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24/07/2013

Monseigneur Kockerols : « Redescendons en terre des hommes »

terre.jpgMonseigneur Kockerols est avec nous à Rio. Il nous parle des Brésiliens, de l'Église belge et de l'engagement du chrétien. Carnet de route numéro 9 : mardi 23 juillet

Aurait-on troqué la plage de Copacabana pour celle de Duinbergen ? Alors que le soleil réalise un tabac de votre côté de l'océan, la brume et le ciel brésiliens semblent vouloir rappeler aux jeunes catholiques que Rio est en hiver (sous vingt degrés tout de même).

Pourtant, les vagues qui raclent avec ardeur et vigueur le sable à quelques mètres de nos pieds, le « pain de sucre » qui transperce les nuages, et les favélas qui nous observent étranges et inconnues depuis leurs hauteurs, ôtent toutes nos inquiétudes : nous sommes bien à Rio depuis 24 heures.

Après un petit déjeuner en compagnie de Monseigneur Léonard, l'ascension du « pain de sucre » en guise de matinée, nous voici cet après-midi à l'abordage de cette fameuse plage de Copacabana qui reçoit des centaines de milliers de jeunes pour la messe d'inauguration de cette semaine de festivités catholiques. Depuis la salle de presse où les journalistes ont élu domicile, le croissant de quatre kilomètres que forme la plage se remplit de pèlerins, et de très nombreux écrans géants accrochent le regard. Au large, plusieurs bâtiments de l'armée brésilienne surveillent la côte de Rio. En ville, l'ambiance est déjà estampillée JMJ : les métros sont bondés, les rues déversent des torrents de drapeaux, des dizaines de chants éclatent aux recoins des trottoirs. Argentins, Uruguayens, Allemands, Italiens... nous saluent, s'arrangent pour comprendre nos performances linguistiques souvent approximatives, et nous quittent d'un grand sourire. De Goias où nous séjournions la semaine dernière, à la frénésie de Rio aujourd'hui, le climat est tout autre, mais, reconnaissons-le, la joie nous a suivi.

L'entame du deuxième chapitre de notre voyage nous offrait l'occasion de nous entretenir avec Monseigneur Kockerols, évêque auxiliaire de Malines-Bruxelles, qui lui aussi brave les kilomètres en notre compagnie.

« Vous savez » nous explique-t-il alors que nous profitons d'une dernière journée à Goias, « ce qui m'a marqué ici c'est l'enthousiasme des Brésiliens. Cet enthousiasme nous devons le ramener en Belgique. »

Si vous deviez parler d'une chose que les jeunes ont découverte lors de leur semaine missionnaire, vous parleriez de cet enthousiasme ?

Sans doute, mais j'espère surtout que les jeunes ont bien compris le message très clair que l'évêque d'ici, Dom Eugenio, voulait leur faire passer : l'unité et l'harmonie qu'il faut avoir entre la vie de prière et l'engagement de l'église au service des pauvres et de la vie sociale. Si nous dissocions les deux, on perd une dimension essentielle de la foi. Or en Belgique, là où l'aspect social est principalement pris en charge par les pouvoirs publics, je pense que pour les jeunes il y a un risque d'oublier cette dimension sociale. Dans un monde déchristianisé, l'engagement du chrétien dans le monde n'est pas si évident, n'est pas clairement perçu, et nous devons le redécouvrir. La bourgmestre et le président de la chambre des conseillers de Goias que nous avons rencontrés, personnes de convictions politiques et religieuses profondes, nous ont offert de beaux exemples d'engagement.

L'Église belge doit-elle retrouver cette harmonie ?

La Belgique a connu très fort cet aspect social avec l'action catholique qui a aujourd'hui perdu de sa force. Nous ne pouvons en être nostalgiques, car le contexte a changé, mais nous devons reconstruire cet engagement. Dans ce cadre, nous avons des leçons à prendre de ce qui se vit ici au Brésil au sein de l'Église, et en terme d'engagement social.

Qu'est-ce que la foi peut apporter en plus à un engagement social ? Un catholique serait-il un meilleur acteur social qu'une autre personne ?

Non, mais la foi peut colorier un engagement. Ce qui aide le croyant (même si ce n'est son apanage), c'est l'espérance qui l'habite. Le croyant ose croire au-delà de tout ce qui est chiffrable, quantifiable, il ose croire en l'unicité de chaque personne, en la capacité de tous de guérir, de changer, d'être sauvé. Les croyants ne sont pas de meilleurs acteurs sociaux, mais ils sont habités par l'espérance.

Rio est aux portes de notre voyage et nous ouvre aux JMJ. Cette semaine est très attendue par des millions de jeunes, mais aussi par l'Église tout entière. Comment faire en sorte que ces journées mondiales ne soient pas qu'un feu de paille dans la vie des pèlerins ?

Je comprends le risque du feu de paille, mais un feu de paille peut mettre le feu à une bicoque. Les JMJ peuvent éveiller chez le jeune une réalité cachée, celle de la dimension de la foi qui peut donner sens à l'existence. Certains reçoivent cette étincelle de départ ici, et cette étincelle peut s'enflammer durablement. Une condition cependant : il faut que par après des gens soient présents pour nourrir ce feu. C'est très important que les jeunes revenus dans leur quotidien bénéficient d'un accompagnement et d'un soutien au sein de leur paroisse ou d'une communauté. Une parole que j'aime donner, c'est celle qui raconte qu'au moment de la transfiguration du christ, le réflexe de Pierre est de dire restons ici, car nous sommes bien. Beaucoup de jeunes voudraient que l'évènement dure, mais le but est de pouvoir redescendre dans la vallée, dans la terre des hommes en étant habités de ce que l'on a reçu ici.

Allez, faites de toutes les nations des disciples. Le thème de ces JMJ est la mission. Comment un jeune peut-il être missionnaire du Christ aujourd'hui en Belgique ?

Premièrement, j'espère que les jeunes reçoivent ici une invitation à être enracinés dans la foi. Seul un arbre qui s'enracine peut se déployer pour porter ses branches au loin. La mission demande un profond enracinement.

Deuxièmement, n'oublions pas d'être des témoins de foi. Paul VI disait dans les années 70 une phrase très forte : notre monde aujourd'hui a plus besoin de témoins que de docteurs de la foi. Si notre monde écoute les docteurs, c'est parce qu'ils sont aussi et d'abord des témoins. Le témoignage de la foi est très exigeant et demande une cohérence de vie. Pour évangéliser, il ne suffit pas de débarquer dans tel ou tel milieu et de dire « Jésus est vivant, Jésus t'aime, lis l'évangile, bonjour, au revoir, à la semaine prochaine ». Il y a un témoignage de foi à montrer, pour exprimer que la foi transforme ma vie, que j'en suis pétri et qu'elle est pour moi une réalité englobante.

Troisièmement, ce témoignage de foi, Jésus le dit au pluriel : Allez. Il le dit à l'Église et nous devons le dire ensemble chacun en fonction de notre propre réalité, de notre lieu de vie, mais ensemble. L'évangélisation n'est pas une propriété privée, c'est avant tout la mission de l'Église.

Bosco d'Otreppe, à Rio

 

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