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17/07/2013

La route de Monseigneur Rixen, et le cheminement de son diocèse

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Les jeunes belges sont à Rio et Monseigneur Rixen, évêque belge au Brésil, nous présente les facettes de son Église. Carnet de route numéro 5 : Mardi 16 juillet

Quand nous arrivons dans le village de Mossamedes pour retrouver les 12 jeunes belges qui y ont été accueillis, une jeep passe dans les rues une sono dans le coffre : « Venez ce soir a la fête des gringos » annonce-t-elle en brésilien et à la cantonade. Les « gringos » ce sont les Belges, et la fête c'est celle que leur a préparée la paroisse pour leur dernier soir au village.

« Samedi déjà nous avions été accueillis dans les rues comme des rois » raconte Morgane, « une joyeuse entrée qui nous a fait découvrir plein de monde. Ce furent des journées incroyables. On se débrouillait en portugais, ils apprenaient quelques chants en français, et nous étions tous très forts en langage des signes... »

A côté de l'église, les enfants jouent au foot avec le prêtre qui porte la vareuse brésilienne floquée du numéro 10. Juste derrière, la grande salle paroissiale est déjà toute décorée pour la fête qui se prépare.

De Welkenraedt au Brésil

Le soir à table, Monseigneur Rixen (Dom Eugenio) ne manque pas de nous demander des nouvelles des paroisses. Le diocèse dont il est évêque est comparable à la taille de la Belgique, et lui, originaire de la Calamine, semble y avoir fait son trou avec ténacité. « Je suis arrivé au Brésil en 1979, j'avais 35 ans. En Belgique, après avoir fait l'école normale, le séminaire, étudié la catéchèse à Paris, l'évêque m'a envoyé à Welkenraedt. J'y suis resté 7 ans avant de rejoindre mon nouveau pays. Ce sont de bons souvenirs... » S'il parle de notre pays avec joie, on sent tout de même que Monseigneur Rixen est de la poigne de ceux qui devaient franchir des frontières, et qu'à Goias, il est chez lui.

« Je suis arrivé ici sur l'invitation d'amis séminaristes brésiliens. Vous savez, je suis quelqu'un qui aime la nouveauté, l'ouverture et je sentais qu'une expérience au Brésil m'apporterait cela. En Belgique j'étais très impliqué dans les mouvements sociaux. Je m'occupais du Patro, des jeunes, mais surtout des jeunes marginaux, des enfants du juge... Nous étions en plein dans les années du concile Vatican II, et ce que beaucoup de jeunes prêtres aimaient à l'époque, c'était d'entrer en contact avec le monde. »

Monseigneur Rixen en fait partie, et lorsqu'il arrive au Brésil, il découvre la théologie de la libération, dont on parle au singulier en Belgique, mais qui pouvait prendre beaucoup de visages en Amérique-Latine. « Ce que je vivais de manière pratique en Belgique, je l'ai retrouvé ici, justifié de manière théorique. Il y avait des auteurs très influents à l'époque, tels que Leonardo Boff ou encore Carlos Mesters qui proposait une lecture populaire et existentielle de la Bible. »

L'engagement très spécifique de l'Église brésilienne

« Dans ma catéchèse auprès de jeunes, je proposais quant à moi le modèle du Voir-Juger-Agir. La Bible, au cœur de notre cheminement, nous emmenait alors vers les périphéries et vers les pauvres. »

Ce chemin, l'Église de Goias l'entretien toujours avec attention. Au centre diocésain, on retrouve affichée en grand dans une chapelle l'option fondamentale du diocèse. L'Église est le Peuple de Dieu rappelle la paroisse dans un document de présentation. Les baptisés y sont fondamentalement égaux, et la hiérarchie est au service et à l'écoute de ce peuple. Dès lors, tous les quatre ou cinq ans l'évêque convoque une Assemblée diocésaine de dialogue avec la base. Au rythme des échanges et des discussions, cette assemblée accomplit sa session par la rédaction d'un court texte qui définit l'option fondamentale de la paroisse pour les années à venir.

Convoqués par notre baptême à être missionnaires, nous rénovons avec toutes les personnes qui sont exclues, aussi bien celles de la campagne que celles de la ville, l'option évangélique pour les pauvres, en luttant avec elles pour l'urgente défense de la nature et pour la vie en plénitude conclut l'option fondamentale de 2010.

C'est en son nom que Dom Eugenio, les prêtres et les laïcs de ses paroisses sillonnent les pistes locales pour organiser des pastorales venant en aide aux sidéens, aux sans-terres, aux drogués... L'Église est au coeur des combats sociaux, de manière très pratique et très convaincue.

« Peut-être en Europe, l'Église qui fut parfois, comme en Belgique, très impliquée dans le social, a-t-elle eu besoin de se recentrer sur la spiritualité ces dernières années » nous explique Monseigneur Rixen. « Je ne me permettrais cependant pas d'analyser cela d'ici, mais ce que je sais c'est que l'Église dans son ensemble se doit de trouver le bon équilibre et de ne pas oublier une chose : la spiritualité est la base, et le social sa conséquence. Il est trop facile et trop dangereux d'oublier la spiritualité qui nourrit notre action. Je pense que Charles de Foucauld et même le pape François nous montrent le bon exemple. Ils partent d'une expérience très forte de Dieu, et s'en vont alors s'engager radicalement auprès des plus pauvres ».

Monseigneur Rixen lui aussi est impressionnant, reconnaissons-le. À partager la route des paroisses à ses côtés certains jours, on sent qu'entre lui et son diocèse le respect est réciproque. Sa démarche est assurée, le pas est costaud, et la voix grave est de celles qui ont vu du pays, et qui ne doivent s'orner d'aucun oripeau pour lire l'évangile.

Ce mercredi matin, les jeunes belges quitteront les paroisses du diocèse. Après un temps de retraite et de rencontres, ils continueront dimanche le voyage en direction de Rio et de l'Église internationale qui les attend. Le pape François saura les accueillir « et j'espère que les jeunes découvriront cette église pauvre pour les pauvres » conclut Don Eugenio. « Une église qui aide à penser ».

Bosco d'Otreppe à Goias

 

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