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28/05/2013

Beppe Grillo ne serait-il qu'une étoile filante politique ?

grillo.jpgLoin d'avoir apporté des solutions, son parti déçoit lors des élections municipales, alors que de manière générale la politique peine à égayer l'enthousiasme italien.

Février fut son triomphe, le mois de mai déjà sa première déroute ?

Souvenez-vous de Beppe Grillo, le fondateur et figure de proue du Mouvement 5 étoiles (M5S) qui, lors des élections générales du mois de février avait remporté à la stupeur générale 25% des suffrages. Ancien comique, inclassable sur le champ politique, champion de la harangue et des meetings animés, chantre de la démocratie directe, populiste aguerri, il se moque depuis des années des politiques, du « système », de l'Europe, et dénonce sans cesse la corruption italienne sur le thème du « tous pourris » mâtinés d'insultes. Partition qui lui convient bien, puisqu'avec la colère du peuple sur ses épaules, il sut rassembler déçus et mécontents de tous bords.

Pourtant, au moment de prendre ses responsabilités et de monter dans une majorité, il ne répondit pas aux appels du Parti Démocrate arrivé alors en tête, et s'amusa depuis les bancs de l'opposition à fustiger le gouvernement de large coalition, structuré autour du PD et du Parti de la Liberté pourtant ennemis de toujours (et respectivement de gauche et de droite).

L'opposition me permettra d'aiguiser mes armes, avait-il dû se dire en substance, alors qu'il promettait à l'Italie qu'il chamboulerait le système politique avec ses 163 députés désormais installés au sein de l'hémicycle. C'était cependant sans compter sur l’inexpérience de ces derniers, incapables de dessiner une réelle ligne politique, d'arbitrer des polémiques internes, et de gérer leurs rapports avec les médias.

Pour un parti qui dépend presque entièrement de son leader, les élections municipales de ce week-end s'affichaient donc comme un fameux test électoral... bel et bien raté en définitive : aucun des candidats estampillés M5S ne put se hisser au second tour d'une des 564 communes où se tenaient ses élections. De quoi hypothéquer sur son avenir ? Nul ne le sait encore, mais ce n'est pas ces résultats qui lui permettront de s'implanter durablement dans les terreaux locaux.

Politique vs Calcio

Ouf ! s'est écrié le Premier ministre Enrico Letta qui y a vu un plébiscite pour sa jeune majorité, et un revers pour l'opposition.

Pourtant, pour lui non plus tout n'est pas rose. Car si son parti le PD s'en sort bien (notamment à Rome ou il arrive en tête et pourrait reprendre la mairie), le grand gagnant de ces élections reste l'abstention. 38% des électeurs ne se sont pas présentés sur l'ensemble du territoire, et 47,2% d'entre eux dans la capitale (plus 25% par rapport à 2008).

Ces chiffres inquiétants, résument donc à eux seuls l'objectif de la classe politique italienne : renouer un dialogue de confiance avec les électeurs.

À Rome, journalistes et politiciens ont excusé et justifié cette désertion des urnes par la tenue dimanche du derby entre les deux clubs de la capitale, la Lazio et la Roma. Le mal est bien sûr plus profond. « La centralité du Calcio dans les années quatre-vingt» explique pour autant le docteur en science politique Hervé Rayner, « correspond [notamment] à la phase de déclin des passions politiques »1.

Au coeur de Rome, le Colisée incarne à lui seul la formule bien connue « du pain et des jeux », ce qu'est sans doute, à sa manière, la fougue théâtrale et populiste de Beppe Grillo, symptôme d'un grave désamour pour la politique en général.

Bosco d'Otreppe

 

1L'Italie, Paris, Le Cavalier Bleu, 2009, p. 73.

 

 

 

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