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08/03/2013

Le conclave de toutes les inconnues

7758148634_la-reunion-des-cardinaux-electeurs-commencera-dans-un-delai-de-15-a-20-jours.jpgLes réunions entre cardinaux organisées depuis une semaine n'ont pas aidé les observateurs. Les prélats sont restés mystérieux, qui osera encore citer un favori ? Analyse.

 C'est noté ! Le conclave, période ô combien importante pour l'Église débutera ce mardi 12 mars. Après avoir discuté de l'état de leur institution et du monde pendant une semaine, les 115 cardinaux électeurs présents à Rome s'enfermeront dans la chapelle Sixtine pour donner à l'Église un nouveau visage, un nouveau regard et par là une nouvelle politique.

Mais que sera-t-elle cette politique ? Qui sera le nouveau Pape ? Sur quel visage les cardinaux s'accorderont-ils avec l'aide du Saint-Esprit ? À voir nos têtes de journalistes bien incrédules à la sortie de la salle de presse, personne n'ose plus pronostiquer quoi que ce soit avec certitude. À en croire les vieux routards du Vatican, rarement un conclave s'est annoncé si ouvert, rarement une semaine de pré-conclave aura été aussi énigmatique. Alors, tentons d'y voir plus clair.

De quoi ont parlé les cardinaux ?

De tout ce qui touche à leur institution : la nouvelle évangélisation, la place de la femme, la place de l'Église dans le monde et bien sûr l'organisation de la Curie.

Les cardinaux venus des quatre coins du monde auraient souhaité avoir beaucoup de détails sur le fonctionnement de cet organe romain qui aide et encadre le travail du Pape. Rappelons que ces dernières années l'organisation même de la curie a été souvent critiquée. Beaucoup la jugent trop centralisée à Rome, ignorant les réalités que vivent les églises locales réparties sur l'ensemble des continents. Beaucoup regrettent aussi sa coordination qui manque d'efficacité et le pouvoir trop important confié au secrétaire d'État (le bras droit du pape), alors qu'aucun « conseil des ministres » n'est réellement constitué par un collège de cardinaux.

Rappelons aussi que le scandale Vatileaks de fuites de documents secrets de Benoît XVI a lourdement pesé sur l'atmosphère des rencontres. Cette affaire témoignant indirectement de la gouvernance romaine a incité de nombreux cardinaux à vouloir savoir précisément et réellement ce qui s'était passé. Les trois cardinaux surnommés les 007 qui avaient été dépêchés par le Pape pour enquêter sur cette affaire n'ont pas pu livrer l'entièreté de leurs conclusions à l'ensemble des électeurs (celles-ci sont réservées à Benoit XVI et au prochain Pape), ce qui en a déçu beaucoup.

Y a-t-il des clans ?

Sur ce point d'organisation interne quelques observateurs auraient décelé une lutte qui serait née entre les Italiens et les autres cardinaux menés par les Allemands et les Américains. C'est sans doute en partie vrai. Rappelons qu'au sein de la curie ces cardinaux italiens bénéficient d'un poids et donc d'un pouvoir considérable qu'ils ne voudraient voir s'effriter trop facilement par une nouvelle organisation plus « horizontale », comme l'a demandé avec une franchise étonnante le cardinal allemand Walter Kasper dans le quotidien la Repubblica.

Il ne faut surtout pas oublier cependant que le conclave ne se jouera pas exclusivement sur ce dossier aussi important soit-il cette année. La place de l'Église dans le monde, la nouvelle évangélisation, la gestion des scandales de pédophilie, le dialogue avec la modernité... seront d'autres points importants. Concernant ces sujets, on ne distingue plus comme lors des derniers conclaves un bloc de « progressistes » face à un bloc de « conservateurs ». Plus de la moitié des cardinaux ont été nommés par Benoit XVI et sont fidèles à sa doctrine. L'ensemble du collège est donc assez homogène.

Y a-t-il un réel favori ?

Non. Aucun nom ne récolterait pour l'instant les 77 voix indispensables à une élection. Certains citent Angelo Scola qui, pourtant italien, serait favorable à un changement de gouvernance au sein de la curie. Les tenants d'un statu quo miseraient paradoxalement sur le Brésilien Odilo Scherer qui serait épaulé par un secrétaire d'État... italien.

Pour autant, au-delà de ce qui reste des spéculations, cette élection s'annonce très ouverte. En 2005 Benoit XVI s'était très vite détaché, aujourd'hui, beaucoup parient sur un outsider qui pourrait réconcilier tout le monde.

Ce qui est certain c'est qu'il devra être « énergique et vigoureux » comme a demandé Benoit XVI, polyglotte, et qu'homme de foi, il soit capable de la « communiquer au monde ».

Citons en vrac Tagle, Ouellet, Sarah ou Erdö, mais sachons qu'à Rome la liste des papabile évolue sans cesse alors que les analyses se modifient et se tempèrent souvent. Seuls les cardinaux qui, poursuivis ou non par les journalistes s'échappent le soir dans les rues de Rome, connaissent de l'intérieur cette unique réalité qu'est la préparation d'un conclave.

À Rome, Bosco d'Otreppe

 

Plongée dans le secret d'un conclave

La-date-du-conclave-peut-elle-etre-avancee_article_popin.jpgPlace Saint-Pierre, le peuple catholique attend la fumée blanche. Pendant ce temps, dans le secret de la chapelle Sixtine des hommes prient et votent loin de tous et de tout...

Scénario fictif pour comprendre de l'intérieur une telle élection.

Brièvement le cardinal lève les yeux au ciel. Cela fait deux jours maintenant qu'il passe une bonne partie de ses journées dans la chapelle Sixtine, mais il ne peut se lasser d'observer cette voute que Michel-Ange mit 849 jours à peindre tout seul.

Lui, le cardinal, n'est pas tout seul dans cette chapelle. Et malgré la beauté du lieu, il ose espérer que ce conclave ne sera pas aussi long que le labeur de Michel-Ange. Car si cette période, qui amène à l'élection d'un nouveau pape, est bien mystérieuse vue de l'extérieur, pour lui comme pour ses 114 confrères, elle demeure une épreuve bien fatigante.

Volets fermés et ondes gsm brouillées

Cela fait deux jours également qu'on lui a montré sa chambre dans la Maison Sainte-Marthe construite sous Jean-Paul II. C'est là que le soir, après les quatre scrutins qui ont ponctué la journée, il rentre manger, discuter, prier et se reposer.

La maison Sainte-Marthe est au sud de la Basilique Saint-Pierre, alors que la chapelle Sixtine est au nord de celle-ci. La distance n'est pas bien grande, mais pas question de s'y rendre à pied. Des véhicules aux vitres teintées organisent les trajets. Même si, en ces jours, le Vatican est presque vide de tous ses habitants, il s'agit de ne croiser aucun regard. Dans les humbles appartements que l'on a mis à sa disposition, ainsi qu'à celle de ses collègues d'ailleurs, s'il bénéficie d'une petite salle de bain individuelle, d'un lit, d'un bureau, d'un crucifix et d'une horloge, pas question de profiter de la vue depuis la fenêtre. Les volets resteront fermés jour et nuit. Aucun contact avec le monde extérieur n'est décidément toléré, même les ondes GSM et les réseaux Wifi ont été brouillés, les autorités du Saint-Siège craignant des tentatives d'espionnage.

Ces sévères conditions témoignent à elles seules de l'origine du mot conclave, qui provient du latin cum clavis ("avec une clé"). Cette tradition date de 1274 lorsque les cardinaux de l'époque, après plusieurs années de discussions, ne parvenaient à se mettre d'accord pour élire leur nouveau pape. Le prince de Viturbes (petite ville où se tenaient les pourparlers) décida alors de les emmurer tant qu'un accord ne serait trouvé. Les cardinaux s'activèrent bien plus concrètement, vous l'imaginez... Mais ce sévère cloisonnement témoigne aussi des très nombreuses pressions politiques qui, au court des siècles, ont jalonné l'histoire de la papauté. L'Église, aujourd'hui, tient à son indépendance.

Ce soir, dans la petite maison Sainte-Marthe, lorsqu'il se réunira avec ses confrères autour du repas servi par quelques cuisiniers, les discussions iront bon train. En effet, quelques personnes de confiance et indispensables au bon déroulement des opérations suivent le conclave des cardinaux, telles que des cuisiniers, des médecins et des cérémoniaires. Si l'élection d'un pape se joue énormément au fil des nombreux conciliabules et discussions, tout se décide lors de ces fameuses séances de vote.

Quatre scrutins par jour

Les scrutins se déroulent donc dans une chapelle Sixtine fermée, gardée et protégée extérieurement par de vigoureux gardes suisses. À l'intérieur, tous les cardinaux de moins de 80 ans, après une messe d'entrée en conclave et une procession où ils ont invoqué l'Esprit Saint, jurent une main sur la Bible de s'engager à rester indépendants de toute ingérence extérieure, et à garder le secret sur tout ce qui va se passer d'ici la fameuse fumée blanche. Une fois que tous ont prêté serment, après une prière à la Vierge, peuvent commencer les scrutins.

Les scrutins, il y en a deux le matin et deux l'après-midi. Sur des bulletins secrets, chaque cardinal inscrit le nom de son favori pour le trône de Saint Pierre avant de les déposer dans l'urne prévue à cet effet. Une fois tous les billets recueillis, trois scrutateurs tirés au sort dépouillent les bulletins, égrainant à haute voix les noms choisis par les cardinaux. Ensuite, trois autres réviseurs refont tous les comptes. Si un cardinal obtient deux tiers des voix, il est élu, si ce n'est pas le cas, on refait un scrutin. Quoi qu'il en soit, après chaque vote, l'ensemble des billets est brulé dans un poêle installé pour l'occasion (voir photo AFP ci-dessous), et qui crache sa fumée dans le ciel de la Place Saint-Pierre sur laquelle des dizaines de milliers de catholiques attendent déjà leur nouveau pape. Si la fumée est blanche, c'est la délivrance, si la fumée est noire c'est que rien n'est encore décidé. Au cours de l'histoire, les cardinaux se servaient de foin mouillé ou sec en fonction de la couleur qu'ils voulaient donner à leur fumée. Aujourd'hui, des fumigènes rendent les volutes bien plus distinctes.

Des scrutins, il peut y en avoir à l'infini. Dès le cinquième jour, cependant, des temps de prière cassent le rythme effréné du décompte des voix, et dès le treizième jour, les cardinaux ne peuvent plus choisir qu'entre les deux seuls noms qui ont obtenu le pus grand nombre de votes favorables.

On prie et on vote

"Lors du pré-conclave on se rencontre et on discute", énonce une vieille formule, lors du conclave en lui-même "on prie et on vote". Et c'est vrai que lors de ces quelques jours d'élection, tout est tourné vers Dieu, tout est extrêmement codifié, tout est rituel. Le but pour les cardinaux, portés par la prière du peuple catholique, est d'accueillir dans le secret de leur cœur le Saint-Esprit qui demeure pour eux "L'esprit de Vérité" capable de les guider et de les éclairer dans leur choix.

"Habemus Papam"

"Acceptes-tu ton élection canonique Souverain Pontife ?" La phrase prononcée en latin par le cardinal Re qui préside le conclave surprend notre pauvre cardinal qui s'était abimé dans la contemplation des fresques, et avait oublié d'écouter ce qui se passait. Pourtant tout le monde le regarde amicalement. Il a été choisi pour succéder à Benoit XVI. "Oui oui bien sûr", répond-il spontanément en cherchant dans sa tête son nouveau nom de pape.

Place Saint-Pierre la fumée blanche réveille les pèlerins, les cloches de la basilique résonnent dans Rome. Notre nouveau Pape choisit une soutane blanche, prie et remercie ses confrères qui viennent s'agenouiller devant lui.

"Habemus Papam", annonce le cardinal Tauran à une foule en liesse depuis le balcon de la Basilique. Il reste à note nouveau pape quelques minutes avant d’apparaitre au monde. "Fichtre... mon Dieu m'a encore surpris", se dit-il un peu ému, mais joyeux tout de même.

 

À Rome, Bosco d'Otreppe

07/03/2013

Rome s'endort-elle ?

5397276.jpgContrairement aux pronostics de beaucoup et à la volonté de certains, les cardinaux prennent leur temps avant de lancer le conclave. Accorder tous les violons n'est pas chose aisée.

Ne vous en faites pas, les cardinaux n'ont pas oublié qu'ils devaient élire leur nouveau Pape. Au grand dam des milliers de journalistes arrivés ici à Rome (on en compte en 4000 et 6000), ils ont décidé simplement de prendre leur temps, geste très significatif quant à l'état de l'Église.

Depuis lundi comme nous vous l'annoncions ici, les cardinaux se sont réunis en Congrégations générales. Ils discutent donc entre eux de l'avenir de l'Église et de l'état du monde, le but étant de dresser le profil idéal du futur Pape. Beaucoup avant ces quelques jours bien particuliers ne se connaissaient pas, et ce sont bien souvent ces derniers qui tiennent à prendre leur temps.

La plupart des cardinaux romains, ceux qui travaillent à la Curie souhaitaient que les choses avancent vite, sans doute, notamment, pour favoriser l'émergence de l'un des leurs déjà dans la place. Les autres cardinaux quant à eux, ont atterri à Rome amenant dans leur bagage ce qui se vit dans leurs pays, témoignant des situations et des contextes multiples que doivent affronter les Églises locales. Ceux-ci pour la plupart découvrent donc leurs confrères, des réalités inconnues jusqu'alors, et surtout des collègues qui n'envisagent pas du tout les choses comme eux. C'est un des défauts de l'organisation très centralisée de l'Église aujourd’hui : elle n'a pas assez réuni ses cardinaux, ignore ce que leur institution vit réellement sur les autres continents et, au moment fatidique, met parfois beaucoup de temps à s'accorder sur les voies à suivre.

Soucieux donc d'honorer la responsabilité qui leur incombe, les cardinaux, contrairement aux pronostics des journalistes, n'ont pas précipité l'entrée en conclave. « Nous prendrons le temps qu'il faudra. C'est la décision la plus importante de notre vie. Plus longues seront les négociations, meilleur sera le conclave » affirmait début de semaine le cardinal américain Sean O'Malley alors que son collègue Daniel Nicholas DiNardo précisait que « les cardinaux doivent disposer de tout le temps nécessaire pour construire leur jugement sur le fond ».

Patience, prière, écoute et discrétion sont donc les mots d'ordre que se partagent les prélats. Les cardinaux américains qui tenaient jusque mardi des conférences de presse quotidiennes ont été rappelés à l'ordre par leurs confrères. La culture de la communication n'est décidément pas la même en Europe et aux États-Unis, et l'Église malgré la diversité de son unité, préfère ne parler que d'une seule voix au monde. Seul le Père Lombardi peut donc convier quotidiennement les journalistes pour leur offrir une petite conférence officielle et bien préparée. Pour le reste, les journaux se contentent de leurs propres analyses et des bruits de couloirs. Si ce ne sont certains qui se laissent parfois aller en off à quelques confidences, les cardinaux, soucieux de leur indépendance et de la sérénité des débats internes demeurent discrets.

Dans la chapelle Sixtine les travaux se préparent pour accueillir le conclave dont la date d'ouverture devrait tout de même être annoncée ce jeudi ou ce vendredi. Dans les rues de la capitale italienne, les Romains aiment regarder les cardinaux de tous les pays se promener dans leurs rues. Parfois poursuivis par une meute de caméras ils restent mutiques, avançant doucement les mains derrière le dos. « Regarde, lui il connaitra les secrets du conclave, il va élire le Pape » souffle un père à l'oreille de son fils. « Et ce sera peut-être le nouveau Benoit XVI » ose même ce dernier très intrigué.

À Rome, Bosco d'Otreppe