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22/12/2013

« Le christianisme n'a plus les moyens d'être violent, il se fait donc pacifiste »

Il n'y a plus de chrétiens (ou trop peu) nous dit en substance Michel Onfray. Le christianisme, par contre, demeure bien trop présent.

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Philosophe-citoyen, chantre d'un athéisme volontaire et post-chrétien, Michel Onfray (1) ne peut se contenter de la désertification des paroisses. Qu'importe qu'elles se vident semble-t-il nous dire, si dans nos mœurs, nos habitudes, nos hôpitaux, nos regards et nos écoles son schéma religieux continue de s'imposer. Car ce schéma « qui nous pousse à ressembler à une fiction (Jésus), à un cadavre (le Christ), ou à une mère restée vierge (Marie), crée un certain nombre de tensions au niveau du schéma corporel ». C'est à dire ? C'est-à-dire que le christianisme a induit en nous la vision « d'un corps souffrant et doloriste, la notion de culpabilité, la célébration de la souffrance et la conviction que nous serions libres, donc responsables, donc coupables ; conviction qui justifie aujourd'hui encore nos dispositifs sécuritaires, pénitentiaires, judiciaires, pédagogiques, épistémologiques, médicaux... »

Hédoniste, si ce n'est à une table rase, c'est à une réflexion radicale et à un changement rigoureux que nous invite donc Michel Onfray. « Il y a l'athéisme qui consiste à nier l'existence de Dieu tout en gardant les valeurs et la morale associées au christianisme, mais il y a aussi l'athéisme post-chrétien qui souhaite dépasser la morale chrétienne et qui est celui que je défends » nous explique-t-il.

Éloigner la mort pour retrouver la vie

Mais avec quel dénominateur commun faudrait-il alors repenser et refonder notre société ? « Avec la pulsion de vie » répond le philosophe. « Il nous faut instituer des communautés dans lesquelles la pulsion de vie fasse plus la loi que la pulsion de mort » qu'il associe aux religions.

« On peut aujourd'hui proposer les pleins pouvoirs à la sagesse et à la philosophie, et sortir des plans théologiques qui nous ont structurés assez longtemps. Que la religion devienne quelque chose de privé si l'on veut, mais qu'elle ne soit plus collective ou communautaire ; on ne peut pas construire une communauté sur la religion. Aujourd'hui encore, beaucoup de philosophes pré-chrétiens tels qu'Épicure, Sénèque ou Marc-Aurèle, nous aident à construire une existence dans laquelle on laisse toute la place à la vie pour reculer le pouvoir et la puissance de la mort. On doit pouvoir repartir de l'épicurisme, car on peut être épicurien aujourd'hui sans être la caricature d'un hédoniste, mais un philosophe sage qui aura réalisé ce qu'Épicure appelait l'ataraxie, c'est-à-dire l'absence de trouble. »

Les chrétiens du dimanche

Et que penser alors de cette nouvelle évangélisation, des chrétiens qui se montrent plus identifiables sur la place publique, des jeunes prêtres qui retrouvent le col romain ou la soutane ? Cela participerait-il à l'enrichissement du débat, ou cela se révèlerait-il dangereux pour la sauvegarde d'un pluralisme dans nos sociétés ?

« Dangereux n'exagérons rien, répond le philosophe, je ne pense pas que le christianisme d'aujourd'hui ait les pouvoirs qui ont été les siens. Quand le christianisme avait le pouvoir de nuire, il nuisait. Pensez à l'inquisition, aux croisades, à l'index, aux buchers, aux condamnations de philosophes. Maintenant, il n'es plus très en forme, il n'a plus les moyens d'être violents, donc il se fait pacifiste. Par contre, que des gens défendent leurs idées, je trouve cela très bien, surtout si ce ne sont pas les miennes. Vous savez, si les chrétiens étaient des chrétiens, moi, cela ne me gênerait pas. Mais ce que je reproche aux chrétiens c'est de l'être si peu, d'aller à la messe le dimanche matin et de dénigrer son voisin le dimanche après midi, de ne pas partager, de consommer... d'être très loin d'une spiritualité chrétienne. S'il s'agit pour les chrétiens non pas de remettre une soutane pour montrer qui ils sont, mais de montrer l'effet du christianisme dans la vie quotidienne, je serais le plus heureux des hommes. Je croirai vraiment le pape quand il vendra le Vatican pour arrêter la faim dans le monde. Ce jour-là, je me dirai que le pape a vraiment changé. »

Entretien : Bosco d'Otreppe

  1. Michel Onfray (http://mo.michelonfray.fr/) a à son actif plusieurs dizaines d'ouvrages sur des sujets de philosophie très variés. Concernant l'athéisme, nous mentionnerons ici son Traité d'athéologie. Véritable succès de librairie à sa sortie en 2005, il pose de légitimes questions quant à la prégnance du schéma religieux et de la théocratie, et propose notamment de manière argumentée les bases de l'athéologie. Concernant le christianisme, si sa vision de Jésus vu comme un « personnage conceptuel » est loin de contenter tout le monde, nous regretterons que le portrait qu'il donne de ce monothéisme se borne bien souvent à un ensemble de préceptes moraux, ce qui, selon nous, le fait passer à côté de ce qu'est l'essence et la spécificité même du christianisme pour le croyant : une rencontre personnelle avec un Dieu miséricordieux.

  2. Mardi, ce sera à Jean-Marc Ferry de nous proposer la place qu'il imagine pour la religion dans le débat public, souhaitant, quant à lui, repenser « prudemment » la séparation drastique entre religion et politique (cfr son dernier livre d'entretiens Les lumières de la religion paru chez Bayard).

Un dossier réalisé grâce au Fonds pour le journalisme

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