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20/05/2013

Les faces de piment du pape Francesco

photo radio vaticanFrancesco, son pontificat, son œuvre, ses mots, vous connaissez ? Au Vatican, sur la place Saint-Pierre et dans les couloirs du plus petit État du monde, on les découvre chaque jour avec stupéfaction. Le chrétien est un homme ou une femme de « joie » rappelait-il ainsi le 10 mai à la foule, qui ne peut vivre « mélancolique », sous peine d'arborer une triste « face de piment au vinaigre ». Bigre... vous voilà prévenus.

Aah le pape François... voici déjà un peu plus de deux mois maintenant qu'il comble ses fidèles de paroles spontanées mais précises, à un rythme effréné, qu'il persiste (diantre) à faire languir de stress les membres de la curie, et qu'il ne cesse (toujours pas) de surprendre les journalistes. 

Et si aujourd’hui on devait s'exercer à caractériser son pontificat, que retiendrait-on? Et bien, nous nous emparerions de trois mots - suspens, périphérie et ambition, et d'un fil rouge très clair pour les arrimer ensemble - la miséricorde. Peu original me direz-vous? Pas certain.

Suspens

À Rome, pour gouverner et organiser le Saint-Siège et son Église, il y a la célèbre curie : un assemblage de ministères, habités de nombreux clercs et laïcs, accrochés pour certains aux enjeux politiques et personnels, mais pour d'autres à un dévouement sincère pour leur Église. Simplement, l'organisation institutionnelle de cette curie date en gros du pape Paul VI, et si la machinerie n'est pas à rejeter entièrement, elle se montre digne par bien des aspects logistiques des plus belles modes vintages.

Le pape sait qu'il faut la régénérer, mais personne ne connait ses volontés ou ambitions concrètes. Lui qui vient d'Argentine, qui maitrise plus l'église de terrain que l'église bureaucratique, a nommé 8 cardinaux issus de différents continents pour lui soumettre un rapport en octobre. Sans doute est-ce seulement à ce moment-là qu'il nommera de nouvelles personnalités à des postes clés, et qu'il engagera une grande réforme organisationnelle.

Du coup, et c'est compréhensible, dès qu'il parle de la curie ou de l'IOR (la banque locale), un vent de panique s'empare des ruelles du Vatican. D'autant que François, fidèle à son vocabulaire direct, n'y va pas par quatre chemins pour fustiger les appétits, l'orgueil, les jalousies dans l'Église, et que ses mots sont sans cesse interprétés. Ainsi, lorsqu'il critique la bureaucratie, ou qu'il rappelle qu'une institution comme l'IOR n'est pas le plus important dans l'Église, beaucoup s'interrogent sur ses intentions ultimes, et accueillent ces phrases avec scepticisme. Veut-il faire disparaitre l'IOR ? Le Pape François a-t-il toujours le sens des réalités vaticanes ? Une Église peut-elle se permettre d'être pauvre ? Et que cela veut-il dire concrètement ? Autant de questions qui n'empêchent pas de remarquer avec étonnement que les transcriptions des homélies quotidiennes et bien souvent spontanées du pape ne sont pas toujours retranscrites de la même façon sur Radio Vatican, ou dans les pages de l'Osservatore Romano, pourtant deux médias liés au Vatican.

Maintenir le suspens n'est pas du tout le but du pape, ni sa marque de fabrique d'ailleurs. Mais ce suspens est palpable, à tel point que tout le monde se demande encore avec qui, comment et jusqu'où ira le pontificat de ce pape qui refuse toujours d'emménager dans les appartements pontificaux, préférant loger en communauté à la maison Sainte-Marthe, petit hôtel destiné à accueillir les hôtes du Vatican. De quoi sera-t-il donc capable ? Suspens...

Périphérie

Par contre, ce qui est certain, c'est que ce pape qui vient du bout du monde et qui est expert pour créer des embouteillages dans Rome tant il attire les foules, ne cesse d'envoyer son peuple vers les périphéries pour annoncer le message du Christ.

Et la périphérie, pour le pape, c'est très simple : c'est tout ce que l'on ne voit pas, ou tout ce que l'on ne veut pas voir : la marge, les horizons lointains, les oubliés, l'embryon, les plus miséreux d'entre nous. Et son mérite au pape, reconnaissons-le, c'est qu'il leur offre d'exister de nouveau en les mettant au centre du regard du chrétien, qu'il souhaite aimant et miséricordieux.

Annoncer l'Évangile avec joie en allant vers les autres, voici ce que François demande sans cesse à son peuple. « L'Église n'a que faire des chrétiens de salon », incapables par manque de courage de « déranger les choses trop tranquilles ». « Aller de l'avant » répétait-il ce jeudi matin, continuer de « déranger » pour « que nous évitions de nous réfugier dans une vie tranquille ou dans des structures caduques ».

« Et d’où vient-il ce zèle apostolique ? » rajoutait-il. « Il vient de la connaissance de Jésus-Christ » que le Pape met sans cesse en avant.

Cette façon d'évangéliser est nouvelle dans l'église d'occident qui, dans les faits, depuis quarante ans privilégiait la discrétion absolue.

Ambition

Et si ce pape nourrit de tels idéaux pour son Église, c'est qu'il ne manque d'ambition ni pour elle, ni pour le monde.

Prêtre ? Ne soyez pas des « gestionnaires », des « collectionneurs d'antiquités » fermés sur vous-mêmes. Ne soyez pas « tristes » a répété le pape dès la messe chrismale le jeudi saint, soulignant avec une régularité notable depuis lors qu'il faut avant tout éviter l'orgueil, le carriérisme, la recherche de sa gloire personnelle et de la mondanité.

Chrétiens de tous les horizons ? « Ne soyez pas tièdes », il faut « aller de l’avant vers les périphéries existentielles. L’Église a tellement besoin de cela ! Pas seulement dans les terres lointaines, (...) mais ici dans nos villes, tant de gens ont besoin de cette annonce de Jésus-Christ. Demandons donc à l’Esprit Saint (...) d’avoir des chrétiens zélés » insistait le pape ce 16 mai. « En avant toute, comme dit le Seigneur à Saint Paul, et courage ! »

Quant à notre monde et nos sociétés en général, le pape n'hésite plus à rentrer dans le vif du sujet. Il a qualifié avec des mots très durs cette semaine la finance, le culte de l'argent, l'écart entre les riches et les pauvres. « Le fétichisme de l’argent et la dictature de l’économie sans visage, ni but vraiment humain nous font oublier le primat de l’homme » a-t-il rappelé. « La volonté de puissance et de possession est sans limites ». Et tout semble lié dans l'esprit du pape qui, la même semaine, a appelé à défendre la vie « de sa conception à son terme naturel », soutenant les projets qui visent à élaborer une protection juridique à l’embryon.

Pour le vaticaniste Frédéric Mounier, en matière d'éthique privée et publique, le pape « casse délibérément les codes désormais anciens qui veulent classer l’Église et ses acteurs en conservateurs et progressistes. Face à l’alliance objective entre libéraux en matière d’éthique publique (réputés conservateurs de droite) et libertaires en matière d’éthique privée (réputés progressistes de gauche), le pape trace le sillon de l’Église. ».

Si certains redoutent ses libertés avec le protocole, d'autres craignent à contrario des points de vue éthiques trop conservateurs. En attendant, la place Saint-Pierre n'en a cure, elle qui lors des messes ou audiences du Pape accueille une foule innombrable et fervente (près de 200 000 personnes ce samedi soir).

Ce pape est fidèle à ses prédécesseurs, la doctrine est la même, le message n'est ni différent ni contradictoire, mais les mots et le ton sont nouveaux et personnels. « Misez sur les grands idéaux, sur les grandes choses » répétait le pape aux jeunes le 28 avril, et « n'oubliez pas... » avait-il rappelé, « Dieu ne se lasse jamais de pardonner ».

 

Bosco d'Otreppe

 

11:02 Publié dans Catholicisme, Religion, Rome | Lien permanent | Commentaires (0) | | |

05/05/2013

C'est qui le pape?

Vatican-Francois-accueille-Benoit-XVI-de-retour-apres-deux-mois_reference.jpg

Situation inédite. Pour la première fois dans l'histoire moderne de l'Église, deux papes cohabitent ensemble dans le plus petit État du monde. Jeudi en effet, Benoit XVI a quitté les hauteurs de Castel Gandolfo (la résidence d'été des papes où après sa renonciation il s'était reposé deux mois), pour rejoindre le Vatican et habiter dans l'ancien monastère Mater Ecclesiae réaménagé pour l'accueillir lui, ses livres, et ses proches (son frère Georg y bénéficiera d'une chambre, et soeur Birgit, sa secrétaire, d'un petit bureau).

 Il n'en fallait pas plus pour que chez certains vaticanistes bruissent de nouvelles inquiétudes et de nombreux questionnements. Comment va se dérouler cette cohabitation ? Les deux papes vont-ils souvent se rencontrer ? Benoit va-t-il tenter d'aiguiller François ? Et s'il n'est pas d'accord avec ce dernier, va-t-il le lui dire en le croisant fortuitement dans les jardins du Vatican ? Pire, des cercles d'influents cardinaux vont-ils se former autour d'eux ? Le Vatican fait face à la difficile gestion d'une anomalie titrait même ce samedi le réputé Corriere della sera.

Pourtant, soyons de bon compte, il n'y a aucune raison de s'inquiéter. Si la situation est nouvelle, elle reste très claire : le pape actuel est François. Benoit XVI a toujours promis de s'effacer dans la discrétion et la prière, et on peut compter sur lui. S'il n'y eut d'ailleurs aucune vidéo de leurs retrouvailles jeudi, c'était bien le choix du pape allemand : il ne voulait pas d'un retour médiatique. Seule une photo suffisait pour rassurer sur son état de santé. De plus, les deux papes se respectent infiniment et souhaitent sincèrement le bien de leur Église, ils serviront donc au mieux celle-ci en restant fidèles à leur parole et leur fonction. Enfin, rappelons que si entre les deux papes les mots, les gestes, les intonations, les symboles sont différents, le message reste le même : celui des évangiles, et d'une doctrine fidèle à celle qu'a toujours prônée l'Église depuis Vatican II.

François est-il un vrai pape ?

Ce qui chamboule certains au Vatican est l'apparence qui transparait de la fonction pontificale depuis la renonciation de Benoit XVI : une apparence moins sacrée.

En renonçant, le pape Benoit a en effet créé un sérieux précédent, rappelant à quel point le souverain pontife n'était que (façon de parler) le vicaire du Christ. Depuis lors, les gestes simples de François, sa parole spontanée, sa volonté de s'approcher des plus pauvres, sa façon discrète de s'habiller, son choix de rester habiter dans la sobre maison Sainte-Marthe plutôt que de rejoindre les appartements pontificaux, son souhait de se présenter comme évêque de Rome attaché à son peuple... bouleversent les habitudes. Sans oublier qu'à un niveau plus politique, François comme ses prédécesseurs, mais de manière sans doute plus directe, a toujours tenu à relativiser le rôle des institutions vaticanes face à ce que doit-être la vocation première de son Église : le témoignage de l'amour divin. Cette mise en garde face à une Église trop « mondaine » ou « bureaucratique », sur fond de réorganisation prochaine de la Curie, le gouvernement du Saint-Siège, agite certaines conversations à l'ombre de la basilique Saint-Pierre...

Mais à nouveau, et jusque dans les colonnes de l'Osservatore romano – le quotidien du Vatican, les proches de François se veulent rassurant. En bon jésuite affirment-ils, le pape prendra le temps d'étudier les dossiers, écoutant tout le monde avant de prendre la moindre décision.

La majorité des catholiques d'ailleurs ne s'affairent pas autour de ces questions qui participent du jeu des journalistes : les audiences et les messes du pape attirent une foule enthousiaste, très (très) nombreuse, qui étonne beaucoup d'observateurs. François y prie et y parle avec beaucoup de caractère et beaucoup d'attention, rappelant l'ambition qu'il a pour son Église; Église qu'il veut unie, pauvre, aimante et au plus proche de son Dieu. « Nous chrétiens nous ne sommes pas choisis par le Seigneur pour de petites bricoles, allez toujours au-delà, vers les grandes choses » rappela-t-il d'ailleurs le dernier dimanche d'avril.

Keep calm donc. François n'a pas oublié qu'il était pape, malgré la simplicité avec laquelle il assume sa charge.

Un pape n'est pas l'autre, mais l'Église a besoin de chacun pour défricher sa voie. C'est d'ailleurs bien Benoit XVI qui a souhaité nous le rappeler, sans vouloir créer la moindre anomalie.

Bosco d'Otreppe à Rome

03/05/2013

Les diplomates discrets du Trastevere

logo.pngRencontre et portrait d'une communauté unique et sans frontière : Sant'Egidio ou l'ONU du Trastevere.

N'en cherchez pas d'autres, l'ile Tibérine est la seule ile de Rome. Décidée et à la proue effilée, elle s'accroche depuis des siècles à sa capitale malgré les crues légendaires du Tibre qui ont ravagé ses berges et ciselé ses ponts. Depuis plus de mille ans, elle abrite les malades dans son grand hôpital, et s'y dresse aujourd'hui la Basilique San Bartolomeo. C'est ici que nous attend le Père Angelo Romano, prêtre titulaire du lieu et membre très actif de la Communauté de Sant'Egidio.

La Communauté de Sant'Egidio est une association publique de laïcs de l'Église. Elle est née à Rome, dans le quartier du Trastevere, en 1968, entrainée par l'enthousiasme du concile Vatican II. C'est Andrea Riccardi qui l'a mise concrètement sur pied après avoir découvert la pauvreté qui parcourait sa ville. Aujourd'hui, Sant'Egidio est présente sur les 5 continents et dans plus de 70 pays. Partout la communauté se structure autour des 50 000 bénévoles qui la font vivre, et autour des mêmes piliers : la prière, la communication de l'Évangile, la solidarité avec les pauvres, la recherche de l’œcuménisme et du dialogue en vue de la résolution des conflits.

Très active à Rome comme dans de nombreuses autres grandes villes, Sant'Egidio réalise un travail de terrain quotidien envers les plus démunis, dans un service d'amitié et d'intégration, qui fait naitre de nombreuses initiatives (écoles de la paix, restos du coeur... – allez manger à la trattoria Gli Amici dans le Trastevere, vous y gouterez l'ambiance de la communauté).

Pourtant, ce qui a réellement propulsé la renommée de Sant'Egidio à travers le monde, c'est son travail de dialogue en tant que médiateur de conflits dans les régions rongées par les guerres. « La guerre est la mère de toutes les misères » aime répéter Andrea Riccardi, « et n'oublions pas qu'il n'y a jamais de solution militaire aux conflits ».

« C'est en parlant avec les personnes âgées de Rome, qu'Andrea Riccardi a pris conscience des horreurs de la guerre » nous raconte le Père Romano « et de l'exigence de l'éviter à tout prix ».

C'est ainsi « qu'un journal dans une main et la bible dans l'autre », comme aiment le répéter les membres de la communauté, Sant'Egidio s'est engagée dans la résolution de conflits à travers le monde. Dans les années 80, après l'envoi d'une aide humanitaire conséquente, les médiateurs de la communauté ont tissé avec patience un dialogue au Mozambique entre la Résistance nationale (RENAMO), et ses ennemis, le Front pour la libération du pays (FRELIMO). Dialogue qui s'est conclu par un traité de paix en 1992.

Depuis lors, dans les locaux de la communauté toujours situés dans le quartier populaire du Trastevere, se sont écoutés des ennemis qui ne s'étaient jamais parlé, ni même vus parfois, venant de l'Algérie, du Sénégal, du Guatemala, du Burundi, de l'Albanie, de l'Ouganda, du Kosovo...

Toutes les entreprises de pacification ne furent pas couronnées d'un traité de paix, mais toujours un dialogue aussi infime soit-il a pu voir le jour. Si la Communauté a dû trouver sa place face aux autres instances diplomatiques mondiales et aux côtés du Saint-Siège, elle est aujourd'hui reconnue et très courtisée comme nous avons pu l'entendre auprès de sources diplomatiques ou vaticanes (faut-il rappeler également qu'Andrea Riccardi fut appelé par Mario Monti en 2011 pour faire partie de son gouvernement en tant que ministre pour la coopération internationale et l'intégration, et que la communauté a reçu de plusieurs prix, dont un de l'UNESCO ?). Sant'Egidio n'entame d'ailleurs jamais un travail en solitaire et se soucie, comme au Mozambique ou au Kosovo, du soutien des instances internationales ; « nous ne cachons rien à personne, et puis une fois que la paix est signée il faut l'aide de tout le monde pour la fortifier et la consolider » précise le Père Romano.

Mais quel est le secret de cette communauté pour défricher les vallées d'incompréhensions qui divisent certaines régions ? Et comment gagner cette neutralité et cette légitimité indispensables pour mener à bien le moindre dialogue ?

« Nous arrivons en tant que chrétiens », nous confie le Père Romano. « Avec une identité claire. Quand on a peur de rencontrer quelqu'un, c'est que son identité est faible, floue, qu'elle nous est méconnue. Où que nous allions, nous arrivons en tant que chrétiens. C'est par l'affirmation des identités que tout préjugé peut être dépassé, et qu'une véritable rencontre devient possible ».

« Quant à notre crédibilité, c'est vrai qu'il faut du temps pour l'établir. Notre force est notre patience. Nous n'avons aucun timing à respecter, et aucun intérêt matériel dans ces négociations. Notre seul et unique objectif est la paix. Nous sommes libres de le faire ou non, les différentes factions en sont bien conscientes, et cela renforce leur confiance. Je suis par exemple personnellement engagé dans les discussions en Casamance. Les Sénégalais savent que je suis curé de cette paroisse ici à Rome, et que je n'ai aucunement besoin de ces discussions pour vivre. Le dialogue peut donc se construire doucement, avec calme et sur le long terme, éloigné parfois de la pression médiatique. C'est une de nos forces. »

Car une autre affirme les bénévoles de Sant'Egidio est la prière qui structure véritablement la vie de la communauté. « La prière est la source de notre vie et de notre action » continue le Père Romano. « Dans certaines situations, au cœur de certains conflits très complexes qui vont au-delà de nos possibilités, il n'est pas facile de distinguer quels sont les meilleurs choix à poser. La prière nous permet alors de regarder au-delà de ce que nous voyons et de ce qu'il nous est possible de faire. Le chemin qui semble impossible devient alors possible, car le Seigneur nous apprend à marcher sur les eaux. La prière nous permet d'avoir une vision à long terme. C'est ce manque de vision qui empêche à bien de nos contemporains d'être heureux aujourd'hui »

Quant à la méthode Sant'Egidio, à la façon de faire concrète de la communauté, Angelo Romano soutient un certain « savoir-faire », un « artisanat ». « Cette méthode artisanale est également un de nos atouts. Nous n'arrivons pas avec une théorie toute faite de la gestion des conflits à laquelle tous les dialogues de paix devraient se conformer. Nous préférons partir du terrain. Notre seule arme est la parole, et nous cherchons des solutions concrètes au cas par cas et avec une grande certitude : il y a toujours une solution possible. »

Les alliés ne manquent pas pour autant. Et si Sant'Egidio tient à rappeler avant tout que la communauté n'est pas un bras caché du Vatican, la présence de l'Église sur le terrain peut aider les médiateurs. « Avant d'aborder un conflit, nous étudions très très précisément le contexte légal, culturel, idéologique, religieux, ethnique... qui l'a vu naitre. Pour qu'un traité de paix soit durable, il faut qu'il soit extrêmement précis. Nous gardons en tête que nous ne pouvons arriver en étant certains de nous, certains de nos méthodes. Il faut toujours avoir la grande humilité d'écouter le contexte dans lequel se trouve le pays. Nous pouvons pour cela, comme au Burundi, nous appuyer sur la connaissance des missionnaires par exemple, qui vivent là depuis des décennies. »

Aujourd'hui, la Basilique San Bartolomeo attachée à la communauté accueille un mémorial aux nouveaux martyres de différentes religions. Il entend rappeler l'existence de ceux qui se sont battus pour la liberté, la paix, et ce souci d'unité qui traverse la communauté. « Pour changer le monde, il faut d'abord changer son coeur » rappelle souvent Andrea Riccardi qui a confié la mission à Saint Gilles (Sant'Egidio), saint patron des infirmes et des mendiants.

Bosco d'Otreppe

En Belgique, la communauté est présente à Bruxelles, Anvers, Liège et Louvain-la-Neuve.