mix alto-pop.

C'est ainsi que si papa Francesco était cité (misez sur les grandes choses a répété Monsieur Letta reprenant les mots du pape s'adressant ce dimanche aux jeunes), quelques tubes légendaires se seront rappelés au bon souvenir des députés. Et rien n'est innocent...

Luciano Ligabue par exemple, vous connaissez ? Et bien ici au bord de la Méditerranée, ce beau rockeur, réalisateur, scénariste et écrivain (quel homme!) est presque une légende. Les cheveux aux vents et le regard au loin, voici avec quoi il fait craquer l'Italie (et il sait s'y prendre le bougre...)

C'est presque (presque) le retour du patriotisme de Verdi. La chanson aux beaux accords nostalgiques loue cette Italie formidable, la beauté qui y est née, mais à laquelle il manque cependant un grand navigateur. L'Italie, comme ses jeunes, est notre ressource soulignait hier Enrico Letta, « una bellezza senza navigatore », redorons là du coup, et profitons-en.

Amoureux de ses paysages, Enrico Letta n'en aime pas moins jeter son regard au-delà des horizons. C'est ainsi que l'intégration européenne et ses idéaux démocratiques et pacifiques, tant snobés en pleine crise, ont trouvé grâce aux yeux du premier ministre.

Le sort de l'Italie est intimement lié à celui de l'Europe, ce sont « deux destins qui s'unissent » a répété le chef du gouvernement, reprenant les mots du chanteur pop Tiromancino, et de son titre « Due destini », une autre ritournelle locale à succès.

Sur quel ton du coup engagera-t-il la conversation avec Angela Merkel pour tenter d'adoucir la rigueur économique chère à la Chancelière allemande, et tant détestée par les Italiens ? Nul ne le sait encore, mais Letta n'oubliera pas ses grands maitres à penser qui pourraient engager la confiance de la démocrate chrétienne.

Car du pop au rock, Enrico Letta n'en a pas pour autant oublié le démocrate chrétien qu'il était lui-même. Beniamino Andreatta, un des chefs à penser de l'aile gauche de ce courant fut d'ailleurs cité en bonne place (« J'ai appris de Nono Andreatta la distinction fondamentale entre la politique, entendue comme dialectique entre les différentes factions, et les politiques, entendues comme des solutions pratiques à des problèmes communs »). Le discours d'Enrico Letta « a tourné autour de trois paroles clés : bon sens, tolérance, pacification. Trois vertus typiques des démocrates chrétiens » a souligné également le centriste Paolo Cirino Pomicino.

« En ces jours » a confié le premier ministre, « j'ai pensé au personnage biblique de David. Comme lui, avec lui, nous sommes dans la vallée de l'Elah, en attente d'affronter Goliath. » Il nous faut nous mettre ensemble pour braver, nos défis qui apparaissent gigantesques aura conclu le Premier sous les applaudissements. David avait sa fronde, Letta a son gouvernement ; David avait ses pierres, Letta a rappelé qu'il tenait son programme.

David l'outsider, en abattant Goliath fut le roi du Peuple élu souligne La Stampa. Est-ce la métaphore du destin qu'Enrico Letta entend se donner ? Le nouveau Premier ministre est trop intelligent pour savoir que le Goliath italien aura mille têtes (politiques, culturelles, financières...), et que derrière lui son armée bigarrée, balançant de la gauche à la droite de l'échiquier politique n'est pas à l’abri des trahisons. « Mais de David, nous devons garder le courage et la confiance. Le courage de mettre de côté la prudence politique qui nous évite de confronter nos peurs (...). La confiance, c'est ce que nous demandons aux parlements et aux Italiens. »

Ouf, pour l'instant il la tient.

Bosco d'Otreppe


Italie : le programme Letta accueilli... di euronews-fr

 

27/04/2013

L'Italie a un gouvernement. Et demain ?

b60fa_6050bde073a71c136e1ba86723c13072-004--473x264.jpgLe futur "premier", Enrico Letta, a rassemblé 21 ministres autour de lui et formé son gouvernement. "Une orgie digne des meilleurs bunga bunga"?

Ça y est, ils l'ont ! Après deux mois de négociations, de dissensions et de noms d'oiseaux, les Italiens tiennent leur gouvernement.

Engagé comme formateur par le président Giorgio Napolitano, Enrico Letta, numéro deux du Parti démocrate (le centre gauche local) a su rassembler autour de lui 21 ministres issus de la gauche, du centre et de la droite italienne. C'est un exploit pour ce jeune, mais déjà expérimenté politicien de 42 ans. Petit rappel des faits.

Une salade à l'italienne

Depuis 2011, l'Italie était dirigée par un gouvernement de technocrates (indépendants à l'époque de tout parti), mené par Mario Monti, et chargé de décliner le mot rigueur pour remettre l'Italie sur les voies d'une économie saine, et amoindrir un maximum l'ampleur de sa dette. C'est ce qu'il fit non sans grands sacrifices, et avec plus ou moins de succès.

Cependant, si les Italiens accusèrent l'austérité imposée avec philosophie durant la législature, ils ne manquèrent pas de sanctionner leurs politiciens lors des élections de février dernier.

Emmené par l'hésitant Bersani, le Parti démocrate pourtant grand favori quelques mois auparavant, ne put récolter qu'une courte majorité à la chambre, mais n'y parvint pas au sénat. Dans un pays où le bicamérisme est parfait, il se devait donc de se trouver un partenaire, et la chose ne fut pas aisée.

À ses côtés, en effet, la coalition centriste qu'avait rejoint Monti n'avait réalisé qu'un piètre 10,5%. En face, les ennemis de toujours, le Parti de la liberté de Silvio Berlusconi, pourtant au fin fond du trou encore quelques semaines avant les élections, avait réalisé une remontée historique durant la campagne pour arracher 29% des voix. Et pour arroser cette salade politique, le Mouvement 5 étoiles, les équipes du trublion mais puissant Beppe Grillo (un ancien comique recyclé dans le populisme et bien incapable de prendre ses responsabilités), avait rassemblé autour de lui un quart des électeurs.

Ces différentes factions se détestant amèrement, la tâche du PD, déchiré de l'intérieur, n'était pas facile et se couronnait, depuis des semaines, par des dissensions, des paralysies et des impasses inextricables.

Réélu pour un deuxième mandat en tant que président, Giorgio Napolitano (87 ans tout de même), insista avec autorité lundi passé pour que ses collègues retrouvent le chemin de l'union nationale, et de la crédibilité internationale.

Berlusconi a gagné, mais rien n'est gagné

Il faut croire qu'il a été entendu. Il n'aura fallu que quelques jours à Enrico Letta pour accorder (plus ou moins) les violons de la gauche et de la droite.

Mais ce samedi, rien n'est gagné pour autant. Le contestataire Beppe Grillo aura beau jeu de se moquer de cette union contre nature, de cette trahison de deux partis qui n'ont pas arrêté de se disputer depuis des années (il a déjà qualifié cette union d'« orgie digne du meilleur des bunga bunga »). Rien ne nous prouve non plus que la sauce prendra face aux réformes importantes qui attendent la République. Et à gauche, le Parti démocrate va devoir gérer sa crédibilité et ses troupes, pour la plupart furieuses de cette alliance.

Finalement, il n'y a que chez Berlusconi que l'on rit. Tiraillé par des ennuis judiciaires à répétition, on croyait le Cavaliere perdu pour la politique.

Grâce à une campagne d'une efficacité redoutable, il a su, ce samedi, placer les siens à des postes clés (ministère de l'Intérieur, direction de la Banque centrale, Affaires étrangères, Économie...).

Contre nature peut-être, ce gouvernement était le « seul possible » a répété le Président Napolitano visiblement soulagé. Mais pour que le peuple le soit autant, il faudra que les 22 ministres croient fermement en leur capacité de réaliser des réformes utiles, a souligné l'éditorialiste du Corriere della serra. Le gouvernement est jeune, mais « ne pourra se contenter d'être un gouvernement de série B ». « Il a le devoir d'être ambitieux » insiste encore le journaliste.

Enrico Letta aura du travail, mais un travail indispensable pour la survie des siens.

Bosco d'Otreppe, à Rome

 

 

Trois défis du gouvernement italien

Trouver de l'argent. Eh oui... Car la caisse d'intégration qui permet à des entreprises en difficulté de mettre temporairement des salariés au chômage est victime de son succès et quasi vide. Il faudrait trouver 1,5 milliard d'euros pour aider les 700 000 Italiens qui en bénéficient. L'État italien se doit également d'honorer une décision du gouvernement Monti, celle d'accélérer les restitutions des crédits aux entreprises, pour les relancer et relancer l'export.

Réformer la loi électorale et le bicamérisme, et sans doute, dans la foulée, repartir pour de nouvelles élections. Censée stabiliser le paysage politique italien, la dernière réforme électorale qualifiée de « cochonnerie », a favorisé entre autres et au contraire, la multiplication de petits partis formant des coalitions instables. Enfin, le nombre trop élevé de parlementaires est à revoir, tout comme le bicamérisme, jugé invivable.

Et plus largement, au niveau international, réorienter l'Europe et discuter avec les partenaires de l'Union pour pouvoir revoir et assouplir les programmes d'austérité.