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07/03/2013

Rome s'endort-elle ?

5397276.jpgContrairement aux pronostics de beaucoup et à la volonté de certains, les cardinaux prennent leur temps avant de lancer le conclave. Accorder tous les violons n'est pas chose aisée.

Ne vous en faites pas, les cardinaux n'ont pas oublié qu'ils devaient élire leur nouveau Pape. Au grand dam des milliers de journalistes arrivés ici à Rome (on en compte en 4000 et 6000), ils ont décidé simplement de prendre leur temps, geste très significatif quant à l'état de l'Église.

Depuis lundi comme nous vous l'annoncions ici, les cardinaux se sont réunis en Congrégations générales. Ils discutent donc entre eux de l'avenir de l'Église et de l'état du monde, le but étant de dresser le profil idéal du futur Pape. Beaucoup avant ces quelques jours bien particuliers ne se connaissaient pas, et ce sont bien souvent ces derniers qui tiennent à prendre leur temps.

La plupart des cardinaux romains, ceux qui travaillent à la Curie souhaitaient que les choses avancent vite, sans doute, notamment, pour favoriser l'émergence de l'un des leurs déjà dans la place. Les autres cardinaux quant à eux, ont atterri à Rome amenant dans leur bagage ce qui se vit dans leurs pays, témoignant des situations et des contextes multiples que doivent affronter les Églises locales. Ceux-ci pour la plupart découvrent donc leurs confrères, des réalités inconnues jusqu'alors, et surtout des collègues qui n'envisagent pas du tout les choses comme eux. C'est un des défauts de l'organisation très centralisée de l'Église aujourd’hui : elle n'a pas assez réuni ses cardinaux, ignore ce que leur institution vit réellement sur les autres continents et, au moment fatidique, met parfois beaucoup de temps à s'accorder sur les voies à suivre.

Soucieux donc d'honorer la responsabilité qui leur incombe, les cardinaux, contrairement aux pronostics des journalistes, n'ont pas précipité l'entrée en conclave. « Nous prendrons le temps qu'il faudra. C'est la décision la plus importante de notre vie. Plus longues seront les négociations, meilleur sera le conclave » affirmait début de semaine le cardinal américain Sean O'Malley alors que son collègue Daniel Nicholas DiNardo précisait que « les cardinaux doivent disposer de tout le temps nécessaire pour construire leur jugement sur le fond ».

Patience, prière, écoute et discrétion sont donc les mots d'ordre que se partagent les prélats. Les cardinaux américains qui tenaient jusque mardi des conférences de presse quotidiennes ont été rappelés à l'ordre par leurs confrères. La culture de la communication n'est décidément pas la même en Europe et aux États-Unis, et l'Église malgré la diversité de son unité, préfère ne parler que d'une seule voix au monde. Seul le Père Lombardi peut donc convier quotidiennement les journalistes pour leur offrir une petite conférence officielle et bien préparée. Pour le reste, les journaux se contentent de leurs propres analyses et des bruits de couloirs. Si ce ne sont certains qui se laissent parfois aller en off à quelques confidences, les cardinaux, soucieux de leur indépendance et de la sérénité des débats internes demeurent discrets.

Dans la chapelle Sixtine les travaux se préparent pour accueillir le conclave dont la date d'ouverture devrait tout de même être annoncée ce jeudi ou ce vendredi. Dans les rues de la capitale italienne, les Romains aiment regarder les cardinaux de tous les pays se promener dans leurs rues. Parfois poursuivis par une meute de caméras ils restent mutiques, avançant doucement les mains derrière le dos. « Regarde, lui il connaitra les secrets du conclave, il va élire le Pape » souffle un père à l'oreille de son fils. « Et ce sera peut-être le nouveau Benoit XVI » ose même ce dernier très intrigué.

À Rome, Bosco d'Otreppe

 

04/03/2013

Une semaine de chuchotements

tarcisio_bertone1.jpgArticle écrit pour la Dernière Heure de ce lundi 4 mars

La semaine qui s'annonce au Vatican sera celle des chuchotements et des confidences discrètes. Avant de commencer le conclave en tant que tel (période durant laquelle les cardinaux électeurs élisent leur Pape et sont enfermés sans le moindre contact avec le monde extérieur), débute dès ce lundi la période des Congrégations générales que sont les assemblées des cardinaux.

 En fait, si certains cardinaux résident à Rome à plein temps, beaucoup d'entre eux habitent à l'étranger. Ils arrivent donc tous au Vatican et doivent discuter avec leurs confrères pour prendre le pouls de ce qui se vit au Saint-Siège, mais aussi sur les autres continents. Rappelons que l'Église compte plus d'un milliard de fidèles à travers le monde, et que pour maintenir son unité il lui est capital de prendre en compte la diversité des réalités.

 Cette semaine de préparation au conclave est aussi importante que difficile pour préparer le choix du nouveau Pape. Les cardinaux ne se connaissent pas tous, et des dossiers très sensibles tout comme des intérêts très différents entrent en jeux. Ils devront évoquer la réorganisation de la Curie, le problème des vocations, la représentation au Saint-Siège des continents émergents... Cette année les choses seront d'autant plus compliquées que pour de nombreux spécialistes, Benoit XVI n'a pas assez réuni les cardinaux pour qu'ils puissent évoquer régulièrement l'évolution de l'Église.

Une des premières décisions que prendront ces prélats sera la date du début du conclave. Normalement il a lieu entre 15 et 20 jours après le départ du précédent Pape, mais il pourrait être avancé cette année. En attendant, les affaires courantes sont gérées par le Cardinal Bertone, épaulé par trois cardinaux qui sont tirés au sort tous les trois jours.

Ce qui se passe entre les murs du Vatican reste très secret. L'Église veut éviter autant que possible les pressions extérieures. Quand on pense aux enjeux mondiaux qui se présentent à elles, on réalise le travail qui l'attend et les compromis difficiles qu'elle devra trouver avant de se choisir un nouveau Souverain.

BdO

 

06:34 Publié dans Coulisses, Religion | Lien permanent | Commentaires (0) | | |

27/02/2013

Avec émotion, le Pape a salué son Église

Pape8 heures. Place Saint-Pierre, tout est déjà presque au point. De la foule qui, de toutes les rues, converge vers le Vatican, les premiers BE-NE-DE-TTO fusent comme les premiers chants. Les pancartes de soutien au Pape, les drapeaux sur les épaules des pèlerins sont prêts à se déployer. Aux abords de la place et de la Via della Conciliazione, les services d'ordre veillent au grain et filtrent la foule. Plus loin, les secouristes ont déjà installé leur matériel. II fait beau, le ciel est bleu, le soleil printanier presque chaud. Les journalistes arrivés en masse filment, interrogent, écrivent, enregistrent. La journée ici à Rome s'annonce très particulière.

10 heures. Du haut du perron de Saint-Pierre des prêtres égrènent en toutes les langues le nom des délégations venues de tous les pays qui leur répondent par de grands saluts. L'ambiance monte, mais la foule reste disciplinée. Beaucoup prient, certains groupes entonnent des chants. On se demande où est le Pape en ce moment, tout le monde l'attend. On se demande s'il écoute ces clameurs tel un chanteur qui va entrer en scène. C'est très étrange d'imaginer un aussi vieil homme devoir affronter une telle foule. Benoit XVI n'est pas une rock star, sûrement doit-il remercier et confier tout cela à son Dieu.

10h40. Soutenu par une fervente clameur et par les accords d'un orgue solennel, le Pape apparait Place Saint-Pierre dans sa papa-mobile. Dans l'assemblée de plus de 100.000 personnes, au-dessus des têtes, les appareils photos, les portables, les foulards, les drapeaux, les enfants sur les épaules de leurs parents se disputent la meilleure vue.

"Je suis vraiment ému et je vois l'Eglise vivante", s'élance alors le Pape interrompu par de nombreux applaudissements. "Dieu ne laissera pas couler son Eglise", ajoute-t-il en faisant allusion aux "eaux agitées" qui ont bousculé son pontificat. Très conscient de la "gravité" et de la "nouveauté" du geste qu'il a posé, Benoît XVI assure aux catholiques qu'il restera proche d'eux par la prière et qu'il continuera de servir son Église à sa façon.

"Chers amis, j’ai mené également l’Eglise dans des moments difficiles, ne perdons jamais notre foi qui est la chose la plus importante dans le chemin de l’Eglise. Soyons mus par la certitude que le Seigneur est avec nous, qu’il ne nous abandonne pas et nous témoigne de son amour. Je vous remercie" a conclu le Pape largement acclamé.

12h00. Debout dans sa papa-mobile, le Pape prend congé de la place alors que le foule l'applaudit encore longuement avant de se disséminer dans les rues de Rome.

Ce matin au Vatican, on aura ressenti un grand "merci" monter vers Benoît XVI. Avérées ou non, les catholiques ont été tout de même fort troublés par les rumeurs de scandales qui ont essaimé dans la presse ces derniers jours et qui touchaient leur religion. Ici ils comptaient montrer leur compréhension face au geste posé par le Pape, et leur soutien à ce dernier. "Notre Église est autre chose que ces scandales, ou qu'une institution accrochée au pouvoir" nous explique un pèlerin francophone. "Le Pape nous a montré que nous ne devions pas être un surhomme pour être un bon chrétien, mais que Dieu nous aimait dans nos faiblesses. Il nous a rapproché de l'Église."

"Merci", "nous sommes avec toi", "tu nous manqueras", voici ce que les catholiques présents ce matin Place Saint-Pierre ont souhaité dire à leur Pape pour l'accompagner dans ses derniers jours de pontificat.

Bosco d'Otreppe