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29/07/2013

VIDEO: La chorégraphie des évêques aux JMJ de Rio 2013

14/06/2013

Écologistes les catholiques ?

écologie,pape,christianisme,mariage pour tous,écologie humaine,politiqueComment veulent-ils se réapproprier la politique et l'écologie ? Chronique.

 À Rome aussi, semaine après semaine, armés de bougies, de quelques chants et de témoignages, plusieurs dizaines de jeunes, français pour la plupart, se rassemblent pour s'opposer à la loi Taubira qui a légalisé le mariage gay dans l'Hexagone. « Nous sommes là pour défendre les plus faibles, c'est à dire ici le droit des enfants à avoir un père et une mère » expliquent-ils.

Issus du mouvement La manif pour tous qui secoue depuis octobre 2012 la politique française, les veilleurs comme ils se prénomment entendent donc défendre avec espérance, obstination, fermeté, mais de manière calme et pacifique (« dans les pas de Gandhi »), les valeurs qui leurs sont chères : celles de la famille « traditionnelle » (un père, une mère et des enfants), bien éloignées de la théorie du genre « qui fait de la nature sexuée un élément secondaire, voire insignifiant », de la société du relativisme « qui prétend que tout vaut tout », du « libéralisme absolu » qui ferait de l'homme un démiurge « capable aujourd'hui de choisir son identité sexuelle ou la date de sa mort ».

La loi désormais votée en France, ce mouvement La manif pour tous qui a rassemblé entre 340.000 et 1.400.000 personnes (selon les sources) dans les rues de Paris, craint cependant l’essoufflement, tente de se structurer sans se diviser, et d'élargir son propos pour présenter un projet clair, concret et global de société.

C'est ainsi que notamment derrière Tugdual Derville (cheville ouvrière du mouvement et délégué général d'Alliance VITA), beaucoup se retrouvent autour du terme de l'écologie humaine1.

Si Tugdual Derville rassemble bien au-delà des sphères chrétiennes, de nombreux catholiques soucieux de s'investir dans la société civile se retrouvent auprès de lui. Et l'écologie est bien ce terme que l'on entend de plus en plus chez ces catholiques qui, à leur manière, tentent de se le réapproprier.

À leur manière, car l'écologie portée par les partis écologistes d'Europe ne leur parait pas assez globale. C'est la question de ce divorce entre les chrétiens et les partis écologistes européens que se posait notamment le quotidien La Croix le 21 mai dernier. En fait, ce qui gêne les chrétiens, c'est le côté bien trop libertaire de ces mouvements politiques sur les questions de société, et donc notamment sur les questions de bioéthique.

« L'écologie c'est avant tout la conscience qu'il y a des limites à nos interventions sur la nature » expliquait dans La Croix l'essayiste Jean-Marie Pelt. « Cette prudence appliquée au vivant doit s'appliquer à fortiori à l'être humain. » Et, comme se le demandait la journaliste Emmanuelle Réju dans le même article, « pourquoi les parlementaires [écologistes] paraissent plus empressés d'appliquer le principe de précaution en matière... d'OGM qu'en matière de bioéthique » ? Laissons quant à nous volontairement ces questions ouvertes dans cette trop courte chronique.

Mais soulignons néanmoins que ce mouvement de « l'écologie humaine » tente à sa manière de pallier ce hiatus en revenant selon ses propres mots sur « ce qui fait l’essence de l’homme », pour « replacer l’homme et son humanité au cœur de la société, comme mesure de toute chose ».

Si, comme nous l'avons souligné, le mouvement se veut universel et ne se rattache directement à aucune église, on retrouve dans ce projet des échos de ce qu'ont pu dire les derniers papes. C'est ainsi qu'il y à peine plus d'une semaine, le pape François a repris ce terme « d'écologie humaine » en rappelant de manière très ferme à quel point il fallait « défendre la personne comme l'environnement ».

« Si quelqu'un meurt dans la rue, ce n'est pas une information. Si la bourse fléchit, c'est une tragédie »

Quand on relit le livre de la Genèse soulignait le pape, nous découvrons que Dieu nous confia la terre pour que nous la cultivions et la protégions. « Qu’est ce que cela signifie? » insista-t-il ? « Cultivons nous et protégeons-nous vraiment la nature, ou bien exploitons-nous et négligeons-nous la création? » « Cultiver et protéger est un ordre de Dieu valable dans le temps et applicable à chacun de nous. Cela fait partie de son projet qui est de faire grandir le monde dans la responsabilité, afin d’en faire un jardin, un espace vivable pour tous. L’homme est souvent dominé par la tendance à dominer, posséder, manipuler et exploiter, et non par le respect de la nature considérée comme un don gratuit. Ainsi perd-on le sens de la contemplation et de l’écoute de la création, ainsi oublie-t-on de cueillir ce que Benoît XVI appelle le rythme de l’histoire d’amour entre Dieu et l’homme. Ce défaut vient de ce qu’on pense et vit de façon horizontale, loin de Dieu et loin de ses signes ».

« Mais cultiver et protéger comprend aussi les rapports humains. Si la crise actuelle est largement liée à l’environnement, elle touche également l’homme. La personne est en danger et ceci justifie la priorité d’une écologie humaine. Ce danger est d’autant plus grave que sa cause est profonde. Il ne s’agit pas d’économie, mais d’éthique et d’anthropologie…même si tout est dominé par une économie et une finance démunies d’éthique qui sacrifient les personnes au profit et à la consommation. Il s’agit d’une culture du gaspillage et du rejet qui tend à devenir commune. La mode aujourd’hui c’est l’argent et la richesse, pas l’homme. C’est la dictature de l’argent. A l’inverse, la vie et la personne n’y sont plus considérées comme des valeurs primaires. Cette culture rend insensible jusqu’au gâchis alimentaire. La société de consommation nous a habitués à l’excès et au gaspillage des aliments, auxquels on finit par ne plus accorder de valeur. Et ceci va bien au-delà des simples paramètres économiques, car ces denrées sont en fait comme volées aux pauvres et aux affamés. Je vous invite donc à réfléchir sur cette problématique. Si une nuit d’hiver, tout près de cette place, quelqu’un meurt dans la rue, ce n’est pas une information », alors que si un réseau électronique saute c’est un drame! « Si la bourse fléchit de quelques points, c’est une tragédie, mais pas que des êtres humains soient rejetés comme on jette des ordures… Partout de par le monde il y a des enfants qui n’ont rien à manger et on fait comme si c’était normal. Il ne peut pas en être ainsi! Prenons tous l’engagement à respecter et protéger l’environnement et la création. Soyons attentifs à toute personne et luttons contre la culture du gaspillage et du rejet au profit d’une culture de la solidarité et du dialogue ».

Les paroles du pape qui ne cesse par ailleurs de pousser les catholiques à s'investir en politique sont très claires sur ses volontés.

Et si l'analyse politique a trop souvent dissocié de manière caricaturale les « progressistes en matière sociale et écologique» d'un côté, et les « conservateurs en matière de bioéthique » de l'autre, de la Place Saint-Pierre aux veilleurs, en passant par de nouveaux mouvements politiques, on sent de manière beaucoup plus médiatique qu'avant, que les choses changent et que beaucoup tentent de tracer un chemin nouveau. Il sera intéressant d'observer au-delà des vacances et de l'été comment se structureront ces mouvements liés à l'écologie humaine. Mais du côté de bien des catholiques en Europe occidentale, il est intéressant d'observer qu'il y a un retour vers un investissement plus affirmé et plus politique au sein de la société civile.

Bosco d'Otreppe

(@boscodo)

1Le courant Écologie HUMAINE sera lancé ce 22 juin (ecologiehumaine.eu)

28/05/2013

Beppe Grillo ne serait-il qu'une étoile filante politique ?

grillo.jpgLoin d'avoir apporté des solutions, son parti déçoit lors des élections municipales, alors que de manière générale la politique peine à égayer l'enthousiasme italien.

Février fut son triomphe, le mois de mai déjà sa première déroute ?

Souvenez-vous de Beppe Grillo, le fondateur et figure de proue du Mouvement 5 étoiles (M5S) qui, lors des élections générales du mois de février avait remporté à la stupeur générale 25% des suffrages. Ancien comique, inclassable sur le champ politique, champion de la harangue et des meetings animés, chantre de la démocratie directe, populiste aguerri, il se moque depuis des années des politiques, du « système », de l'Europe, et dénonce sans cesse la corruption italienne sur le thème du « tous pourris » mâtinés d'insultes. Partition qui lui convient bien, puisqu'avec la colère du peuple sur ses épaules, il sut rassembler déçus et mécontents de tous bords.

Pourtant, au moment de prendre ses responsabilités et de monter dans une majorité, il ne répondit pas aux appels du Parti Démocrate arrivé alors en tête, et s'amusa depuis les bancs de l'opposition à fustiger le gouvernement de large coalition, structuré autour du PD et du Parti de la Liberté pourtant ennemis de toujours (et respectivement de gauche et de droite).

L'opposition me permettra d'aiguiser mes armes, avait-il dû se dire en substance, alors qu'il promettait à l'Italie qu'il chamboulerait le système politique avec ses 163 députés désormais installés au sein de l'hémicycle. C'était cependant sans compter sur l’inexpérience de ces derniers, incapables de dessiner une réelle ligne politique, d'arbitrer des polémiques internes, et de gérer leurs rapports avec les médias.

Pour un parti qui dépend presque entièrement de son leader, les élections municipales de ce week-end s'affichaient donc comme un fameux test électoral... bel et bien raté en définitive : aucun des candidats estampillés M5S ne put se hisser au second tour d'une des 564 communes où se tenaient ses élections. De quoi hypothéquer sur son avenir ? Nul ne le sait encore, mais ce n'est pas ces résultats qui lui permettront de s'implanter durablement dans les terreaux locaux.

Politique vs Calcio

Ouf ! s'est écrié le Premier ministre Enrico Letta qui y a vu un plébiscite pour sa jeune majorité, et un revers pour l'opposition.

Pourtant, pour lui non plus tout n'est pas rose. Car si son parti le PD s'en sort bien (notamment à Rome ou il arrive en tête et pourrait reprendre la mairie), le grand gagnant de ces élections reste l'abstention. 38% des électeurs ne se sont pas présentés sur l'ensemble du territoire, et 47,2% d'entre eux dans la capitale (plus 25% par rapport à 2008).

Ces chiffres inquiétants, résument donc à eux seuls l'objectif de la classe politique italienne : renouer un dialogue de confiance avec les électeurs.

À Rome, journalistes et politiciens ont excusé et justifié cette désertion des urnes par la tenue dimanche du derby entre les deux clubs de la capitale, la Lazio et la Roma. Le mal est bien sûr plus profond. « La centralité du Calcio dans les années quatre-vingt» explique pour autant le docteur en science politique Hervé Rayner, « correspond [notamment] à la phase de déclin des passions politiques »1.

Au coeur de Rome, le Colisée incarne à lui seul la formule bien connue « du pain et des jeux », ce qu'est sans doute, à sa manière, la fougue théâtrale et populiste de Beppe Grillo, symptôme d'un grave désamour pour la politique en général.

Bosco d'Otreppe

 

1L'Italie, Paris, Le Cavalier Bleu, 2009, p. 73.