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29/09/2013

La sinistre semaine qui attend l'Italie

540119-italy-s-former-prime-minister-silvio-berlusconi-attends-a-session-at-the-senate-in-rome.jpg?modified_at=1375635653La décision de Berlsuconi est « une humiliation qui nous plonge dans le chaos, (et) qui confirme chacun des pires stéréotypes sur les Italiens. »

Lettre d'Italie

C'est l'histoire d'un ancien empire devenu un pays ingouvernable. C'est l'histoire d'un vieil empereur (ou presque) soucieux de ses pouvoirs personnels et prêt à prendre ses compatriotes en otages. C'est l'histoire d'une jeunesse au chômage et de tout un peuple tiraillé par une économie en berne. Bref comme dirait l'autre, c'est l'histoire de l'Italie, de Berlusconi, et d'un gouvernement qui n'en est plus un.

L'histoire

Comment comprendre ce qui s'est passé ce week-end en Italie ? Il faut remonter pour cela en février dernier. Ce mois-là l'Italie vote pour élire un nouveau gouvernement sans savoir qu'elle rendra la tâche de ses politiciens extrêmement compliquée. En effet, le Parti démocrate (centre-gauche) arrive en tête, mais n'obtient qu'une très courte majorité à la chambre, n'y parvient pas au sénat, et doit donc former une coalition. À ses côtés, le parti de l'ancien premier ministre Mario Monti (centre) n'obtient que 10%, alors que l'ennemi de toujours des démocrates, le Parti de la Liberté de Silvio Berlusconi (droite) récolte 29% des voix. Enfin, pour couronner le tout, l'inclassable Mouvement 5 Étoiles du populiste Beppe Grillo rassemble un quart des suffrages.

L'Italie mettra donc plus de deux mois pour accorder les violons du PD avec ceux du parti de Berlusconi, le PdL. Beppe Grillo ayant refusé de prendre ses responsabilités et de monter dans un gouvernement, le futur premier ministre Enrico Letta (PD) fut obligé de pactiser avec « l'ennemi » malgré la fronde d'une bonne partie de ses militants, pour monter un gouvernement contre nature gauche-droite, et espérer pouvoir remettre l'Italie sur la voie d'une économie saine et crédible.

La chute

Ça, c'était pour l'histoire et les espoirs, car la réalité fut tout autre. Poursuivi par plusieurs procès (l'affaire du Rubygate – abus de pouvoir et prostitution de mineure, et l'affaire Mediaset – fraude fiscale), Berlusconi ne monte pas dans le gouvernement, mais y envoie à de bonnes places ses plus fidèles alliés tout en gardant sur eux une influence réelle. Surnommé alors le « meilleur actionnaire » du gouvernement Letta, Berlusconi, persuadé que « l'impartiale » justice veut sa peau quoi qu'il arrive, menace de faire tomber la majorité en cas de condamnations judiciaires.

C'est ce qui arriva. Condamné le premier aout pour fraude fiscale à des travaux d'intérêts généraux ou à une assignation à résidence (le Cavaliere doit encore choisir), et risquant de se faire exclure du sénat et de perdre son immunité parlementaire, Silvio Berlusconi mit ses menaces à exécution en demandant ce samedi à 5 de ses ministres de démissionner. Il prétexta un désaccord sur l'augmentation de l'IVA (la TVA locale), et le refus d'un ultimatum posé par Enrico Letta qui, devant la menace, avait demandé aux parlementaires d'exprimer clairement leurs positions. L'excuse, toute trouvée mais peu crédible, provoqua la fureur du premier ministre Letta, d'une bonne partie des Italiens et de la presse nationale. Il faut dire que le pays est dans une situation économique extrêmement compliquée, que la chute du gouvernement pourrait avoir des conséquences dramatiques pour la crédibilité du pays qui pourrait se retrouver sous tutelle européenne, pour la relance et pour les initiatives intérieures. La décision de Berlsuconi, expliquait ce dimanche matin l'éditorialiste de La Stampa, « est un coup très dur pour notre pays. Une humiliation qui nous plonge dans le chaos, dans l'absence de crédibilité, qui nous remet sous examen, qui confirme chacun des pires stéréotypes sur les Italiens. »

La suite

Et la suite maintenant ? Berlusconi souhaite une dissolution des chambres et la tenue de nouvelles élections qu'il espère gagner (oui, malgré tout, il garde ses supporters convaincus que leur Cavaliere est victime d'une injuste cabale).

Ce dimanche, de son côté, Enrico Letta s'en allait retrouver le président Napolitano dans l'espoir de pouvoir imaginer une nouvelle majorité constituée de son parti, des centristes, de quelques élus du Mouvement 5 Étoiles, et de quelques dissidents du PdL de Berlusconi.

Ensuite, mercredi, il s'en ira demander la confiance des chambres. S'il ne l'obtient pas, il sera contraint à la démission et un nouveau tour de consultations serait mis en marche. Un gouvernement de transition avec un nouveau premier ministre chargé de voter une loi budgétaire et une nouvelle loi électorale pourrait alors tenir le pays jusqu'en février 2014. Mais le pire scénario serait la tenue de nouvelles élections en novembre. Selon les sondages, le Parti démocrate et le Parti de la Liberté se retrouveraient de nouveau au coude à coude, ce qui augurerait une paralysie ainsi que de nouvelles et interminables tractations.

« Maintenant assez, pensez au pays » titrait encore La Stampa ce dimanche matin. En avril dernier Le Corriere della Serra insistait sur le fait que le gouvernement ne pouvait « se contenter d'être un gouvernement de série B ». Voilà qu'il joue maintenant au cœur d'une funeste farce, ou plutôt d'une tragédie nationale avec, en tête d'affiche, les soucis de Berlusconi, et en toile de fond le mépris de millions d'Italiens.

Bosco d'Otreppe à Rome

 

18/09/2013

La rentrée des Carnets

Dès le premier octobre, et toujours depuis Rome, les Carnets du Vatican font leur rentrée politique et religieuse (si l'on peut dire) avec de nouvelles rubriques autour de l'actualité italienne et vaticane.

Dès aujourd'hui cependant, retrouvez les Carnets du Vatican, en son, en radio et sur RCF.