carnets du vatican
Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

22/12/2013

Pourquoi l'Église veut-elle vous reconquérir?

52b455813570105ef7d8e0d3.jpg

Car elle n'a pas oublié votre adresse et entend vous le faire comprendre. Mais pourquoi ?

On sentait bien que ce restaurant n'était pas un restaurant comme les autres. Comment dire ? Le service, la décoration, la saveur des plats ? Tout était pourtant rigoureusement professionnel...

C'est à 22 heures tapantes que nous avons découvert le stratagème, ou plutôt la Sainte Vierge illuminée soudain dans un coin de la vaste salle à manger par deux cierges embrasés. Tout s'est alors arrêté : le service, les conversations, le bruit, les regards furtifs, pour se fixer sur les quelques serveuses retrouvant leur vocation première, celle de religieuses, et leur activité essentielle, la prière. De l'eau vive alors, cet étrange restaurant, s'est élevé dans la nuit une série de cantiques à la Vierge, dont les étoiles romaines connaissent si bien les refrains.

L'eau vive, nous explique notre guide, n'est pas un restaurant comme les autres. « Il y a quelques années encore, avant que le lieu ne soit trop connu, il était un véritable repère à évêques et cardinaux. Échappés des murs du Vatican, en tenues discrètes, ils venaient y débriefer les journées. Mais la qualité première de cette adresse est qu'elle soit tenue par des religieuses qui y assurent le service et la gestion : les Travailleuses missionnaires de l'Immaculée. » Un nom bien long, pour des sœurs venues des quatre horizons ayant décidé d'offrir leur vie pour le Christ et son message. Le restaurant leur permet de financer leurs études à Rome, mais surtout, nous explique l'une d'elle, « de servir le pain quotidien, et en met principal, la nourriture spirituelle, la prière, l'eau vive, le message du Christ qui rassasie les âmes ».

Dans le centre historique de Rome, L'eau vive est à lui seul le résumé de la mission internationale de l'Église. Les religieuses, pour la plupart asiatiques ou africaines nous rappellent son histoire et son expansion réalisée depuis nos contrées ; leur présence à Rome, nous remémore combien la vétérane, mais parfois si fatiguée Église occidentale se nourrit aujourd'hui de la spiritualité énergique de ces continents plus lointains.

Mais trêve de resto, allons à l'essentiel. Car finalement, pourquoi cela doit-il exister des Travailleuses missionnaires ? Pourquoi tant de religieux à travers les temps, les terres, les mers se sont-ils usé les semelles pour aller clamer l'Évangile aux âmes les plus reculées ? Ne pouvaient-ils pas s'en satisfaire de leur foi, de leur Dieu, de leurs crucifix pour ne pas aller le proposer aux différents points cardinaux ? Et aujourd'hui que la crise de la chaise vide touche la grande majorité des églises occidentales, que la sécularisation taille des croupières aux paroisses, que la globalisation, la mondialisation et le multiculturalisme plongent nos langages (quels qu'ils soient) dans des doutes profonds, qu'ont-ils à parler, au Vatican, de la nouvelle évangélisation qui entend reconquérir l'Europe perdue ? Car ne vous en faites pas, pratiquants fidèles ou intrépides païens que vous êtes : le Vatican n'a pas oublié votre adresse, et entend bien rappeler le Christ à votre bon souvenir. Alors, passons les faits : oui en Europe occidentale l'Église est en crise de vocation, de foi, de ferveur ; et venons-en aux racines : comment, avec qui et pourquoi l'Église compte nous reconquérir.

Pourquoi ? Parce qu'il y eut un homme en Galilée

Car Jésus, aussi bon qu'il fut sur les chemins de Galilée, n'a pas trop laissé le choix à ses apôtres (qui ne se sont pas fait prier – reconnaissons-le). « Allez, faites de toutes les nations des disciples ». Pouvait-on être plus clair ? Mais le Christ avait solidement assuré ses arrières pour ne pas prêcher dans le vide. Relisez les textes, les témoignages, écoutez les prêtres, les missionnaires d'aujourd'hui, un mot leur revient avec constance à la bouche : la joie. « Jésus est source de joie, de liberté, de bonheur, il a changé ma vie » nous raconte Anne-Laure, 21 ans, en pleine mission d'évangélisation pour la communauté de l'Emmanuel. « Un moment, cette joie déborde du cœur, que puis-je faire d'autre que de la partager ? » « Cela devient une vraie nécessité que de partager la foi » renchérit sa comparse Sixtine.

« La foi est la clé de mon bonheur, que pourrais-je offrir de plus beaux aux autres que le message du Christ, de quoi pourrais-je témoigner d'autre si ce n'est de l'amour de Dieu ?» Anne-Laure résume à elle seule ce que nous avons perçu chez de nombreux croyants. On peut y voir bien entendu une version naïve et bien éloignée des véritables desseins de l'Église, impatiente qu'elle serait, tel un puissant lobby, de reconquérir un pouvoir d'influence perdu. Sans doute y a-t-il des deux, mais sans doute pouvons-nous dire avec assurance que l'élan principal est bien cette envie sincère de partager un sentiment intérieur. « Le bonheur n'est rien s'il n'est pas partagé », rapporte un dicton. C'est exactement cela, avec chez les catholiques, si on les écoute, une dimension essentielle et vitale dans ce partage.

« Allez vers les autres, vers les périphéries » insiste sans cesse le Pape François. « Souvenez-vous du Christ mort sur la croix, pour nous sauver, les bras grands ouverts sur le monde » rappelle un vieux prêtre romain en pleine homélie. « Notre Dieu est un dieu centrifuge qui nous envoie vers les autres pour partager et jamais imposer » explique le philosophe catholique Martin Steffens. Car le chrétien a des balises bien claires pour évangéliser, celles de la liberté de l'autre. Pourtant est-il possible d'évangéliser sans tomber dans le prosélytisme ? L'équation est-elle envisageable ? Comment les catholiques se justifient-ils ? Il nous reste trois articles, et tant de choses à découvrir.

Bosco d'Otreppe depuis Rome

Une série d'articles réalisée avec l'aide du Fonds pour le journalisme

52b61bb73570105ef7d9ce6f.jpg

 

24/11/2013

L'art nous appartient aussi

Wunderkammer%20Roma.jpgExposée à l'Academia Belgica, une étonnante exposition nous invite à nous rapprocher de l'art contemporain, des œuvres, de nos souvenirs et de notre imagination.


« Tu n'es pas complètement fichu, tant qu'il te reste une bonne histoire, et quelqu'un à qui la raconter. » Alessandro Baricco, Novecento : pianiste. Un monologue.

 

Des papillons de guerre terrassés par des lobbies pacifistes ; la souris de votre enfance, de votre oreiller, de vos dents de lait ; des crânes, souvenirs ultimes et traces irrévocables de l'existence passée de super-héros ; des jardins de nains auxquels tente de rendre leur existence le Front de libération des nains de jardin ; le terrible Croque-Mitaine ; d'élégantes et farouches femmes des bois ; des morceaux râpés de cornes de licornes ; des restes retrouvés figés dans le sable et la chaleur du Chili de mythes oubliés, de dieux abandonnés, de princes foudroyés, de plusieurs rois d'Atlantide et même (oui même) d'Elvis, de Noé, de Merlin et du créateur des statues de l'ile de Pâques. [1]

Tout cela rassemblé devant vos yeux par la grâce d'autant d'objets, de photographies, de gravures, de traces tangibles et de preuves certaines d'un monde encore inexploré. Ces objets, c'est la Wunderkammer qui vous les offre entièrement (vous allez comprendre), et qui par là réveille en vous le creuset de votre imagination (vous allez comprendre aussi). La Wunderkammer, c'est un cabinet des merveilles ou cabinet des curiosités, qui a tracé son chemin de Bruxelles à Venise pour s'exposer quelques mois à Rome, avant de partir pour Hong Kong. « Un cabinet de curiosités contemporain » précisera son curateur Antonio Nardone. « Car la tradition de ces collections remonte aux apothicaires du 16e siècle. À l'époque, en Europe, sur les ports et les grandes places, règne une véritable frénésie. Tous les jours arrivent des récits et des informations sur de nouvelles iles, de nouvelles peuplades découvertes. On nous raconte l'exploration de l'embouchure d'un grand fleuve, du col d'une infranchissable montagne, et par les cales des bateaux arrivent des quatre horizons des objets insoupçonnés. Sans recherches scientifiques réelles, quelques apothicaires puis quelques princes et quelques bourgeois se mettent alors à collectionner ces objets témoins des trois règnes : le monde animal, végétal et minéral. » Passionnés, ils rassemblent tout cela dans des cabinets privés qui ressemblent à de véritables capharnaüms. « Mais mieux encore, continue Antonio Nardone, ils les font visiter à leurs amis, et, fascinés par l'étrangeté de ces objets, les entourent d'histoires exotiques. C'est ainsi que telle fiole de parfum a été achetée sur un marché à un moussaillon qui l'aurait volée à Samarcande sur un bateau revenant d'une ile lointaine. C'est ainsi que tel fémur démesuré devient la preuve de l'existence des géants. »

Terrassées par la rigueur scientifique des temps modernes qui préférèrent classer que relier par l'imagination des réalités lointaines, ces chambres de curiosités se sont retranchées dans les souvenirs des hommes attachés à l'étrange, à l'inédit, « aux traditions merveilleuses et magiques ».

Antonio Nardone a voulu les ressusciter, mais en traitant cette fois des liens « qui unissent nature et création ». Il est donc parti fouiller dans les ateliers d'une bonne vingtaine d'artistes (principalement belges), pour en récupérer des œuvres très originales et très esthétiques, réaliser une expo au ton et à l'atmosphère enchanteurs, et surtout nous rapprocher de l'art avec brio, raviver la flamme de l'imagination et l'enthousiasme de la curiosité. Nous l'avons rencontré sur les hauteurs de Rome, autour d'un café matinal, dans les travées de l'Academia Belgica, où se réveillait doucement l'exposition inaugurée la veille.

Cette exposition nous invite à l'exotisme, au voyage, mais aussi à la curiosité et à l'imagination. Aux ferments de l'art finalement ?

Ce qui rassemble un chercheur en physique nucléaire et un peintre romantique c'est la passion pour la découverte. L'un comme l'autre, il cherchent, ils travaillent, ils persévèrent, ils tombent peut-être sur de l'imprévu, puis ils osent proposer autre chose. L'artiste, son boulot, c'est de porter sur le monde un regard différent, qui lui est propre, pour nous offrir un nouveau rapport au monde. Ici, je présente des objets sortis de leurs contextes, et les expose de manière non traditionnelle : je les accumule comme un trésor. À leur côté, nous avons placé une étiquette technique avec la date, l'artiste... sauf que l'histoire qui les accompagne est tout à fait imaginaire. Et comme c'est l'art qui nous permet d'imaginer, chaque visiteur est invité à se créer sa propre histoire. Donc oui, la grille de lecture de cette exposition est l'histoire, le rêve, le voyage plutôt qu'une explication métaphysique d’œuvres d'art contemporaines.

Photo Charles Bossu

Représenter l'art avec cette clé de lecture cela correspondait-il à un besoin ?

Sans doute, car cela fait trente ans que l'art contemporain est présenté comme quelque chose de très aseptisé, avec des textes explicatifs incompréhensibles. Moins il y a d'art d'ailleurs, plus il y a de texte, et plus ce texte est volontairement compliqué.

Cela voudrait-il dire que l'art est quelque chose que l'on doit ressentir spontanément ?

Oui et non, il ne faut pas forcément une explication, mais bien des clés de lecture, car l'art se lit. La Joconde, si on demande à un enfant de la décrire il dira que c'est une madame qui ressemble à un mec, qui a un manteau et qui sourit. Par contre un spécialiste pourra nous remettre le tableau en perspective, dans le contexte artistique de l'époque en nous parlant de la technique du sfumato, et nous aurons sur l’œuvre un regard ben différent. L'art contemporain bien souvent ne nous offre pas toutes ces clés de lecture, il n'est pas remis dans un contexte social par exemple, qui nous permettrait de mieux l'appréhender.

On reste dans le conceptuel pur et on dissocie le spectateur de l’œuvre ?

Oui, et c'est triste pour l'artiste qui veut faire passer un message ou raconter quelque chose. L'exposition ici ne veut pas critiquer l'art contemporain, mais elle veut en donner une nouvelle clé de lecture qui invite au voyage, à un parcours initiatique personnel.

Photo Charles Bossu

Vous proposez donc à chacun une réappropriation de l'art ?

Oui, et le fait que le spectateur est invité à réinventer l'histoire de l'art est une des premières clés de lecture. Après, si vous êtes touché par une œuvre en particulier, vous pourrez prendre des renseignements sur l’œuvre, sur l'artiste, et découvrir d'autres clés. La Wunderkammer a pour seule prétention d'être une porte d'accès vers l'art contemporain.

> Bosco d'Otreppe, à Rome

[1] Paragraphe librement inspiré des textes de Thierry Fiorilli qui jalonnent l'exposition.

 

08/10/2013

À Bruxelles, les chrétiens européens veulent renforcer leur foi

39734794.3.jpgComment sortir de la foi du charbonnier ? Comment vivre la foi au grand jour, mais sans prosélytisme ? Que peut-elle m'apporter ? Quelle est la place du chrétien dans une société ? Que penser de la bioéthique ? La théorie du genre existe-t-elle ? La crise économique est-elle une chance ? Dieu est-il fondamentaliste ?

Les rencontres européennes ce week-end à Bruxelles (toutes les infos sont ici) s'annoncent foisonnantes, fortes d'une trentaine d'intervenants internationaux, de plusieurs conférences et de multiples tables rondes. Rencontre avec le porte-parole de cet évènement : Ludovic Goffinet.

Pourquoi est né un tel projet de Rencontres européennes ? Sur quel constat ? Y avait-il un manque ?

Oui, elles sont nées du constat que beaucoup de chrétiens vivent une foi du cœur, sans se rendre compte réellement de tout ce que l'Église a à leur proposer aujourd'hui. Elles tenteront de montrer en quoi toute la richesse intellectuelle de l'Église peut avoir un impact extrêmement concret dans la vie de tous les jours.

Le cœur de cible de ces rencontres sera donc les 25-45 ans actifs dans la vie professionnelle, sociale, associative, familiale, pour leur montrer qu'être chrétien cela ne se limite pas à une simple appartenance culturelle, mais que cela peut avoir un réel impact. C'est donc un appel à une réintellectualisation de la foi ; à donner une intelligence à la foi du cœur. Le message de l'Église aujourd'hui est très concret, on peut en être fier, voilà ce à quoi vont nous appeler ces Rencontres européennes.

Quels sont justement ces impacts ? Plus concrètement, que le christianisme peut-il apporter aux jeunes adultes ?

Le principe du mot religion est d'être relié à la fois à Dieu, et à la fois au monde. Dans tous les aspects de l'existence, le christianisme invite le croyant à mettre d'autres dimensions fondamentales. L'Évangile nous aide avec des pistes concrètes à nous engager positivement dans tous les domaines. Si je veux être un bon père de famille par exemple, Éric de Beukelaer nous rappelait que l'Évangile nous invite à travers des paraboles à tout exiger vis-à-vis de ses enfants, à tout comprendre, mais surtout à tout pardonner. Ce n'est qu'un exemple parmi d'autres.

Un chrétien chef d'entreprise, père de famille, dans l'associatif... est-il meilleur qu'un autre ?

Il a à ses côtés un bagage intellectuel que l'Église travaille depuis deux millénaires. Économiquement par exemple, c'est très intéressant. Il a des outils comme la doctrine sociale de l'Église qui a pour base l'encyclique de Léon XIII Rerum novarum. C'est un texte sublime et révolutionnaire qui tire une sonnette d'alarme en rappelant que l'économie est au service de l'homme et non pas le contraire, qu'au centre il doit y avoir l'être humain, et que si au centre il n'y a que l'argent, le profit, la domination ou le marché, on va droit dans le mur. Ce n'est pas justement ce que l'on remarque avec la crise aujourd'hui ? On peut élargir cela à la politique, à l'éthique, à la bioéthique...

L'Église propose un idéal très exigeant. Comment concilier cet idéal et la vie concrète qui impose parfois certains accommodements ?

Voilà justement ce à quoi va nous aider ces rencontres, car oui, c'est un compromis difficile à trouver, mais qui peut être fait sur des choses secondaires. Nous aurons pour nous aider de multiples ateliers carrefours concernant différentes questions, avec toujours des intervenants qui connaissent le terrain. On parlera de la famille, de la crise, de la bioéthique, des médias... Le programme sera d'une densité, d'une richesse et d'une variété colossale.

Et les non-croyants sont-ils les bienvenus ?

L'Église est ouverte, et tout le monde est le bienvenu. Mais avant tout, ces rencontres ont pour but d'approfondir la foi par une nourriture intellectuelle et une grande réflexion, pour que cette foi du cœur passe par la case « intelligence ». On va renforcer notre foi par des échanges et surtout la rencontre avec des Européens de tous les pays grâce également à différentes traductions (essentiellement français et anglais).

Mariage pour tous, bioéthique... On a parfois l'impression à travers l'actualité que le dialogue est devenu impossible entre les chrétiens et le monde laïc, comme s'ils parlaient à partir de deux socles de références différents. Comment le recréer ?

Beaucoup de progrès malgré tout ont été engendrés et portent leur fruit. Mai de la part des chrétiens, il faut avant toute une meilleure compréhension de qui ils sont, d'où ils viennent, et de quel message ils sont les dépositaires ? Les chrétiens, à la suite du pape François par exemple, doivent également toujours aimer le monde dans lequel ils vivent, aimer leur époque et ne pas regarder sans cesse dans le rétroviseur. Tout un travail a été fait là-dessus, et aujourd'hui au sein de la société, le chrétien doit prendre sa place d'homme ou de femme, de citoyen, de père, de mère, de membre engagés dans le monde associatif, sans jamais faire preuve d'un prosélytisme malsain, mais sans non plus abaisser ses couleurs ou renoncer.

Enfin et surtout, rien ne remplace la rencontre entre les gens. Aucune technologie ne remplacera jamais le dialogue direct. Le message chrétien est un message d'écoute et de lecture. Nourrissons donc notre foi de cette écoute, de la lecture, réfléchissons et allons à la rencontre de l'autre.