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28/04/2014

J'ai passé le week-end avec 800 000 catholiques

Retour sur le week-end des canonisations de Jean-Paul II et Jean XXIII, qui se termine par un grand point d'interrogation. Chronique personnelle et subjective de Bosco d'Otreppe, correspondant permanent de LaLibre.be à Rome.

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Pour être tout à fait franc, ces canonisations, ici à Rome, je les snobais un peu. Trop jeune pour avoir été marqué par Jean-Paul II, beaucoup trop jeune pour avoir connu Jean XXIII et imaginer le séisme qu'avait dû être l'annonce du concile Vatican II, je les voyais lointaines et même un peu désuètes. Le « week-end au million de pèlerins » s'annonçait certes impressionnant et important pour les catholiques, mais à part la perspective d'assister complice au chaos d'une ville mal préparée (qui n'a pas eu lieu), et à d'immenses campings improvisés dans les rues d'une capitale, je n'y voyais guère de grandes perspectives enthousiasmantes.

Je dois pourtant le reconnaitre aujourd'hui, je me suis bien fait avoir. D'abord parce que la reconnaissance en sainteté de quelqu'un dont la vie est érigée en exemple pour l'Église universelle, ce n'est pas anodin. Ensuite et surtout parce que la joie, la foi et l'enthousiasme des milliers de catholiques croisés ces derniers jours m'ont étonné.

De ces canonisations, nous journalistes, pouvions et devions en avoir une lecture critique, historique, culturelle ou politique. Tous ces angles étaient légitimes et indispensables : l'Église est aussi une institution incarnée et humaine, la stratégie politique ne lui sera donc jamais totalement étrangère. Pourtant, s'y limiter aurait été une erreur, car l'essentiel ne s'y trouvait pas.

Dès jeudi, des cars, des trains, des avions d'Italie, d'Europe et du monde ont rendu à Rome sa fonction historique : celle d'un grand lieu de pèlerinage. Les paroisses, les églises et les chapelles se préparaient, les prêtres et religieux par centaines les organisaient pour y accueillir les pèlerins, pour les rendre belles. Ils mettaient sur pied des conférences, des concerts, multipliaient les messes et des veillées de prière. Certaines sont restées ouvertes plus de 48heures sans discontinuer, avec des confessions permanentes. Ce n'était pas rien.

Si le tour dominical du pape François en « papamobile » a eu le succès habituel, le week-end ne s'est pas limité à cela. Les pèlerins ne se sont pas non plus contentés de manger des pizzas et de profiter de Rome en attendant le dimanche matin. Réellement, ils priaient, s'informaient, échangeaient. Se promener dans les rues de la ville mettait de bonne humeur. Y pousser délicatement les portes des Églises, parfois tard dans la nuit, y retrouver quelques chants, une ambiance de recueillement ne cessait de surprendre.

Au-delà de toutes les analyses possibles, il y avait d'abord une réelle sincérité. Pourquoi tant de personnes sont-elles venues, ont-elles pris l'avion, le bus, la voiture ? Pourquoi se sont-elles engluées dans un centre-ville plein à craquer ? C'est difficile à dire. Pour des raisons politiques, idéologiques ? Pour un simple culte de la personnalité ? C'est difficile à croire. Ils semblent l'avoir fait d'abord sincèrement et joyeusement. Voilà ce qui était impressionnant et intriguant.

Bosco d'Otreppe à Rome

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