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23/02/2013

Mais que se passe-t-il donc entre l'Église et la presse ?

journal.jpgL'affaire Williamson, cela ne vous rappelle-t-il donc rien ? Le discours de Ratisbonne ? L'annonce de la béatification de Pie XII... ? Autant d'exemples qui ont opposé l'Église et la presse. Et le Vatican n'a pas le monopole de ces polémiques, l'Église belge les connait bien aussi.

À qui la faute ?

Car c'est un fait, quand il ne s'agit pas de réels malentendus, les débats sont souvent très serrés entre l'Église et les médias ; les premiers accusant régulièrement les seconds de raccourcis, de propos caricaturés, de déformations insensées. Les journalistes seraient-ils tous des terroristes, ou sont-ils donc condamnés à être de mèche avec une institution, à cajoler, câliner, dorloter, bercer l'Église pour trouver grâce aux yeux des croyants ? Non bien sûr, mais alors, qui est en faute ? Les catholiques qui ne seraient pas capables de témoigner d'un message clair, ou les médias qui n'auraient plus les capacités de couvrir le fait religieux ?

« Il est vrai que l'Église n'est pas vue de manière très juste par la presse. Celle-ci se focalise souvent sur les mêmes sujets polémiques (mariage des prêtres, avortement, contraception, euthanasie...), et oublie tout un pan du discours de l'Église qui est très progressiste en matière de justice sociale, d'intégration des immigrés... » explique Jean-Louis de la Vaissière, spécialiste du Vatican pour le compte de l'AFP. « De plus, sur certains sujets de société, les médias ont un discours très polarisé qui a du mal à témoigner des nuances du discours catholique ».

« Chacun ayant leurs contraintes, ce n'est la faute ni de l'un ni de l'autre » analyse Ludovic Goffinet conseiller en communication. « Le problème, c'est que le métier de journaliste est un métier toujours plus difficile. La presse doit travailler dans l'urgence, et ne peut malheureusement plus prendre le temps de se pencher en profondeur sur des sujets difficiles. L'Église, quant à elle, a pour mission de faire entendre un message qui a été enrichi par deux-mille ans d'histoire, par de nombreux textes, par des siècles de réflexions humaines. C'est un message très riche, très nuancé, très dense dont il est difficile de témoigner. »

Un problème de rythme

Si beaucoup de religieux, souvent déçus par la presse ont peur des médias, l'Église s'est énormément investie dans la communication ces dernières années, et n'a jamais réellement tourné le dos aux journalistes nous rappelle Ludovic Goffinet.

Pour autant, il est intéressant d'observer que la perception du discours, de l'écoute, de la transmission n'est plus du tout la même entre les deux parties. Si les médias doivent remplir l'espace d'infos et courir derrière le temps qui se précipite, ils ont face à eux une institution complexe qui ne se situe pas du tout dans le même rythme. Cette discordance est difficile à harmoniser. Le monde des médias se souviendra d'ailleurs longtemps du discours de Benoit XVI qui lui était adressé en mai 2012 : « le silence fait partie intégrante de la communication et sans lui aucune parole riche de sens ne peut exister », affirmait le Pape à l'époque.

Un discours trop exigeant ?

« Le discours de l'Église est un message très exigeant aussi, qui peut parfois être difficile à entendre, qui peut brusquer une société qui connait une crise de l’engagement, et où nous demeurons tous très autocentrés », estime encore Ludovic Goffinet.

« Mais l'Église ne doit-elle pas retrouver un discours qui s'adresse à tout le monde ?» s'interroge Jean-Louis de la Vaissière. « Il y a eu au sein de l'Église un manque de réactivité face à certains problèmes, certaines situations, certaines personnes qui ne vivent plus suivant ses préceptes, et qui ont eu l'impression d'être jugées et exclues. Dans l'Église, sans doute y a-t-il eu quelque chose qui a manqué quand il s'agissait de s'adresser à eux : un message d'accueil, une parole plus réaliste. »

« La presse a tort de caricaturer l'Église, mais lorsque celle-ci est prise en flagrant délit de contradiction, quand les médias remarquent qu'il y a un fossé entre ce qu'elle dit et ce qu'elle fait (et le drame de la pédophilie en fut un exemple frappant), les journalistes tombent avec d'autant plus de force sur l'Église qu'il y a une rancune chez certains d'entre eux contre les canons moraux qu'elle aurait pu imposer » conclut le journaliste.

Bosco d'Otreppe

 

 

 

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