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15/02/2013

Et Benoit XVI, quel pape choisirait-il ?

vatican,rome,pape,benoit XVIEt s'il revenait au pape Benoit XVI d'élire son successeur, qui pourrait-il choisir ? La question est prétentieuse et le scénario fictionnel, mais il nous aide tout de même à éclaircir certains aspects de ce temps d'attente avant le conclave.

Car si le pape actuel n’interférera vraisemblablement nullement sur le choix d'un nouveau souverain pontife, on peut se demander si son ombre, les relations amicales ou professionnelles qu'il entretient, sa proximité géographique avec le futur pape (il résidera au sein même du Vatican), ses entreprises et initiatives engagées depuis 2005, l'écho de ses dernières paroles n'influenceront pas les cardinaux électeurs reclus en la chapelle Sixtine.

Le pape, pour discret et réservé qu'il fut, avait une personnalité et une politique bien tranchées. Sans nous demander si pour l'Église ce serait une bonne ou mauvaise chose (chacun appréciera à sa façon), essayons de dresser dès lors le portrait robot d'un pape qui pourrait être fidèle à ce que fut Benoit XVI.

Pas un aficionados de la coupe de champagne...

Benoit XVI n'aime pas les mondains. Se promener une coupe de champagne à la main dans une soirée mondaine, ce n'est pas trop son truc. Ce mercredi des cendres encore, lors de sa dernière homélie publique il l'a rappelé, dénonçant « l'hypocrisie religieuse, le comportement de ceux qui veulent se montrer en spectacle, les attitudes de ceux qui cherchent les applaudissements et les approbations. » En toute vraisemblance, aux hommes d'appareil happés par le pouvoir et les estrades, il préférerait sans doute le discret serviteur d'une chapelle oubliée, le fidèle lecteur d'une bibliothèque ancestrale.

mais un adepte des mots...

« Car le pape voudra quelqu'un de sûr, de stable au point de vue doctrinal » nous explique un vaticaniste. Benoit XVI est un légaliste, les textes qui ont façonné les deux mille ans de l'Église sont pour lui une base bien plus solide que la vanité que représente l'air du temps (nous y reviendrons). Revenir au contenu, au catéchisme de l'église, à la liturgie solennelle, à la foi, voici son credo. Dans ses livres, les mot, pesés, et soupesés, n'avaient pour lui qu'un unique but : participer au rayonnement des paroles bibliques.

du rayonnement de la raison...

« Ce n'est pas les religions et la violence qui vont ensemble, mais la religion et la raison » expliquait le pape le 20 septembre 2006. Toute son œuvre théologique tente de faire dialoguer foi et raison, l'une n'allant pas sans l'autre.

Attention cependant, en matière d'assemblage le pape s'est toujours montré prudent. Les penseurs qui ont voulu s'en prendre aux dogmes, tout comme les doctrines qui ont voulu réconcilier foi et marxisme par exemple, ou celles qui tentaient d'accorder foi et psychanalyse, ont rarement trouvé grâce aux yeux du pape. Il a même pu se montrer très sévère à leur égard, les penseurs de la théologie de la libération s'en souviendront, ou même Eugène Drewermann qui affirmait que la prêtrise était la solution qu'un homme donnait à son conflit œdipien.

La foi et la raison doivent s'éclairer c'est sûr, mais attention, pour Benoit XVI la raison ne peut tenter de ravaler ce qui fait l'unicité de la foi et du message biblique : sa nature transcendantale et divine.

et de la difficile natation

« Vous êtes le sel de la terre. » La parole de l'Évangile de Matthieu résume à elle seule ce que Benoit XVI a voulu faire de son église. Si le sel a le même goût que l'aliment à quoi sert-il ? Lui, son Église sur le dos, n'a donc pas hésité à nager à contre courant pour donner, à l'air du temps qu'il craignait tant, un autre point de vue.

Benoit XVI était un pessimiste, même si à ses yeux tout n'était pas mauvais pour autant. Mais ce monde de la vitesse, de l'image, de la com', du relativisme surtout ou du libéralisme, diantre... que le pape en avait peur. Les médias à eux seuls représentaient pour lui le manichéisme et le simplisme qui à son humble avis contribuaient à abimer l'époque contemporaine.

« Si le pape s'inscrivit sur Twitter c'est un signe qu'il ne rejetait pas tout en bloc, mais qu'il souhaitait aller au cœur même des conversations pour y apporter un discours différent » nous explique-t-on encore.

« Allez à contre courant » affirmait-il à un groupe de jeunes en 2007. « N'écoutez pas les voix intéressées et persuasives qui, de toutes parts, diffusent aujourd'hui des modèles de vie basés sur l'arrogance et la violence, le pouvoir et le succès à tout prix, l'apparence et la possession, au détriment de l'être. (...) Soyez vigilants ! Soyez critiques ! Ne suivez pas la vague produite par cette puissante action de persuasion. N'ayez pas peur, chers amis, de préférer les voies ''alternatives'' indiquées par l'amour véritable: un style de vie sobre et solidaire ; des relations d'affection sincère et pures ; un engagement honnête dans l'étude et le travail ; l'intérêt profond pour le bien commun. »

Quelle voie pour demain ?

Le Cardinal Bertone, qui bénéficie d'une grande confiance de la part du pape et que celui-ci a nommé à ses côtés comme secrétaire d'état n'était pas un homme d'appareil. Mais à la tête de la Curie il n'a pu pleinement se faire apprécier. Tout au long de son pontificat, le pape a nommé des gens qui lui étaient proches de caractère ou de pensée, et parfois plus éloignés des rouages du Saint-Siège. Cela lui fut reproché.

Entre le gestionnaire qu'il faut pour gérer une telle institution (et que pour beaucoup Benoit XVI n'était pas), et l'homme charismatique, Benoit XVI représentait une troisième voie : celle du pasteur discret et du professeur chevronné. L'histoire nous dira ce qu'elle en gardera, la critique est ouverte, mais nul doute que le pape, et malgré sa démission, assumera jusqu'au bout ce qu'il a pu dire, écrire ou tracer.

 

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