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23/12/2013

Et pour l'Église, c'est qui le monde ?

 Comment le considère-t-elle ? Et comment envisage-t-elle son rôle en son sein ?

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Nous descendons une ligne de métro romaine jusqu'à son terminus, et arrivons à Tre Fontane, où nous attendent les Petites sœurs de Jésus. Immeubles à l'horizon, nous sommes dans la banlieue de Rome, mais l'endroit entouré de verdure, d'oliviers et de calme est un véritable oasis. Une soeur nous accueille au milieu de petites maisons de bois qui entourent une chapelle toute simple. « Sœur Magdeleine, qui a fondé notre congrégation, voulait que l'on vive au milieu des populations, exactement comme elles, sans aucun rapport d'autorité. Nous vivons dans des roulottes, des HLM ou des chalets en fonction des pays. Quand cela est possible, nous travaillons dans les usines, dans les fermes pour gagner notre pain, et nous partageons la vie des gens en toute simplicité. Nous souhaitons être une présence paisible et priante. Si les gens nous aiment, ils se diront que notre maitre, le Christ, est bon. Voilà l'essentiel. » Quelques sœurs s'occupent du potager ou de la menuiserie, d'autres de la cuisine, certaines repeignent des volets sous le soleil romain. Dans la bibliothèque, nous découvrons les écrits de Soeur Magdeleine, qui a inscrit la spiritualité de sa congrégation dans les pas de Charles de Foucauld. La foi et la force de cette fondatrice qui a parcouru le monde au péril de sa vie sont époustouflantes.

Aujourd'hui, les Petites sœurs de Jésus sont aux quatre coins des continents. Le soir à table, les sœurs romaines parlent avec passion de l'actualité et de ce monde, ce fameux bateau sur lequel elles se sont embarquées. « Vous savez ce que nous a toujours répété sœur Magdeleine ? » nous confie l'une d'entre elles qui nous salue à la porte de sa fraternité. « Elle nous disait toujours : vous êtes des petites sœurs de rien du tout, juste un sourire sur le monde. »

Deux étrangers sur le chemin du temps

Photo Olivier Terlinden

La phrase fait mouche, et sur le trajet du retour nous nous demandons si elle ne décrit pas avec justesse la place de l'Église dans nos sociétés. Peut-être, et on aimerait le croire, mais les relations entre nos sociétés et l'Église sont bien souvent plus difficiles, tant les deux parties paraissent ne plus pouvoir se comprendre. La doctrine romaine semble en déphasage total avec l'évolution du monde (mariage homosexuel, avortement, bioéthique...), et ce monde, justement, ne comprend pas pourquoi le Vatican ne peut suivre sa marche.

En fait, le drame pour l'Église, c'est qu'être progressiste aux yeux du monde, ce n'est pas toujours progresser. Le drame pour l'Église, c'est que l'Homme n'est plus au centre de rien, que la spiritualité a disparu au profit d'un matérialisme « ravageur », et que l'humain se prend pour « un démiurge capable de décider de l'heure de sa mort ». Le drame pour l'Église, c'est ce relativisme qu'ont dénoncé les derniers papes et qui fait croire que tout vaut tout. En se refusant de tomber dans un manichéisme primaire, l'Église assure qu'il y a le bien et qu'il y a le mal, mieux même, elle affirme ce qu'est la Vérité, le chemin et la vie : son Dieu.

Mais le vrai dommage, le dommage essentiel pour l'Église et notre société occidentale (si du moins nous pouvons en parler au singulier), c'est que les deux ne trouvent plus les mots pour dialoguer réellement. Et pourtant, n'auraient-elles pas tant de choses à se dire et s'apprendre ?

Sans doute les médias ne peuvent-ils ou ne prennent-ils plus le temps d'expliquer, de fouiller et de tenter de comprendre la doctrine de l'Église, mais les torts n'en sont pas moins partagés.

« Il y a eu au sein de l'Église un manque de réactivité face à certains problèmes , certaines situations, certaines personnes qui ne vivent plus suivant ses préceptes, et qui ont eu l'impression d'être jugées et exclues» nous expliquait Jean-Louis de la Vaissières, journaliste pour l'AFP. « Dans l'Église, sans doute y a-t-il eu quelque chose qui a manqué quand il s'agissait de s'adresser à eux : un message d'accueil, une parole plus réaliste. » Cela changera-t-il avec le nouveau pontificat qui s'élance ?

Sur le plan doctrinal, le Pape François sera fidèle à ses prédécesseurs, traçant un chemin à la fois social (lutte contre la pauvreté, l'exclusion...), et très traditionnel sur le plan de l'éthique (défense de l'embryon...). L'objectif pour l'Église est de défendre la vie de sa conception à sa mort naturelle. « Être croyant c'est d'abord dire oui à la vie, perçue comme un don, une bonne nouvelle, et construire à partir de cette vie, à partir de ce qui m'arrive, jamais contre elle » explique le philosophe Martin Steffens. Du coup, la politique en tant que telle se doit de servir la personne pour qu'elle puisse s'épanouir dans de dignes conditions. Pour le Vatican ce n'est actuellement pas le cas, d'où les critiques du pape à l'encontre de la finance, ou de l'irrespect vis-à-vis de la nature, don de Dieu indispensable pour la croissance de l'homme.

De l'amitié avant toute chose

D'essence divine, l'Église ne se définit pas « du monde », mais « dans le monde ». Avec tâtonnements et détours, elle participe donc de son cheminement et de ce qu'il est. « Ce monde, si pour bien de ses aspects nous nous montrons sévères envers lui, nous ne pouvons le regarder comme un ennemi. Il nous appartient de travailler en son sein pour le rendre meilleur » explique le Père Duverne.

Au sommet de la Place d'Espagne à Rome, les fraternités monastiques de Jérusalem se sont installées dans ce qui est appelé la Trinité des Monts. Ici aussi l'endroit en plein centre historique est splendide. Ici aussi d'ailleurs, comme à Tre Fontane, la mission se vit comme une présence priante et accueillante. « Dieu est présent dans le cœur de chaque homme quel qu'il soit » nous explique le Frère Stéphane-Marie. « Ne pas aimer ses contemporains, ce serait se mettre à détester Dieu. Notre mission est d'aimer et de chercher un cœur à cœur avec Dieu, et c'est à travers le regard de l'autre, de mon voisin ou de l'étranger que je peux m'émerveiller de la présence du Christ au milieu de nous ».

« J'ai personnellement plus de plaisir à comprendre les hommes qu'à les juger » disait Stefan Zweig. Gageons que l'Église du XXIe siècle marchera en sa compagnie.

Bosco d'Otreppe depuis Rome


Une série réalisée avec le soutien du Fonds pour le journalisme en Fédération Wallonie-Bruxelles

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