carnets du vatican
Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

09/01/2014

Les Carnets vous emmènent au coeur de l'Église

Un récit depuis Rome, quatre étapes, des reportages, des analyses, des témoignages, des portraits, des invités dont le volontaire Michel Onfray, la passionnante Marie-François Baslez ou le réfléchi Jean-Marc Ferry. LaLibre.be et Les Carnets du Vatican plongent au sein de l'Église pour vous faire comprendre le pourquoi et le comment de ses ambitions, car oui, l'Église veut vous reconquérir et vous le verrez, ce n'est pas une mince affaire. Qui est-elle? Que nous veut-elle? Suivez le guide...

DOpVAchRy18lNarVbDN-3JV9P9GFNx9Ka0a4fB7SFmw,SufW_2XmDJ2W40YAn8kc4tY1k7NnDPbpO3hQe-4hheM.jpg

Intro

Pourquoi l'Église veut vous reconquérir

Qui sommes-nous pour elle ?

Comment s'y prendra-t-elle ?

Avec qui le fera-t-elle ? (25 décembre)

 

Une série réalisée avec le soutien du Fonds pour le journalisme en Fédération Wallonie-Bruxelles

52b61bb73570105ef7d9ce6f.jpg

Photo : Olivier Terlinden (photonatureethumanite.com)

24/12/2013

Comment l'Église veut vous reconquérir

Comment, avec quel uniforme, quelles armes, quel sourire et quelles paroles la troupe des catholiques en marche compte-t-elle progresser ?
(Comment l'Église veut vous reconquérir. Retrouvez ici l'ensemble de notre dossier)

52b8322235701baedaa7c6cb.jpg

« Va, avance, surtout vers les yeux qui te regardent. Sois le virtuose du premier pas. Ton sourire te confère tous les droits. » Dans les méandres chauds de Marseille, le Père Zanotti se promène en soutane noire et bien cintrée, les souliers cirés et le visage net. Il fait partie de ces nombreux jeunes prêtres que l'on décrit comme le clergé ensoutané, ceux-là mêmes qui prônent une affirmation claire de soi et de la foi. Dans son livre « Au diable la tiédeur », il lance avec fougue de nombreux conseils à ses frères les prêtres, pour redorer les blasons des Églises. «  Choisis la classe, le style, jamais la mode. Et du panache, s'il te plait, comme en ont les saints ! »

Ces dernières décennies, l'Église a bien souvent préféré se faire discrète au sein du monde : tel le levain caché dans la pâte pour la faire monter. Une frange plus large aujourd'hui du jeune clergé occidental revient à l'affirmation visible de soi. Dans la rue, dans les cafés, sur les réseaux sociaux, les voici qui s'avancent fiers de porter le col romain. Comme pour tout, on peut avoir des évènements une double lecture. Si plusieurs défendent l'identité affirmée comme prémisse indispensable à toute rencontre, d'autres ont peur d'y lire une réelle crispation identitaire.

Quelles que soient les analyses, un nouveau vent d'évangélisation s'empare de l'Église aux côtés du Pape François. Les défis sont pourtant immenses et difficiles. Comment par exemple témoigner d'un message universel à une société particulière ? Rien que cette équation offre des cheveux gris aux plus grands vaticanistes. Mais le pape François donne l'impression de passer outre tous les consultants qui pourraient accourir aux portes de ses bureaux. « Avanti » lance-t-il enthousiaste et spontané, la bible sous les yeux, à une foule qui en redemande. « Allons aux périphéries, tournons-nous vers les plus démunis ». « Prêtres soyez des pasteurs pénétrés de l'odeur de vos brebis ».

Car la question du comment évangéliser est très pratique finalement. Le croyant doit replonger les mains dans le cambouis du monde semble dire le pape, se frotter à la réalité avec sa vie en étendard. Être chrétien, ce n'est en effet pas être le porte-parole d'une philosophie ou d'une doctrine. « C'est un mode de vie qui couvre l'existence de A à Z » explique un prêtre. Et si croire est une joie, alors croyants « soyez joyeux » a souvent répété le pape. Ne vous laissez pas aller à la « mélancolie », sous peine d'arborer une triste « face de piment au vinaigre ».

La liberté comme balise, la vérité comme fanion, la raison comme compagne

52b81f4e35701baedaa7b530.gif

Malgré tout, l'évangélisation trouve d'abord sa source dans la prière. S'il y a autant de façon d'évangéliser qu'il y a de croyants, « la base universelle est la prière » nous explique le philosophe Martin Steffens, « tout comme le but ultime est la rencontre avec le Christ ». « Et n'oublions surtout pas que nous sommes dans une logique du partage, et non pas dans l'imposition d'une idée. » « Évangéliser, avant tout prosélytisme, c'est mettre l'évangile à la portée de tous » explique le Père et sociologue Nicolas de Brémond d'Ars.

Quoi qu'ait pu faire l'Église au cours de son histoire, « la liberté est une valeur non négociable si nous voulons que l'évangélisation soit véritable ». « De même que le Christ a voulu nous rendre libres, ne cherchons jamais à imposer quoi que ce soit » insiste Anne-Laure, jeune croyante.

« Pour autant, vient aussi un moment délicat où il faut affirmer clairement qu'être chrétien ce n'est pas qu'être gentil, mais que c'est un chemin au cours duquel nous sommes amenés à rencontrer le Christ qui est La Vérité » continue Martin Steffens. « Il y a toujours ce moment du ou bien, ou bien. Vais-je suivre le Christ jusqu'au bout ? Accepter qu'il soit cette Vérité ? C'est le moment où je dois choisir, et où intervient la foi en Dieu et en l'Église. »

Comme la foi nourrit la raison, la raison doit nourrir la foi précise en substance le Père Jacquinet membre du conseil pontifical pour les laïcs. L'un ne va pas sans l'autre, et trop d'expériences d'évangélisation oublient l'un de ces deux piliers.

L'Esprit-Saint, l'accordeur de conscience

Sans que la vie soit un amas d'interdits (au contraire, le grand commandement qui se trouvait dans la besace du Christ était positif : aimez-vous les uns les autres), être catholique, nous en parlions plus haut, c'est d'abord agir en tant que catholique. De la librairie au restaurant, en passant par la machine à café. À travers son travail, sa famille, sa vie quotidienne et la vie qu'il mène, le croyant est donc appelé à « sanctifier » le monde. C'est à dire à tout faire selon les volontés de Dieu pour annoncer ce dernier, et contribuer à rendre, selon son point de vue, notre terre plus joyeuse.

Vous en conviendrez, la mission n'est pas simple, et demande une humilité exemplaire face à son propre intérêt, face à son orgueil et son égoïsme, face aux volontés de Dieu et face à la liberté de l'Autre, valeur capitale et essentielle que le catholique, pour agir en cohérence, se doit de respecter (répétons-le).

Mais soulignons-le aussi, il n'est pas seul le chevalier catholique. Il tient dans son cœur un allié de poids : l'incontournable Esprit Saint. L'Esprit Saint, c'est ce don de Dieu qui se donne à lui, pour qu'il puisse accorder son intelligence avec la volonté divine. En d'autres mots, c'est l'Esprit Saint qui éclaire l'homme à travers sa conscience, et lui fait comprendre ce que Dieu veut de et pour lui.

Au croyant dès lors, par son intelligence, par l'écoute de soi, de son ressenti, de se mettre avec humilité au diapason de sa conscience. « Aime, même avec maladresse, mais aime » recommanderait le Père Zanotti à Marseille. Il suffit souvent de quelques mots pour résumer les évangiles, et parler de l'évangélisation.

 Bosco d'Otreppe à Rome

Une série réalisée avec le soutien du Fonds pour le journalisme en Fédération Wallonie-Bruxelles

52b61bb73570105ef7d9ce6f.jpg

Retrouvez ici l'ensemble de notre série

Photo 2 : Olivier Terlinden (photonatureethumanite.com)

Une comm' qui a deux mille ans

Historienne, Marie-François Baslez retrouve dans l'évangélisation d'aujourd'hui ce qui a fait le succès des chrétiens lors des premiers siècles.

(Comment l'Église veut vous reconquérir. Retrouvez ici l'ensemble de notre dossier)

52b854bd3570105ef7daf769.jpg

Sans doute une des périodes les plus fascinantes et les plus décisives de l'histoire occidentale est-elle celle du IVe siècle, autour du mois fatidique de février 313. Ces semaines-là, Constantin décide de promulguer son fameux édit de Milan, accorde à tous la liberté religieuse et permet surtout au christianisme de sortir de l'illégalité et de s'organiser avec l'appui du pouvoir (il est devenu la religion de l'empereur) pour conquérir l'Empire. L'Occident, le monde et son histoire jusqu'à nos jours s'en trouveront fondamentalement bouleversés.

Cependant, comme nous l'explique Marie François Baslez, « les chrétiens ne sont pas arrivés les mains vides », tout ne s'est pas joué en 313. Au fil des premiers siècles, ils se sont forgé une crédibilité pour s'imposer aux yeux de Constantin. « C'est au IIIe siècle qu'ils gagnent vraiment en visibilité. À l'époque, ils sont de plus en plus nombreux, et l'aide sociale qu'ils organisent envers les malades et les plus démunis devient extra-communautaire. C'est très nouveau à l'époque. Leurs réseaux entre des pôles et des cités évangélisées sont de plus en plus variés, et la communication qu'ils mettent en place est très organisée ».

Pour Marie-François Baslez d'ailleurs, la communication des catholiques a traversé les siècles. « Sans téléphone, sans les médias actuels, la communication s'organisait par réseaux. Ces derniers sont variés, hiérarchisés et s'insèrent dans les structures de la société comme l'avait déjà conseillé St Paul. On y retrouve des notables des villes aussi bien que des habitants de la campagne. La transmission des idées se passe par l'oral, mais principalement par l'écrit. Ainsi, ce sont les premiers chrétiens qui ont transformé nos livres, les ont miniaturisé. Avec eux, nous sommes passés des rouleaux aux codex qui ont donné le format de nos livres modernes. Les épitres sont nombreuses, certaines lettres sont codées, nous avons des traces d'un crypto-christianisme. Et puis il y a un travail archivistique impressionnant qui permet de conserver toutes les lettres de St Paul par exemple. »

Aujourd'hui donc, alors que la pratique religieuse est redevenue minoritaire, on retrouve chez les catholiques ce qui a fait la popularité des chrétiens dans l'antiquité conclut Marie-François Baslez : « une communication appuyée, une commensalité régulière (le fait de s'attabler pour discuter), et une aide sociale universelle et très développée ».

Entretien Bosco d'Otreppe

52b8545b3570105ef7daf75c.gif

 

Marie-François Baslez est historienne, professeur d’histoire grecque à l’université de Paris IV-Sorbonne. Son livre Comment notre monde est devenu chrétien (Points, 2010) a été salué par la critique et considéré comme un ouvrage de synthèse indispensable pour approcher cette période de notre histoire.








Une série réalisée avec le soutien du Fonds pour le journalisme en Fédération Wallonie-Bruxelles

52b61bb73570105ef7d9ce6f.jpg